lundi 26 septembre 2016

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Nourrissons : Le danger des «laits» végétaux

La mode de l’alimentation naturelle peut toucher les nouveaux parents au point que certain remplacent même les apports lactés nécessaires à un nourrisson, par une boisson végétale improprement dénommée « lait végétal ». C’est ce que nous rappellent plusieurs médecins hospitaliers lyonnais dans un article publié dans La Presse Médicale.

La nutrition du nourrisson repose sur l’allaitement maternel ou sur des laits fabriqués essentiellement à partir de lait de vache dont la composition vise à s’approcher au mieux des caractéristiques du lait maternel, une composition évoluant avec l’âge de l’enfant. Des boissons réalisées à base de végétaux, amandes, soja, noisettes, châtaignes ou riz sont proposés dans des magasins bio ou en vente sur internet et sont parfois proposés en cas d’allergie aux protéines de vache. Certains parents, adeptes d’une nourriture « saine et naturelle » imposent à leurs enfants, parfois dès le plus jeune âge, un régime restrictif avec éviction totale des produits animaux. Or ces boissons, parfois appelées «lait végétal», ne sont pas adaptés aux enfants en bas âge et les mettent en danger. Quatre cas malheureux nous mettent en garde contre ces boissons.

Le premier est un enfant de 9 mois, d’abord nourri au sein jusqu’à 6 mois puis par un lait infantile. Devant l’apparition d’une dermatite atopique et des difficultés de sevrage, sa maman remplace, sur les conseils d’un naturopathe, le lait industriel par une boisson à base de châtaignes. Or cette boisson ne contient que 0,1 grammes de protéines par 100 ml, pour un enfant qui en nécessite 10 fois plus. La diversification alimentaire n’apportait par ailleurs que 10 cuillères à café quotidiennes de fruits et légumes.  A l’entrée à l’hôpital, l’enfant était victime d’une dénutrition sévère et a du rester hospitaliser pendant 2 mois, séjour compliqué par une infection pulmonaire grave. Il présentait ce que l’on appelle un syndrome de Kwashiorkor, une malnutrition protéino-énergétique sévère.

Le second enfant a été hospitalisé à l’âge de 14 mois. Il avait été allaité par sa mère pendant 1 an avec, à partir de 5 mois, des apports complémentaires diversifiés. A 12 mois, ses parents convaincus de la toxicité du lait de vache, le sèvre à l’aide de 300 ml/jour d’une préparation végétale à base de riz. A son entrée à l’hôpital il est anémique (hémoglobine basse), une carence en fer et en vitamine B12. La carence nutritionnelle liée à la boisson à base  de riz s’est en fait surajouté à des carences liées à l’allaitement : en effet sa maman avait mangé tr ès peu de viandes rouges au cours de sa grossesse et une supplémentation en fer s’était fait sans ajout de vitamine B12. Les carences maternelles, qui se sont prolongées chez l’enfant du fait de l’allaitement, n’avaient pas été mises à jour au moment de son accouchement. La guérison a été rapide et l’enfant a été nourri enfin par un lait de croissance adapté et une alimentation bien diversifiée.

Deux autres cas, décrit par les auteurs, font état de carences alimentaires liées au remplacement  du lait de suite par une boisson végétale à base d’amande à volume équivalent mais n’apportant qu’un peu plus de la moitié des besoins énergétiques de l’enfant ou encore du cas d’un enfant dont les parents ayant fait la même erreur tentèrent de compenser la carence en augmentant le volume de boisson végétale, et causant finalement des régurgitations abondantes qui créèrent des troubles ioniques majeurs et se sont compliquèrent d’une infection pulmonaire par inhalation de ces régurgitations.

Au moins deux cas de décès de nourrissons par syndrome de Kwashiorkor directement lié à une erreur nutritionnelle ont été rapportés. Les troubles liés à de telles erreurs surviennent rapidement et dressent des tableaux pouvant égarer le diagnostic. Ces “laits” végétaux entrainent une carence énergétique, protéique, et vitaminique (vitamine B12, vitamine D) pouvant provoquer une anémie, des troubles ioniques, métaboliques et une déshydratation. La méfiance est donc de mise face à ces boissons « naturelles » dont certaines, injustement appelées «lait», peuvent encore plus injustement porter la mention « dès 4 mois » ou «convient à l’alimentation en cours de sevrage et de la diversification», trompant le consommateur.

Pour grandir, un enfant a besoin d’une alimentation de qualité, réduite pendant les 6 premiers mois uniquement au lait maternel ou à un lait pour nourrissons soumis à une réglementation précise. Ils sont enrichis en vitamine D, en fer, en fluor et vitamine K et les lipides qu’ils contiennent apportent les acides gras essentiels, autant d’éléments qui n’existent pas dans les « laits » végétaux. Les auteurs réclament une réglementation plus sévère  pour encadrer la vente des jus de végétaux mentionnant clairement qu’ils ne peuvent en aucun cas constituer une alternative aux laits infantiles.

Source

Complications carentielles suite à l’utilisation de « laits » végétaux, chez des nourrissons de deux mois et demi et 14 mois (quatre cas) Diane FourreauNoël PerettiBaptiste HengyYves GilletSonia Courtil-TeyssedreLaure HessIrène Loras-DuclauxNicolas CaronCapucine DidierFleur Cour-AndlauerSophie HeissatAlain LachauxÉtienne Javouhey La Presse Médicale Available online 27 September 2012

Crédit Photo  Creative Commons by  xopherlance

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