Les sénateurs falsifient les résultats d’une étude clinique pour justifier l’interdiction des cabines de bronzage

La mission d’information du Sénat sur le dispositifs médicaux implantables et les interventions à visée esthétique, crée dans le sillage de l’affaire des prothèses PIP, a proposée 38 recommandations visant à protéger au mieux le consommateur des dangers de ces dispositifs implantables et de ces soins esthétiques. Une des propositions est l’interdiction pure et simple des cabines de bronzage en dehors d’un cadre strictement médical.

La trentième proposition de ce rapport est effectivement d’ «interdire les cabines de bronzage hors usage médical pour éviter un futur scandale sanitaire ».

Pourquoi cette décision? Car, écrivent nos sénateurs, «La mission première des pouvoirs publiques est de protéger la santé de nos concitoyens de dangers sanitaires avérés » et « faute de le faire, il faudra assumer toutes les conséquences de leur inaction, lorsque d’ici 20 ans, le laxisme actuel se traduira par un surcroît de pathologies cutanée ». Bigre, la détermination est forte dans les rangs des sénateurs.

Mais revenons en aux cabines de bronzage. En juillet 2009, écrivent nos sénateurs à la page 128 de ce rapport, «Le centre international de recherche sur le cancer (Circ.) a classé cancérogène certains pour l’homme (groupe 1) les rayonnements solaires ainsi que les rayonnements ultraviolets émis par les installations de bronzage artificiel». Autrement dit, les cabines de bronzage sont classées dans la même catégorie que le diesel qui lui roule toujours.

Pour appuyer cette affirmation du Circ, nos sénateurs poursuivent leur démonstration : «Une étude publiée par des chercheurs américains en avril 2012 a conclu à une accentuation du risque de mélanome chez les jeunes, multiplié par huit chez les femmes et par quatre chez les hommes en l’espace de quarante ans, dans le cadre d’une exposition répétée aux UV en cabine de bronzage. » (Page 128)

L’étude est importante car elle est utilisée pour démontrer à l’opinion publique que les cabines de bronzage sont très dangereuses pour leur santé.  Faut-il croire ce qu’écrivent nos glorieux sénateurs spécialistes de la lampe à UV ? Le plus simple est peut-être d’aller voir l’étude dont la citation figure en bas de page du rapport, «Mayo Clinic Proceeding, volume 87, issue 4, pages 328-334, avril 2012 ».

L’étude a été réalisée en Olmsted, un «département» du Minnesota, état situé au nord des Etats-Unis. Olmsted s’enorgueillît d’une population de 144 000 habitants. L ‘objectif de l’étude était d’évaluer les modifications d’incidence du mélanome, un des cancers cutanés, en fonction du temps chez de jeunes adultes. Pour ce faire, ils ont identifié entre 1970 et 2009, les personnes, âgés de 18 à 39 ans ayant eu un mélanome. Il y en avait 256 dont 30% d’hommes. Dans la population considérée, il y a eu 16 mélanomes diagnostiqués entre 1970 et 1979 et 129 entre 2000 et 2009. Les résultats retrouvent donc une incidence du mélanome 8 fois plus importante chez les femmes jeunes et 4 fois plus important chez les hommes jeunes entre ces deux périodes. Si huit patients sont décédés d’un mélanome, les scientifiques retrouvent également une réduction annuelle de 9% du risque de décès par mélanome métastatique, une donnée d’importance, omise par nos sénateurs. Les auteurs concluent de cette analyse que « l’incidence des mélanomes cutanés chez les adultes jeunes augmente rapidement, en particulier chez la femme ».

Cette étude n’a absolument pas évalué les risques des cabines de bronzage. Cette étude n’a jamais démontré une augmentation du mélanome « dans le cadre d’une exposition répétée aux cabines de bronzage». Les sénateurs, auteurs du rapport, ont donc purement et simplement falsifié et détourné un résultat clinique pour tenter d’asseoir auprès du public leur conviction que les cabines de bronzage sont néfastes pour la santé. Mentir, est-ce la bonne méthode pour « éviter un futur scandale sanitaire » ? Ne faudrait-il pas un peu plus de rigueur quand on est censé préparer des textes de loi visant à « protéger la santé de nos concitoyens de dangers sanitaires avérés» ?

