vendredi 30 septembre 2016

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OGM et cancers : et si l’étude de G.E Séralini ne prouvait rien?

Les résultats dramatiques de l’étude du Professeur Gilles-Eric Séralini sur la toxicité d’un maïs transgénique, le NK603 développé par la firme américaine Monsanto, fait grand bruit et a déjà conduit le gouvernement Français à saisir l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES). Que montre cette étude? Quelles sont les réactions à ces résultats au sein de la communauté scientifique?

Actuellement, aucune autorité de régulation ne réclame d’étude évaluant l’impact des OGM sur des animaux nourris chroniquement avec ces aliments recouverts ou non de pesticides. Cependant, l’industrie a mené plusieurs études de nutrition animale d’une durée de 90 jours, avec du maïs ou du soja  tolérant ou non aux herbicides, comme le Roundup. Les conclusions de ces études étaient toujours rassurantes. Pourtant, il existe d’autres études ayant mis en évidence des indices de toxicité rénales, hépatique ou pancréatique, ainsi qu’un potentiel effet perturbateur endocrinien. En plus, ces études n’évaluent pas toujours directement le produit réellement dispersé dans les champs par les agriculteurs, mais uniquement son composant principal conduisant de nombreux spécialistes à réclamer des études sur le mélange chimique dispersé. Ces restrictions ont conduit l’équipe de Gilles-Eric Séralini à réaliser une étude de longue durée, 2 ans, soit la durée de vie d’un rat, et réunissant le plus grand nombre de rongeurs que n’a jamais évalué une étude sur les OGM.

L’étude se destinait à évaluer l’effet du maïs NK603, génétiquement modifié pour résister au Roundup. Plusieurs groupes de rats ont été constitués. Un groupe recevait le maïs NK603 à hauteur de 11%, 22% ou 33% de son alimentation  (3 sous-groupes), un groupe recevait le maïs NK603 contaminé par le Roundup (le produit réellement utilisé dans les champs), à hauteur de 11%, 22% ou 33% de son alimentation (3 sous-groupes) et un autre groupe recevait du maïs normal (groupe contrôle).

Parmi les 10 rats du groupe contrôle, dont les mâles ont vécu en moyenne 624 jours et les femmes 701, 30% des mâles (3 mâles) et 20% des femelles (2 femelles) sont décédés spontanément avant la limite d’âge. En comparaison, 50%des mâles et 70% des femelles sont décédés avant terme dans certains groupes nourris par le maïs NK603. Plusieurs animaux ont du être euthanasiés alors qu’ils développaient des tumeurs dépassant 25% de leur poids. La mortalité dans certains groupes alimentés avec le maïs NK603 a été parfois 5 à 6 fois plus importante. Les femelles ont surtout développé des tumeurs mammaires, adénomes, fibroadénomes et carcinomes : la fréquence de ces tumeurs était 2 à 3 fois plus importante chez les femelles nourries avec le NK603. Les mâles sont surtout morts d’insuffisances hépatorénales. Les tumeurs les plus fréquentes chez eux étaient des tumeurs hépatiques, des tumeurs du système digestif, et des tumeurs rénales.

Ces effets pourraient être expliqués par un effet disrupteur endocrinien du Roundup et une surexpression du transgène concluent les auteurs. Les photos des animaux déformés par les tumeurs suffisent cependant aux non scientifiques à avoir peur de consommer des OGM. Rappelons qu’une seule variété a été ici analysée.

Ces résultats sont évidemment étonnants et de nombreuses critiques ont commencés à être développées contre l’étude.

Pour Martina Newell-McGloughlin, une biotechnologiste de l’université de Californie, cette étude a très peu de crédibilité scientifique; Les lacunes de l’étude sont tout simplement incroyables et il lui semble que les auteurs partaient à la pêche au résultat sans vraiment savoir ce qu’ils cherchaient. Elle ajoute que les rats Sprague-Dawley de cette étude sont très utilisés dans les études sur les cancers car ils sont connus pour développer des tumeurs spontanément, et cela quelque soit la nourriture qu’ils reçoivent. En plus, les rats pouvaient consommer toute la nourriture qu’ils souhaitaient, ce qui favorise encore la survenue de tumeurs. Evidemment, il y a un groupe contrôle mais qui n’a inclus que 10 à 20 animaux, un nombre jugé statistiquement insuffisant par les critiques : il y a 9 fois plus d’animaux ayant reçu le maïs NK603 que d’animaux contrôle alors que les études de ce type doivent faire l’inverse, avoir 2 à 3 fois plus de contrôle

