Mardi 30 septembre 2014

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Qui veut la peau du BIO ?

La semaine dernière, la presse s’est acharnée contre le Bio tentant de détruire l’image alimentaire positive construite par l’agriculture biologique au fil des ans : “L’alimentation bio : pas meilleure pour la santé ?” “Bio : Des aliments pas aussi bénéfiques pour la santé, “Alimentation bio : les bénéfices pour la santé ne sont pas prouvés“, “Le bio n’est pas meilleur pour la santé” (Le Figaro), “Les aliments bio moins nocifs mais pas plus nourrissants” (Le Monde), même France Agricole est de la partie, « Produits bio et santé : une analyse américaine met en doute leurs avantages face aux produits conventionnel».

Cette attaque massive fait suite à une étude publiée dans la revue scientifique américaine Annals of Internal Medicine. La conclusion de cette étude, à lire l’ensemble de ces journaux bien informés, seraient qu’il existe finalement peu de différences entre les produits issus de la culture biologiques et les autres issus des productions agricole utilisant pesticides et engrais pour les végétaux et antibiotiques et fermes d’élevages pour les animaux.

L’étude est en fait une revue de la littérature, une compilation statistique de nombreuses études publiées auparavant. Ces études ont été analysées afin de répondre à 3 questions principales :

- Les produits biologiques sont-ils meilleurs pour la santé?
- Les produits biologiques sont-ils plus nutritifs ?
- Les produits biologiques sont-il moins contaminés par les pesticides ?

Seulement 3 études menées chez l’homme ont été analysées pour répondre à la première question. Elles ne retrouvent pas de différence entre les consommateurs d’aliments biologiques et les autres sur ce critère de « santé ». Il faut cependant avouer que ce critère “santé” ne recouvre ici que deux choses, la survenue de phénomènes allergiques et la survenue d’infections bactériennes à Campylobacter. C’est tout. Aucune des 3 études n’a duré plus de 2 ans. Cette formidable analyse permet au journaliste du Figaro d’en conclure «les aliments issus de l’agriculture biologique ne sont pas meilleurs pour la santé que ceux produits par l’agriculture conventionnelle ou “chimique”.  Alors que le consommateur les paie en moyenne, et au bas mot, 25 % plus cher!». Journalistiquement brillant,  et scientifiquement imparable. A ce jour, aucune étude de long terme n’existe sur le sujet et ne permet donc de trancher la question, on peut le regretter mais on ne peut, quand on est sérieux, conclure de l’absence d’étude, une absence de différence.

Pour tenter de répondre aux deux autres questions, 233 études ont été revues (17 menées chez l’homme). Les consommateurs d’aliments biologiques ne semblent pas bénéficier d’une plus importante quantité de nutriments dans le sang, le lait maternel, les urines ou le sperme. Les apports nutritionnels entre les deux types d’alimentations seraient donc équivalents, mis à part pour le phosphore. Cependant, les auteurs précisent que les résultats entre les différentes études sont très hétérogènes : les résultats sont donc scientifiquement peu convainquant.

En revanche, la réponse à la troisième question est plus claire. Les consommateurs d’aliments biologiques sont moins exposés aux pesticides : le risque de contamination par les pesticides est 30% inferieur chez les consommateurs d’aliments biologiques en comparaison aux consommateurs de produits agricoles non biologiques. En plus, si le taux de contamination bactériennes des viandes n’était pas très différent entre les viandes produites biologiquement et les autres, les viandes non biologiques contiennent 33% plus de bactéries résistantes aux antibiotiques, une démonstration qui permet à notre brillant journaliste du Figaro d’écrire que «les aliments conventionnels n’étaient pas significativement plus pollués ou néfastes pour la santé que leurs homologues bio ». Si c’est le Figaro qui le dit.

Alors à quoi sert cette revue de la littérature? Scientifiquement à rien. En revanche, elle permet d’évaluer les soutiens des tenants de l’agriculture non biologiques, prêts à tout pour continuer à produire à l’aide d’engrais, de pesticides, de fermes d’élevage et d’antibiotiques, tout en donnant un aperçu de la qualité des informations santé transmises par certains journaux.

Certains points pouvant intéresser les consommateurs qui n’auraient pas penser à consommer bio pour éviter les allergies ou les infections à campylobacter pylorii, ont cependant été omis  : Cette étude n’a, par exemple, pas évaluer les différences de goût entre les produits biologiques et les autres ; y-en a t-il ? Est-ce pour cela que vous achetez bio ? Elle omet également de parler des maladies déclenchées chez les agriculteurs et les habitants proches des fermes suite aux utilisations massives de pesticides (cancers des testicules, maladie de parkinson…). Elle omet de parler des dégradations écologiques, des contaminations des nappes phréatiques, et des atteintes à la biodiversité…

Vous ne vivrez donc pas plus longtemps si vous mangez du bio, mais peut-être que si. Vous n’éviterez pas un cancer lié aux pesticides en mangeant du bio, mais peut-être que si. Vous n’échapperez pas à une infection bactérienne résistante en mangeant bio, mais peut-être que si. Le bio n’est-il pas finalement un pari sur le futur : un pari sur ce que certains aimeraient qu’il soit et surtout détesteraient qu’il ne soit pas? 

Source

Are Organic Foods Safer or Healthier Than Conventional Alternatives?: A Systematic Review
Crystal Smith-Spangler, MD, MS; Margaret L. Brandeau, PhD; Grace E. Hunter, BA; J. Clay Bavinger, BA; Maren Pearson, BS; Paul J. Eschbach; Vandana Sundaram, MPH; Hau Liu, MD, MS, MBA, MPH; Patricia Schirmer, MD; Christopher Stave, MLS; Ingram Olkin, PhD; and Dena M. Bravata
Ann Intern Med. 4 September 2012;157(5):348-366

Crédit Photo Creative Commons by  hardworkinghippy

 

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