Cela n’empêche que d’autres études ont effectivement démontré que les rayonnements ultraviolets du soleil et des cabines de bronzage étaient un facteur de risque de mélanome cutané. Et ce risque existe également pour les patients souffrant d’eczéma ou de psoriasis traités par PUVA thérapie. Une métanalyse réalisée par l’IARC chiffre à 75% l’augmentation du risque de mélanome chez ceux utilisant les cabines de bronzage avant l’âge de 30 ans, un risque qui s’accroit avec le nombre d’années d’utilisation, le nombre de d’heures passées sous la lampe à bronze, et le nombre de séances de bronzage.

Le mélanome fait 1300 victimes de trop chaque année en France. Si les cabines de bronzage portent une responsabilité, la grande majorité de ces cancers est liée à l’exposition au soleil et survient chez des adultes de plus de 60 ans. A quand l’interdiction du soleil ? A quand la même détermination dans la lutte contre le tabac qui fait 60 000 victimes chaque année en France, soit 50 fois plus que le cancer de la peau…à moins que le tabac ne soit pas un « danger sanitaire avéré » ?

Source

 N° 653 SÉNAT SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2011-2012
Enregistré à la Présidence du Sénat le 10 juillet 2012
RAPPORT D ́INFORMATION FAIT au nom de la mission commune d’information portant sur les dispositifs médicaux implantables et les interventions à visée esthétique (1),
Par M. Bernard CAZEAU, Sénateur.

Ultraviolet radiation and melanoma
Kanavy HE, Gerstenblith MRSemin
Cutan Med Surg. 2011 Dec;30(4):222-8

Adverse effects of ultraviolet radiation from the use of indoor tanning equipment: time to ban the tan.
Lim HW, James WD, Rigel DS, Maloney ME, Spencer JM, Bhushan RJ
Am Acad Dermatol. 2011 Apr;64(4):e51-60. Epub 2011 Feb 3.

Skin cancerEl cáncer de pielHautkrebs

Le cancer de la peau

Crédit Photo Creative Commons by  Rickydavid

10 thoughts on “Les sénateurs falsifient les résultats d’une étude clinique pour justifier l’interdiction des cabines de bronzage

  1. Pourquoi ne pas interdire aussi le tabac? les alcools? le vin? c’est l’abus – et ce en toutes choses – qui est nocif et dangereux! N’y a-t-il pas déjà assez de chômeurs en France?

  2. Bonjour,

    Je trouve votre post très démago!

    Si il y a erreur dans l’étude cité, c’est probablement plus lié a un malentendu, qu’a un mensonge.

    Celui-ci serait inutile, car comme vous le dites le lien entre mélanome et UV (naturel ou artificiel) est scientifiquement démontré par d’autres études.

    De plus, le mélanome est en forte croissance dans tous les pays occidentaux, et touche maintenant des populations jeunes et pas seulement des personnes de plus de 60 ans.

    D’après vous, le tabac étant toujours en vente libre, nous ne pouvons pas agir et interdire d’autre toxique?
    Je trouve cette logique dénué de sens.

  3. Un malentendu…pourquoi pas, un manque de travail sérieux quand on touche au domaine de la santé, peut-être. Cela ne peut-il pas paraitre gênant que la condamnation médicale d’une pratique si décriée soit-elle repose sur une falsification? Et si celle-ci a été mise en évidence, quand on est capable de le faire, combien d’autres gisent dans les textes sénatoriaux?
    Merci de votre commentaire

  4. Est ce un blog politique ou médical?
    Ou cherchez vous seulement a faire du buzz?

    Comme vous le dites dans votre article:
    «Le centre international de recherche sur le cancer (Circ.) a classé cancérogène certains pour l’homme (groupe 1) les rayonnements solaires ainsi que les rayonnements ultraviolets émis par les installations de bronzage artificiel»

    Ce qui est démago dans votre article:

    – « Autrement dit, les cabines de bronzage sont classées dans la même catégorie que le diesel qui lui roule toujours »
    Ici, Vous suggérez que puisque le diesel n’est pas interdit, il n’y a pas de raison d’interdire les cabines de bronzage. Peut être devrions nous lever l’interdiction de l’amiante, si on suit votre raisonnement.

    –  » leur conviction que les cabines de bronzage sont néfastes pour la santé »,
    Ce n’est pas leur conviction, comme vous souhaitez le faire croire, mais une affirmation du Circ qui l’a classé cancérogène certains pour l’homme, comme vous l’avez indiquez plus haut.

