mardi 27 septembre 2016

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Les sénateurs falsifient les résultats d’une étude clinique pour justifier l’interdiction des cabines de bronzage

La mission d’information du Sénat sur le dispositifs médicaux implantables et les interventions à visée esthétique, crée dans le sillage de l’affaire des prothèses PIP, a proposée 38 recommandations visant à protéger au mieux le consommateur des dangers de ces dispositifs implantables et de ces soins esthétiques. Une des propositions est l’interdiction pure et simple des cabines de bronzage en dehors d’un cadre strictement médical.

La trentième proposition de ce rapport est effectivement d’ «interdire les cabines de bronzage hors usage médical pour éviter un futur scandale sanitaire ».

Pourquoi cette décision? Car, écrivent nos sénateurs, «La mission première des pouvoirs publiques est de protéger la santé de nos concitoyens de dangers sanitaires avérés » et « faute de le faire, il faudra assumer toutes les conséquences de leur inaction, lorsque d’ici 20 ans, le laxisme actuel se traduira par un surcroît de pathologies cutanée ». Bigre, la détermination est forte dans les rangs des sénateurs.

Mais revenons en aux cabines de bronzage. En juillet 2009, écrivent nos sénateurs à la page 128 de ce rapport, «Le centre international de recherche sur le cancer (Circ.) a classé cancérogène certains pour l’homme (groupe 1) les rayonnements solaires ainsi que les rayonnements ultraviolets émis par les installations de bronzage artificiel». Autrement dit, les cabines de bronzage sont classées dans la même catégorie que le diesel qui lui roule toujours.

Pour appuyer cette affirmation du Circ, nos sénateurs poursuivent leur démonstration : «Une étude publiée par des chercheurs américains en avril 2012 a conclu à une accentuation du risque de mélanome chez les jeunes, multiplié par huit chez les femmes et par quatre chez les hommes en l’espace de quarante ans, dans le cadre d’une exposition répétée aux UV en cabine de bronzage. » (Page 128)

L’étude est importante car elle est utilisée pour démontrer à l’opinion publique que les cabines de bronzage sont très dangereuses pour leur santé.  Faut-il croire ce qu’écrivent nos glorieux sénateurs spécialistes de la lampe à UV ? Le plus simple est peut-être d’aller voir l’étude dont la citation figure en bas de page du rapport, «Mayo Clinic Proceeding, volume 87, issue 4, pages 328-334, avril 2012 ».

L’étude a été réalisée en Olmsted, un «département» du Minnesota, état situé au nord des Etats-Unis. Olmsted s’enorgueillît d’une population de 144 000 habitants. L ‘objectif de l’étude était d’évaluer les modifications d’incidence du mélanome, un des cancers cutanés, en fonction du temps chez de jeunes adultes. Pour ce faire, ils ont identifié entre 1970 et 2009, les personnes, âgés de 18 à 39 ans ayant eu un mélanome. Il y en avait 256 dont 30% d’hommes. Dans la population considérée, il y a eu 16 mélanomes diagnostiqués entre 1970 et 1979 et 129 entre 2000 et 2009. Les résultats retrouvent donc une incidence du mélanome 8 fois plus importante chez les femmes jeunes et 4 fois plus important chez les hommes jeunes entre ces deux périodes. Si huit patients sont décédés d’un mélanome, les scientifiques retrouvent également une réduction annuelle de 9% du risque de décès par mélanome métastatique, une donnée d’importance, omise par nos sénateurs. Les auteurs concluent de cette analyse que « l’incidence des mélanomes cutanés chez les adultes jeunes augmente rapidement, en particulier chez la femme ».

Cette étude n’a absolument pas évalué les risques des cabines de bronzage. Cette étude n’a jamais démontré une augmentation du mélanome « dans le cadre d’une exposition répétée aux cabines de bronzage». Les sénateurs, auteurs du rapport, ont donc purement et simplement falsifié et détourné un résultat clinique pour tenter d’asseoir auprès du public leur conviction que les cabines de bronzage sont néfastes pour la santé. Mentir, est-ce la bonne méthode pour « éviter un futur scandale sanitaire » ? Ne faudrait-il pas un peu plus de rigueur quand on est censé préparer des textes de loi visant à « protéger la santé de nos concitoyens de dangers sanitaires avérés» ?

Cela n’empêche que d’autres études ont effectivement démontré que les rayonnements ultraviolets du soleil et des cabines de bronzage étaient un facteur de risque de mélanome cutané. Et ce risque existe également pour les patients souffrant d’eczéma ou de psoriasis traités par PUVA thérapie. Une métanalyse réalisée par l’IARC chiffre à 75% l’augmentation du risque de mélanome chez ceux utilisant les cabines de bronzage avant l’âge de 30 ans, un risque qui s’accroit avec le nombre d’années d’utilisation, le nombre de d’heures passées sous la lampe à bronze, et le nombre de séances de bronzage.

Le mélanome fait 1300 victimes de trop chaque année en France. Si les cabines de bronzage portent une responsabilité, la grande majorité de ces cancers est liée à l’exposition au soleil et survient chez des adultes de plus de 60 ans. A quand l’interdiction du soleil ? A quand la même détermination dans la lutte contre le tabac qui fait 60 000 victimes chaque année en France, soit 50 fois plus que le cancer de la peau…à moins que le tabac ne soit pas un « danger sanitaire avéré » ?

Source

 N° 653 SÉNAT SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2011-2012
Enregistré à la Présidence du Sénat le 10 juillet 2012
RAPPORT D ́INFORMATION FAIT au nom de la mission commune d’information portant sur les dispositifs médicaux implantables et les interventions à visée esthétique (1),
Par M. Bernard CAZEAU, Sénateur.

Ultraviolet radiation and melanoma
Kanavy HE, Gerstenblith MRSemin
Cutan Med Surg. 2011 Dec;30(4):222-8

Adverse effects of ultraviolet radiation from the use of indoor tanning equipment: time to ban the tan.
Lim HW, James WD, Rigel DS, Maloney ME, Spencer JM, Bhushan RJ
Am Acad Dermatol. 2011 Apr;64(4):e51-60. Epub 2011 Feb 3.

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Crédit Photo Creative Commons by  Rickydavid

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