dimanche 4 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Il y a plus dangereux que le bisphénol A : les métabolites du bisphénol A

Alors que les élus de la république (Sénat) ont décidé de retarder d’un an l’interdiction d’utilisation du bisphénol A (seulement pour quelques usages domestiques), ce qui n’en interdira pas la production, l’importation ou l’utilisation pour tous les autres usages et donc n’empêchera nullement la contamination de l’écosystème et donc de l’homme, deux chercheurs américains démontrent dans la revue PLOS-ONE que certains métabolites du bisphénol A se fixent aux récepteurs du l’œstrogène de manière bien plus puissante que le bisphénol A lui-même. Le plus dangereux pour la santé n’est donc pas le bisphénol A lui-même, mais certains de ses métabolites, qui apparaissent à l’intérieur du corps humain. Leur action, mimant celle de l’œstrogène est même tellement puissante que cela permettrait la mise au point d’une nouvelle classe thérapeutique destinée à traiter les pathologies ou cours desquelles l’œstrogène doit être réduite, proposent  les auteurs.

Aujourd’hui, le bisphénol A est partout et particulièrement dans notre alimentation (eau en bouteille, plats cuisinés, boites de conserve, cannettes de bière, etc.). On estime que cette voie alimentaire est une des principales source de contamination humaine, mais ce n’est qu’une supposition puisque des millions de tonnes de bisphénol A, utilisés dans les produits industriels depuis des dizaines d’années, ont contaminé l’ensemble de l’écosystème planétaire. Un interdiction du bisphénol A dans un objectif de santé publique pour être efficace, devrait interdire toute production, importation et utilisation du bisphénol A dans l’ensemble des produits industriels, sans oublier de cibler tous les autres disrupteurs endocriniens comme les phtalates. Nous en sommes encore loin.

La littérature médicale est dorénavant riche de plusieurs centaines d’études en ce qui concerne les actions négatives du bisphénol A : les deux auteurs de l’école de médecine de l’université de San Diego ont évalué, sur des modèles en 3 dimensions, la puissance de la fixation du bisphénol A et de ses métabolites aux récepteurs à l’œstrogène afin de mieux comprendre quelle conformation est véritablement à risque pour tout remplaçant futur du bisphénol A.

En se fixant sur les récepteurs de l’estrogène, le bisphénol A perturbe le système hormonal du corps humain avec des conséquences particulièrement importantes pour les fœtus, et les enfants.

Les analyses menées par  Michael E. Baker et Charlie Chandsawangbhuwana montrent que le bisphénol A se fixe de manière faible au récepteur de l’œstrogène. En 2004, l’équipe du Pr Shin’ichi Yoshihara, de l’université de  Hiroshima, avait découvert qu’un nouveau composé, le MBP, produit de la métabolisation du bisphénol A se liait 100 fois à 1000 fois plus puissamment aux récepteur de l’œstrogène que le bisphénol A lui-même.

C’est ce que confirme l’analyse de Baker et Chandsawangbhuwana : la structure allongée du MBP permet à la molécule d’interagir avec le récepteur de l’œstrogène de manière identique à l’oestradiol, c’est à dire aux deux extrémité du récepteur. La molécule de bisphénol A, plus courte ne peut se connecter qu’à une extrémité du récepteur, résultant en une connection plus faible et donc à une moindre affinité. Le bisphénol A ne serait donc pas le coupable idéal des effets constaté chez l’homme mais que son métabolite dénommé MBP pourrait l’être. Il est capable de perturber durablement et de manière forte l’axe endocrinien chez l’homme.

Source

3D Models of MBP, a Biologically Active Metabolite of Bisphenol A, in Human Estrogen Receptor a and Estrogen Receptor b
Michael E. Baker, Charlie Chandsawangbhuwana
PLOS ONE Published October 4, 2012

 

Articles sur le même sujet