    –  » A quand l’interdiction du soleil ? A quand la même détermination dans la lutte contre le tabac qui fait 60 000 victimes chaque année en France, soit 50 fois plus que le cancer de la peau…à moins que le tabac ne soit pas un « danger sanitaire avéré » ? »
    L’exposition au Soleil ainsi que le tabac font l’objet de politique de prévention et d’information. Quel est le but de cette remarque?

    – « la grande majorité de ces cancers est liée à l’exposition au soleil et survient chez des adultes de plus de 60 ans »
    Qu’est ce qui vous permet d’affirmer ceci? Quelle étude/chiffre citez vous?

  5. Bonjour,

    Les politiciens décidant des orientations sanitaires d’un pays. Peut-on parler médecine sans parler politique? Pourquoi êtes-vous dorénavant soigner par des génériques alors que vos cotisations augmentent? Pourquoi devez-vous attendre 6-8 heures lorsque vous allez au urgences? Pourquoi la France est le pays le moins équipé en IRM de toute l’Europe? Politique, politique, politique. Donc pour répondre à votre première interrogation, Docbuzz est un blog médical qui « ose » dériver de temps en temps vers les élus lorsqu’ils racontent des bêtises.

    Pour ce qui est du reste de vos questions, vous n’avez pas compris la teneur, le sens, les orientations ou l’humour de de l’article mais c’est très certainement de la faute de notre auteur.
    Très bonne vacances et reposez-vous bien.

  6. Bonjour,

    Merci de votre réponse.

    Oui, on peux parler de médecine et de science en général sans faire de la politique. Si votre choix éditorial est d’avoir cette approche, pourquoi pas.

    Maintenant, ce que dis en résumé votre article et le titre tapageur est de la désinformation, et font croire que les cabines de bronzage ne sont pas dangereuses et que la décision a été pris pour des raisons obscures.

    J’en prends pour preuve le commentaire de « guida Pierre » qui vous a pris au mot, et ne semble pas avoir saisi tous les niveaux de lecture de votre article.

  7. Bonjour,

    je connais très bien l’étude parue dans Mayo Clin Proc et j’ai personnellement contacté l’auteur par e-mail pour avoir confirmation qu’aucune donnée de l’étude n’incrimine les cabines UV.

    En aucun cas il ne s’agit d’une étude sur l’usage des cabines UV car aucune donnée concernant cet usage n’est étudiée (en gros : on n’a aucune idée si les patients atteints de mélanome sont des utilisateurs ou pas). L’hypothèse du rôle des lampes UV n’est donc étayée par aucune donnée scientifique, elle n’apparait qu’en commentaire de l’article, uniquement en faisant référence à des études antérieures.
    Ce n’est donc que pure spéculation de l’auteur qui se sert de cette étude pour diffuser ses propres convictions « anti-UV ». Les sénateurs foncent tête baissée sans avoir lu l’article.
    La véritables raison de l’augmentation des cas de mélanome est à chercher ailleurs : On dépiste mieux et plus tôt en 2009 qu’en 1970 ! Seuls les stades I deviennent plus fréquents (3,5 -> 29,6), mais les stades II III et IV sont presque stables (0,7 -> 1,3) et la mortalité́ des patients diminue : l’auteur conclue que les mélanomes sont diagnostiqué de plus en plus précocement. Enfin, les données démographiques de ce conté d’Olmsted sont publiques : les population noires et hispaniques sont 5 à 10 fois moins représentées que dans le reste des USA. Ce qui est loin d’être un détail quand on s’intéresse au mélanome…

    Par ailleurs, j’ai assisté aux débats du sénat et lu le rapport en détail : selon moi, l’attitude des sénateurs relève davantage de la discussion du Café du Commerce que d’une analyse méthodique et scientifique de la situation. Ils n’ont bien entendu pas lu (ou pas compris) les études qu’ils citent, et n’ont écouté que les « experts » qui allaient dans leur sens.

    Interdisons les cabines UV et rendez-vous dans 20 ans : il y aura toujours autant de mélanomes, car c’est une maladie multifactorielle à forte composante génétique et le lien avec les UV et très loin d’être aussi simpliste que ce qu’on veut nous faire croire.

  8. Vu que le tabagisme remporte beaucoup d’argent, je comprends très bien pourquoi il ne s’agit pas d’un « risque avéré pour la santé de nos chers concitoyens ». C’est consternant de voir à quel point la politique et les décisions dépendent du lobbyisme et de l’argent.

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