dimanche 4 décembre 2016

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Le syndrome de bébé secoué

                                                           Il ne faut pas lancer ainsi violemment son nourrisson en l’air…

Le syndrome du bébé secoué survient suite à un traumatisme infligé par maltraitance ou par comportement inadapté. Si ce syndrome fut décrit pour la première fois en 1930, ce n’est qu’en 1972 que l’on comprend qu’il est secondaire à de fortes secousses. Il n’y a pas de traumatismes apparents.

Le plus souvent, c’est une crise décrite par les personnes présentes comme un malaise brutale suivi de troubles de la conscience, le bébé pouvant être somnolent ou comateux. Un tel état impose une hospitalisation en urgence avec un examen radiologique du cerveau, le premier objectif des médecin étant de prévenir une nouveau crise et en particulier un état de mal convulsif, un événement grave qui peut laisser des séquelles permanentes.

Parfois les premiers signes sont moins évidents, le bébé ayant simplement une agitation ou une apathie, avec des vomissements pouvant faire croire à un problème digestif.

C’est l’examen clinique retrouvant dans les deux cas un périmètre crânien élargi qui orientera le diagnostic. Des signes de maltraitance peuvent être retrouvés tels que des griffures, des brulures, des hématomes. Elles sont retrouvées chez 25% des enfants.

Les symptômes neurologiques sont causés par un hématome sous-dural, une poche de sang qui survient après saignement des veines situées entre le cerveau et les méninges. La poche sanguine peut comprimer le cerveau. L’enfant est pale du fait de l’anémie consécutive.

En plus des lésions cérébrales qui seront visible à l’examen radiologique du cerveau, des hémorragies rétiniennes sont retrouvées chez deux tiers des enfants, un signe très caractéristique du syndrome de bébé secoué.

Dans le cas d’une affirmation du diagnostic, d’anciennes fractures seront recherchées; elles seront souvent présentes au niveau des bras, des jambes et plus rarement du thorax. Elles sont multiples chez 10% des enfants.

Les médecins prescriront des traitements antiépileptiques. Il pourra être décidé de pratiquer une ponction chirurgicale pour évacuer l’hématome sous-dural ou parfois de mettre en place une petite dérivation.

Le pronostic de ce syndrome du bébé secoué est sévère sur le plan vital car 8% des enfants décèdent, un risque 3 fois plus important chez les nourrissons de moins 3 mois. Les séquelles neurologiques sont fréquentes à type d’épilepsie, de déficit cognitifs ou moteur voire une débilité mentale. Un état de mal comitial est un des facteur de risque majeur : 50% des enfants de moins de 3 mois ayant souffert d’un « syndrome du bébé secoué » souffrira de lourdes séquelles.

La survenue la plus fréquente des hématomes sous-duraux est traumatique sans souvent que ce traumatisme  ne soit retrouvé lors de l’interrogatoire des parents car il ne s’agit le plus souvent pas d’une chute ou d’un coup porté mais de secousses créant un mouvement de va-et-vient de la tête du nourrisson provoquant un cisaillement de certaines veines unissant la surface du cerveau aux méninges parfois accompagné d’un impact par exemple sur un lit. Il s’agira alors de définir s’il s’agit d’une « maladresse » ou d’un geste volontaire. Le médecin aura alors le devoir de protéger le nourrisson.

Les parents doivent être conscients qu’à cet âge (entre 3 et 8 mois), la tête est maintenue par un cou fragile et qu’un choc n’est pas nécessaire pour provoquer une lésion grave.

La recherche causale doit se faire sans stigmatisation. Selon l’expérience du Dr  D. renier,  du service de neurochirurgie-pédiatrique de l’hôpital Necker à Paris, les critères du type chômage, famille monoparentale, problèmes financier, drogue, immigration, ou maladie mentale d’un parent de sont que d’indigents clichés. Le profil est bien plus complexe et aucun groupe social n’est épargné. Dans tous les cas, il s’agit d’enfants gardés en nourrice ou par la famille, famille fragilisée par des évènements extérieurs tels qu’un divorce, un déménagement récent, un isolement, un deuil récent.

Les médecins agirons au mieux pour protéger l’enfant tout en gardant le meilleur contact avec la famille, la place de la justice devant, selon l’expérience de l’auteur, être évaluée au cas par cas : « un dialogue permanent entre le monde de la médecine et celui de la justice est l’outil indispensable à la meilleure prise en charge, cas par cas, de ces situations difficiles et souvent graves ».

 Source

Syndrome du bébé secoué
D Renier
Journal de pédiatrie et de puériculture (2012) 25, 158-164

Crédit Photo Creative Commons by  lukemelia

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