mardi 27 septembre 2016

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Le monde est sous la menace d’une pandémie de dengue

Le continent Indien est actuellement sous l’emprise d’une épidémie majeure de dengue qui menace des centaines de millions d’indiens mais aussi le monde entier. Car cette épidémie majeure est non seulement incontrôlée mais surtout pratiquement niée par les autorités indiennes : officiellement l’épidémie a contaminé un peu plus de 33 000 personnes au cours du mois d’octobre et 200 en sont mortes, des chiffres que les estimations de l’OMS multiplient au moins par 1000!

Aucun gouvernement ne prend très au sérieux ce petit moustique, Aèdes Albopictus, le vecteur des virus de la dengue. Alors que dans les années 1950 cette pathologie ne touchait que quelques zones, la moitié des pays de la planète sont aujourd’hui envahis. Le nombre et l’importance des épidémies ne cessent de croire, plus de 150 morts à Rio de Janeiro au début de l’année 2012 (voir article Docbuzz), six à Porto Rio pour 5000 personnes infectées. En Europe, l’archipel de Madère fait face à une épidémie. Un touriste sur 6 voyageant dans en pays endémique revient chez lui avec une dengue (chiffre OMS) rendant possible, en cas de présence du vecteur, le moustique aèdes, des infections acquises localement. A Miami, un tel cas d’infection acquis localement a été confirmé par les autorités cette année, trois en France l’été dernier (voir article Docbuzz). Les moustiques Aèdes, qui avaient atteint les côtes sud de la France il y a quelques années (voir article Docbuzz), ont pu  tranquillement proliférer sans que les autorités sanitaires (Roselyne Bachelot à l’époque) ne s’en préoccupe vraiment ; un “plan de surveillance” avait été mis en place. Aujourd’hui le moustique a été repéré au nord de la France. Le pays est envahi, les Antilles, elles font face à des épidémies récurrentes. Que ce soit en France ou en Inde, l’inaction des autorités conduira à une catastrophe sanitaire probable, Une réplique à l’échelle mondiale de ce qu’ont vécu les réunionnais en 2005, lors de l’épidémie du chickungunya, une pathologie proche de la dengue, qui contamina une grande partie de la population et fit plus de 250 morts. La responsabilité première incombait aux autorités sanitaires et au préfet qui avaient interrompu toute mesure de démoustification depuis plusieurs années.

Certes la maladie ne tue pas tous ceux qu’elle infecte, mais les plus faibles, enfants, femmes enceintes, fœtus, personnes âgées sont souvent parmi les victimes. Les symptômes sont souvent importants, fièvre, grande fatigue, vomissements, éruptions cutanées, douleurs articulaires et musculaires, avec dans un pour-cent des cas des hémorragies qui définissent la forme grave de la maladie, souvent mortelle.

“Le problème global de la dengue est bien pire que ce que la plupart des gens peuvent imaginer, et il ne cesse d’empirer”, déclarait récemment le Dr Raman Velayudhan, coordinateur mondial pour la dengue à l’Organisation Mondiale de la Santé. Comme en témoigne le New York Times dans un article récent, à New Delhi, les hôpitaux sont débordés et les patients fiévreux se partagent les lits ou croupissent dans les couloirs. A l’hôpital pédiatrique de Kalawati Saran, les familles, nombreuses, attendent inquiètes à l’ombre des arbres près de l’entrée. L’article du New York Times rapportait le drame de Neelam, qui vient de perdre ses deux petits enfants,  Sneha 8 ans et  Tanya, 7 ans. L’Inde est le pays le plus touché au Monde. La pathologie a cru d’au moins 60% en comparaison à l’année dernière et le nombre de malades se chiffre en millions selon les experts : 37 millions de malades et 227 500 hospitalisations selon le Dr Scott Halstead, un expert en maladies tropicales. Selon le Dr Joseph M. Vinetz, professeur à l’Université de Californie à San Diego, ceux qui vont en Inde quelques mois ont beaucoup de risque d’être contaminé par la dengue ; pour ceux qui s’y installent durablement c’est une certitude. Le Sri Lanka a lui seul, un petit pays au large des côtes indiennes de seulement quelques millions d’habitants, a déclaré 3 fois plus de cas de dengue que l’Inde. Alors pourquoi les autorités Indiennes mentent-elles?

Il semble qu’en fait les autorités indiennes aient décidé de comptabiliser uniquement les cas confirmés par un examen de laboratoire, ce qui induit une sous-estimation massive contribuant à la propagation de la maladie, et empêchant la prise de conscience nécessaire. La maladie flambe, le flot de patients grossit, les enfants meurent, dans une indifférence sourde. Et plus le risque de personnes contaminées s’accroit, puis grandit l’hypothèse que les virus responsables parviennent à muter en une souche plus dangereuse, plus mortelle, un cycle habituel au cours de pandémies virales.

Et aucun traitement de la maladie n’existe à ce jour, ni aucun vaccin.

Source

Atlas of health and climate
Organisation Mondiale de la Santé 2012

As Dengue Fever Sweeps India, a Slow Response Stirs Experts’ Fears
Gardiner Harris
New York Times November 6, 2012

La dengue se propage en Inde faute d’une surveillance efficace
Julien Bouissou
LE MONDE | 

Crédit Photo Creative Commons by  xophe_g

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