lundi 5 décembre 2016

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La médecine Allemande s’excuse pour les crimes commis sous le National Socialisme

En mai 2012, dans la ville de Nuremberg, l’Association Médicale Allemande s’est excusée des atrocités commises sous le National Socialisme. Entre 1933 et 1945, les médecins allemands se sont rendus coupables d’une brèche majeure vis-à-vis de l’éthique dus aux patients. Des médecins allemand ont initié et implémenté la stérilisation forcée de 350 000 personnes, l’assassinat de 260 000 personnes handicapées ou retardés mentales,  ont mené des expérimentations sur 25 000 hommes, femmes et enfants dont plus de 2000 en sont morts.  Dans le camp d’Auschwitz, des médecins allemands ont sélectionné des patients afin de tester diverses méthodes d’assassinat par le poison, le gaz, les injections fatales, la faim ou l’électrocution.

Les excuses de l’Association Médicale ont permis d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’engagement de la médecine allemande vis-à-vis de son passé nazi. Cela faisait 33 ans que l’association n’avait pas tenu son congrès dans la ville de Nuremberg, la ville où furent proclamées les lois raciales de 1935, la ville où se tint en 1946-47 le procès des médecins accusés de crime contre l’humanité. Les excuses de 2012 marquent un tournant dans la reconnaissance des abus qui ont impliqué l’association et ses membres. Les mesures médicales coercitives instituées sous le National Socialisme n’ont pas été implémentées par des fanatiques mais bien par des scientifiques informés, dans le cadre de leurs efforts pour modifier le système de santé publique et développer la recherche médicale.

On ne pourra cependant qu’être étonné du temps qui a été nécessaire à l’Association Médicale Allemande pour accepter l’évidence de son passé alors que de nombreux travaux avaient déjà permis d’identifier les victimes et les bourreaux. La réalité  des faits a longtemps été étouffée permettant à des figures importantes de la génération de médecins ayant agit pendant la seconde guerre mondiale, de poursuivre leur carrière dans les années 1950 et 1960. Si de jeunes médecins tentaient d’examiner les dossiers enfermés dans les archives des hôpitaux, ils ne pouvaient le faire qu’au risque de briser leur carrière. C’est ce qu‘a du affronter Hartmut Hasauske-Abel qui publia en 1986 dans le Lancet un article sur la médecine allemande et le National Socialisme et qui fut accusé de déshonorer la médecine allemande. En 1990, l’Association de Médecine Allemande refusa de financer  une publication des documents ayant trait au procès des médecins de Nuremberg. En réponse, un psychiatre Klaus Dorner fit un appel aux dons privés qui permirent de mettre les documents à disposition du public en 1999.

Encore en 2011, un ouvrage sponsorisé par l’association sur la médecine sous le National Socialisme omettait de nombreuses études, en particulier les travaux des docteurs Alice Platen-Hallermund et Werner Leibbrand, qui témoignèrent contre les pratiques de la médecine nazie à Nuremberg. Plus récemment, le déni fut évident concernant l’ancien président de l’Association de Médecine Allemande Hans-Joachim Sewering, décédé en 2010 : Sewerig avait lui-même envoyé des enfants dans un centre d’euthanasie.

Les excuses arrivent certes tard mais seront peut-être entendues par un petit nombre de médecins exclus par les lois Nationales Socialistes, par des patients stérilisés, ou des proches des individus euthanasiés. Ces excuses ne peuvent être qu’un point de départ d’une révision plus globale. L’Association Médicale Allemande se doit dorénavant d’être transparente car des excuses ne sont pas un trait tiré sur le passé mais une plongée constructive et salutaire pour assurer une éthique nouvelle non seulement en Allemagne mais de la médecine en général.

Source

Apologising for Nazi Medecine : a constructive strating point
Stephan Kolb, Paul Weindling
The Lancet vol 380, August 25 2012

Pour en savoir plus :

Les médecins de la mort 

Crédit Photo : World War Two (1939-1945). Boys castrated by nazi “doctors”. The Auschwitz concentration camp.

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