dimanche 4 décembre 2016

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Dépistage du cancer du sein : 1,3 millions de femmes sur diagnostiquées (US)

Une nouvelle étude cette fois publiée dans la prestigieuse revue médicale The New England Journal of Medicine met le dépistage du cancer du sein sur la sellette. Elle confirme que le dépistage du cancer du sein par la mammographie entraine un nombre important de « victimes », à qui un cancer est diagnostiqué et qui vont subir un traitement lourd et délétère sans nécessité du fait de la précocité de la détection de ce cancer. Les chercheurs évaluent qu’au cours des 30 dernières années aux Etats-Unis, 1,3 millions de femmes ont ainsi été surdiagnostiquées, des victimes collatérales du programme de dépistage.

L’étude a pu évaluer ce chiffre en constatant qu’1,3 millions de femmes ont été “surdiagnostiquée” et “surtraitées” sans pour autant que le nombre de cancers avancés n’aient été réduits : “Il y a eu une augmentation spectaculaire des diagnostics des cancers du sein à un stade précoce qui coïncide avec une utilisation accrue de la mammographie», explique le Dr H. Gilbert Welch, professeur de médecine à l’Institut Dartmouth,” Mais il ne suffit pas de trouver un cancer du sein à un stade précoce, cela doit se traduire par une diminution du nombre de femmes diagnostiquées à un stade avancé, or nous avons trouvé que cette diminution est remarquablement petite.” Autrement dit, le dépistage du cancer du sein n’a que peu d’impact sur la découverte de cancer avancés voir métastasés, mais découvre des cancers que les femmes auraient probablement ignoré et qui n’auraient pas été la cause de leur décès. Le dépistage du cancer du sein a donc «créé» sa propre pathologie, ce qui explique également l’augmentation épidémiologique retrouvée dans tous les pays occidentaux du nombre de cancer du sein (NDLR).

Evidemment, ces résultats ne vont pas réjouir les «circuits» vivant du dépistage du cancer du sein, ni les institutions «caritatives» récoltant des fonds à longueur d’année pour alimenter la “lutte” contre le cancer du sein. Pour l’American Cancer Society par exemple, ces résultats “doivent être interprétés avec prudence” et la société maintient sa recommandations aux femmes de suivre des mammographies de dépistage annuellement dès l’âge de 40 ans puisque, et l’étude le démontre aussi, quelques vies peuvent être sauvées par le dépistage (cf. article docbuzz).

Les auteurs ont analysé les données fédérales américaines de diagnostics de cancers du sein de 1976  à 2008, chez les femmes de plus de 40 ans. Ils mettent en évidence que l’introduction de la mammographie de dépistage aux États-Unis a été associée à un doublement du nombre de cas de cancers du sein au stade précoce passant de 112 à 234 cas pour 100.000 femmes dépistées, soit une augmentation absolue de 122 cas pour 100.000 femmes. Parallèlement, le dépistage de femmes ayant un cancer du sein à un stade avancé n’a diminué que de 8%, de 102 à 94 cas pour 100.000 femmes, soit une diminution de 8 cas pour 100.000 femmes. Par ailleurs, seulement 8 des 122 cancers diagnostiqués précocement sont supposés évoluer à un stade avancé, laissant 114 femmes/100 000 dépistées avec un surdiagnostic de cancer du sein.

Après avoir éliminé comme potentiel facteur favorisant l’hormonothérapie substitutive, les auteurs évaluent que sur la seule année 2008, ce sont 70 000 femmes qui ont été sur diagnostiquées, soit 31% de tous les cancers détectées. Au total 1,3 millions de femmes ont été diagnostiquées et traitées par excès à cause du dépistage du cancer du sein par la mammographie aux Etats-Unis., estiment les auteurs, avec les conséquences sanitaires et financières que l’on imagine

C’est le risque de surdiagnostics de cancer de la prostate qui a par exemple conduit plusieurs institutions américaines (et françaises) à ne plus recommander le dosage de PSA dans la détection des cancers de la prostate.

Si effectivement les auteurs retrouvent quand même une baisse de mortalité par cancer du sein au cours de cette période 1976-2008, rien ne permet de dire que celle-ci découle du dépistage. Selon eux, cette baisse est probablement beaucoup plus liée à l’arrivée de nouveaux traitements plus efficaces.

Il devient donc de plus en plus évident que jusqu’alors, les discours officiels (y compris en France), surestimaient les avantages de la mammographie et en minimisaient les risques. Il est temps de dire la vérité aux femmes, afin qu’elles puissent, avec les meilleurs conseils et informations, comprendre ce que leur propose réellement la mammographie, qui n’a rien d’un dépistage miraculeux ni inoffensif.

Si les auteurs n’en parlent pas, cette étude remet également indirectement en question tous les chiffre de réduction de mortalité par cancer du sein, puisque des femmes qui ne seraient pas décédés du cancer sont après traitements incluses dans les statistiques de survie. Il devient réellement nécessaire que des études ad hoc fassent un peu plus la lumière sur la réalité du cancer du sein et la nécessité de son dépistage. Ces données manquent encore cruellement en France et devraient devenir une priorité sanitaire du fait des millions d’euros que coutent le dépistage chaque année.

Source

Effect of Three Decades of Screening Mammography on Breast-Cancer Incidence
Archie Bleyer, M.D., and H. Gilbert Welch, M.D., M.P.H.
N Engl J Med 2012; 367:1998-2005 November 22, 2012

1 million women ‘overdiagnosed’ with breast cancer due to mammograms, controversial study suggests
Deborah Kotz
Boston Globe 21 novembre 2012 

CRédit Photo Creative Commons by  Ando Con Los Monos

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