Pour David Tribe, un microbiologiste de l’université de Melbourne en Australie, les auteurs n’ont pas pratiqué les analyses statistiques leur permettant d’évaluer si ces résultats ne sont pas le simple fruit du hasard, ce qui, ajoute t-il, est une possibilité du fait du faible nombre d’animaux : ” Ce n’est parce qu’ils développent des tumeurs que cela signifie que la nourriture qu’ils consomment causent les tumeurs : la différence observée entre les groupes peut être juste due à un effet de randomisation”. Ces critiques sont d’autant plus vives qu’il y a déjà eu un précédent à une étude de M. Séralini. En 2007, the European Food Safety Authority avait vivement critiqué l’un de ses travaux expliquant que “L’analyse statistique faite par les auteurs ne prend pas en compte certaines considérations statistiques majeures (…) Les hypothèses qui sous-tendent la méthodologie statistique utilisée par les auteurs conduit à des résultats trompeurs.”

Professeur David Spiegelhalter, de l’Université de Cambridge: “À mon avis, les méthodes, les statistiques et les rapports de résultats sont bien en dessous de la norme. Je m’attendais à une étude rigoureuse – pour être honnête, je suis surpris que cela a été accepté pour publication” (…) “Toutes les comparaisons sont faites avec le groupe de contrôle non traité, qui ne comptait que 10 rats de chaque sexe, dont la majorité a également développé des tumeurs. À première vue, ils semblent avoir de meilleurs résultats que la plupart des groupes traités (bien que la dose la plus élevée d’OGM et les groupes de mâles Roundup aient également obtenu de bons résultats), mais il n’y a pas d’analyse statistique appropriée, et les chiffres sont si faibles qu’elles ne constituent pas une preuve substantielle. Je serais disposé à accepter ces résultats seulement s’ils étaient rapportés correctement.”

Pr Anthony Trewavas, professeur de biologie cellulaire de l’Université d’Edimbourg :”Le groupe contrôle est insuffisant pour faire une déduction. Seulement 10 rongeurs et certains d’entre eux développent des tumeurs. Sauf à connaitre le degré de variation de 90 ou 180 rats contrôles, ces résultats sont sans valeur”. (…) “Pour être franc cela ressemble à une variation aléatoire dans un groupe de rongeurs susceptibles de développer des tumeurs de toute façon. “

Professeur Mark Tester, professeur au Centre australien pour la génomique végétale à l’Université d’Adélaïde : «La première chose qui me vient à l’esprit, c’est pourquoi rien n’a émergé des études épidémiologiques mené dans les pays où tant d’OGM sont dans la chaîne alimentaire depuis si longtemps? Si les effets sont aussi important que prétendu, et si ce travail est vraiment applicable aux être humains, pourquoi les Nord-Américains ne tombent-ils pas comme des mouches alors que les OGM sont dans la chaîne alimentaire depuis plus d’une décennie,! Et la longévité continue d’augmenter inexorablement! Et si les effets sont aussi forts que revendiqués, pourquoi est-ce que les centaines d’études précédentes réalisées par des scientifiques réputés, et publiées dans des revues à comité de lecture, n’ont rien remarqué?

“Enfin, bien sûr, il ne s’agit que d’une étude évaluant la survenue d’un événement avec un gène. L’extrapoler à toutes les cultures génétiquement modifiées est absurde. Même si elle éventuellement, il ya un problème avec cet événement, voire avec ce gène un, il y a aucune raison pour l’extrapoler à tous les OGM”.

Professeur Tom Sanders, chef de la Division des sciences de la nutrition au Kings College de Londres :”Il y a un manque d’informations sur la composition du régime alimentaire. L’une des préoccupations est de savoir si il y avait des mycotoxines dans la farine de maïs en raison d’un stockage inadéquat. La zéaralanone est un phytoestrogène bien connu produit par des champignons filamenteux qui se développent sur le maïs. Les méthodes statistiques ne sont pas conventionnelles, il n’y a pas de plan d’analyse de données clairement défini et les probabilités ne sont pas ajustés pour les comparaisons multiples.”

 

 Source

Long term toxicity of a roundup herbicide and a roundup tolerant genetically modified maize
Gilles-Eric Séralini, Emilie ClairRobin MesnageSteeve GressNicolas DefargeManuela Malatesta, Didier HennequinJoël Spiroux de Vendômois
Food and Chemical Toxicology Available online 19 September 2012

Expert reaction to GM maize causing tumours in rats
Science Media Centre
19 septembre 2012

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