lundi 5 décembre 2016

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6000 décès en plus au cours de l’hiver 2011-2012 : une surmortalité dont personne ne sait rien (sauf les journalistes)

L’INVS nous a habitué à des études plus intéressantes. Celle-ci n’aurait surement pas trouvé sa place dans une véritable revue scientifique mais elle apporte cependant un éclairage intéressant sur la manière dont les journalistes français traitent l’information, la vérifie, en particulier l’information sanitaire et épidémiologique. Presse et Radio ont ouvert leurs journaux sur ce sujet dramatique d’une surmortalité des personnes âgées au cours de l’hiver dernier, révélé par l’étude de l’INVS.

Pour le Nouvel Observateur, “Vague de froid et grippe: près de 6.000 décès en plus cet hiver“. Ce même groupe titre avec un texte légèrement modifié sur un autre site internet lui appartenant, “Pourquoi docteur”, « La vague de froid a été meurtrière l’hiver dernier » suivit d’une accroche « En cause, le froid, une grippe particulièrement agressive pour les personnes âgées et un vaccin moins efficace». TF1 annonce  Grippe : 6000 tués en un mois, une surmortalité inexpliquée“. On trouvera encore “La vague de froid a fait 6.000 morts en plus cet hiver” (RTL.fr), “Grippe et froid : un hiver 2012 très meurtrier” (Terrafemina), Le FROID toujours plus meurtrier pour les personnes âgées (santé-log), etc.

Grippe, froid, vaccin moins efficace, voilà de quoi alimenter les discussion de la machine à café et pousser tout à chacun vers son prochain vaccin antigrippal.

Mais revenons à l’étude proprement dite. Si l’étude a effectivement analysé la mortalité en France au cours de l’hiver 2011-2012, cette analyse ne couvre que 80% des décès. Effectivement, les épidémiologistes constatent qu’une “hausse des effectifs de décès a été enregistrée comparativement aux années précédentes et a concerné plus particulièrement les personnes les plus âgées  (85 ans ou plus)”. Précision importante, cette surmortalité d’environ 6 000 décès est estimée pour les communes qui couvrent 70% de la mortalité enregistrée en France métropolitaine sans qu’il soit “possible de quantifier avec exactitude l’excès total de décès”. Le flou persiste donc. Mais alors de quoi sont morts ces personnes âgées dont on ne connais finalement pas le chiffre précisément? De vieillesse? Peut-être. D’une infection, d’un accident de la route, d’une glissade sur une plaque de verglas? Personne ne sait, pas même les épidémiologistes : “Cette source de données ne couvrant que 5% de la mortalité française totale, elle ne permet pas une analyse fiable par cause de décès“. Les causes des décès sont donc totalement inconnues. Serait-il possible que les personnes âgées soient mortes moins nombreuses les années précédentes, par exemple lorsque la vaccination grippale avait chutée après la fameuse épidémie H1N1 de 2009?  Hypothèse bien sûr.

Conclusion? Il y a eu un peu plus de personnes âgées décédées au cours de l’hiver 2011-2012 comme déjà au cours de l’hiver 2008-2009 en comparaison aux années précédentes. Point. On ne sait rien de plus. Mais évidemment ça ne fait pas un article. Alors pourquoi pas le froid et les méchants virus de la grippe. En ce qui concerne les vaccins, avant d’évoquer une moindre vaccination, il faudrait déjà démontrer qu’ils réduisent la mortalité chez les personnes âgées, une démonstration qui attend encore (voir article Docbuzz). Et s’il s’agissait seulement de personnes âgées qui avaient vécu un peu plus longtemps, qui n’avaient pas voulu mourir entre 2009 et 2011 et s’étaient offert deux années de vie supplémentaires?  Ce n’est pas mieux comme ça? Ca c’est du journalisme positif!

Source

Surveillance de la mortalité au cours de l’hiver 2011-2012 en France / Surveillance of mortality in France during the 2011-2012 winter 
Anne Fouillet, Richard Merlen, Grégoire Rey, Thierry Cardoso, Céline Caserio-Schnönemann
4 septembre 2012 / n° 33

Crédit Photo Creative Commons by victoriapeckham

 

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