dimanche 4 décembre 2016

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Fautes, fraudes et plagiats expliquent la majorité des retraits d’articles scientifiques publiés

 

De plus en plus d’articles scientifiques publiés dans des revues référencées font l’objet d’un retrait après publication. Et si jusqu’alors, on estimait que ces retraits étaient liés à des erreurs involontaires qui s’étaient juste glissées dans les articles, une étude d’envergure, publiée dans la revue américaine PNAS, met en évidence que ces retraits sont en fait liés en très grande majorité à des fraudes, des plagiats, des malversations voire à des résultats totalement inventés ou truqués.

En 2011, la prestigieuse revue Nature rapportait que le nombre de retrait d’articles avait été multiplié par 10 depuis 1975, pour atteindre 300 publications au cours de l’année.

Les auteurs ont travaillé à partir du moteur de recherche Pubmed qui indexe l’ensemble des publications biomédicales et ont analysé 2 047 articles retirés. Ils ont passé au crible les raisons citées par les revues scientifiques justifiant le retrait mais ont poursuivi leur enquête au-delà en utilisant par exemple les rapports de l’Office of Research Integrity, des articles de journaux, des blogs de veilles surveillant toute rétractation (Retractionwatch) . Ce travail, effectué pour chacun des articles leur a permis de déterminer dans la majorité des cas la cause réelle du retrait.

«Nous avons constaté que le problème était beaucoup plus grave que nous le pensions“, déclare le Dr Arturo Casadevall, principal auteur de l’étude, dans un interview publié dans le New York Times. Les scientifiques retrouvent que seulement 21,3% des rétractations étaient attribuables à une erreur. En revanche, 67,4% des rétractions étaient attribuables à une faute, et notamment à une fraude ou à une présomption de fraude dans 43,4% des cas, parmi lesquelles on relève la double publication d’une étude (14,2%) et le plagiat (9,8%).

Récemment, des fraudes scientifiques importantes ont été mises à jour. En Juillet, par exemple, la Société japonaise d’anesthésiologie avouait avoir constaté que le Dr Yoshitaka Fujii avait falsifié 193 articles tous publiés dans des revues scientifiques référencées (voir article Docbuzz).

En Angleterre, les falsifications d’un article publié en 1998 et récemment retiré par la revue The Lancet, dans lequel le Dr Wakefield accusait le vaccin contre la rougeole d’accroitre le risque d’autisme, a eu des répercutions nationales et internationales importantes, en poussant de nombreux parents à sursoir à la vaccination de leur enfant (voir article Docbuzz). La semaine dernière, le BMJ rapportait encore qu’un cardiologue anglais Mickael Mullen, était accusé de fraude par le General Medical Council. Il aurait soumis à un congrès de cardiologie un abstract en sachant que les données rapportées étaient fausses (BMJ 2012 ;345 : e6580).

Nombreux sont les rétractations dont l’excuse est ainsi formulée : “Nous regrettons d’avoir à retiré cet article parce que notre travail n’est pas reproductible”, ce qui n’est pas exactement un mensonge explique encore le Dr Arturo Casadevall. Le travail effectivement n’est pas reproductible, mais parce qu’il est frauduleux. Les chercheurs essayent, quand ils sont découvert de protéger leur laboratoire et leur réputation et ces rétractations utilisent une formule écrite qui ne permet pas de connaitre la cause exacte du retrait.

Toutefois, ces articles restent heureusement en faible nombre en comparaison à la masse d’informations scientifiques nouvelles publiées avec éthique et probité chaque année : environ un article sur 10 000 seulement est officiellement rétracté.

Pour le Dr Arturo Casadevall, il n’en reste pas moins qu’un problème semble poindre au sein de notre science car si le nombre d’articles comportant des fraudes reste faible, nombreux sont ceux auxquels sont par la suite ajoutés des corrections (112 908 articles). Mais surtout l’accélération du nombre des retraits tend à faire penser que certains scientifiques sont prêt à tout pour publier rapidement, parce qu’un article publié dans une revue importante, c’est la garantie d’un bon emploi dans un laboratoire prestigieux, la consécration par un prix, l’obtention d’un financement ou d’une promotion. L’expression anglaise parle d’elle-même, «winner-take all game». On peut constater que le nombre de ces rétractation pour fraude ont beaucoup augmenté à partir de 2005, alors que le gouvernement fédéral américain avait décidé de réduire le financement de la recherche biomédicale.

Les scientifiques mettent également en évidence que 43% de toutes les rétractions qu’ils ont analysé provenaient de seulement 38 laboratoires dont les noms ne sont pas cités dans l’article.

Source

Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publications
Ferric C. Fang, R. Grant Steen, Arturo Casadevall
PNAS 2012 ; published ahead of print October 1, 2012

Misconduct Widespread in Retracted Science Papers, Study Finds
CARL ZIMMER
New York Times October 1, 2012

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