dimanche 4 décembre 2016

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Notre société n’a pas éliminé la sélection darwinienne : les plus forts vivent plus longtemps que les plus faibles

Nos sociétés occidentales offrent une prise en charge médicale dès le plus jeune âge tentant d’offrir à chaque individu une protection sanitaire dans le but de réduire les inégalités. Pour que cette prise en charge soit optimisée, il est indispensable d’avoir connaissance des facteurs influençant la destinée. Cette étude démontre que la force musculaire est l’une d’elle. En comparaison aux plus faibles d’entre nous, les plus fort vivront plus vieux, mourront moins de causes cardiaques et se suicideront moins. Une sélection « naturelle » persiste donc.

La connaissance des différents facteurs de risque dès le plus jeune âge est nécessaire à la mise en place d’une politique efficace de santé publique. En plus des facteurs de risque traditionnellement bien connus que sont par exemple l’hypertension artérielle ou l’obésité, une capacité respiratoire diminuée a été proposée récemment comme un facteur prédictif de mortalité précoce chez le sujet âgé. Chez l’adulte, un autre facteur bien connu d’évaluation de la durée restante de vie est la force musculaire, qui peut être évaluée simplement : elle prédit le risque de décès quel qu’en soit la cause ainsi que le risque de décès par maladie cardiovasculaire. Récemment, l’évaluation de la force musculaire a été proposée comme critère de survie dès l’adolescence. Toutefois, il n’a pas encore été prouvé que la force musculaire chez un enfant ou un adolescent prédit sa durée de vie. Actuellement, la première cause de décès des adolescents dans les pays occidentaux reste le suicide.

Des scientifiques Espagnols, Suédois, et Finlandais ont utilisé les registres militaires de conscription suédois  d’1,2 millions de jeunes hommes âgés de 16 à 19 ans au moment de leur enregistrement (nés entre 1951 et 1976) afin de déterminer l’impact éventuel de la force musculaire sur un risque de décès prématuré (avant 55 ans), un risque de décès de cause cardiovasculaire, ou d’un décès lié à un suicide. Notons que les adolescents qui présentaient un  handicap sévère ou une maladie chronique étant exemptés de conscription, ne sont pas inclus dans cette analyse. Par ailleurs, les scientifiques ont exclu de l’analyse les adolescents qui présentaient des valeurs extrêmes de taille (>2,10 mètres), d’indice de masse corporelle (<15 et >60) ou de pression artérielle (diastolique <40 ou >100 ; systolique <100 ou >180), ces valeurs définissant déjà potentiellement un état pathologique qui aurait pu biaiser les résultats.

La force musculaire était évaluée par la force d’extension des genoux, la force de flexion du coude, la force d’agrippement. D’autres critères tels que le poids, le BMI, la pression artérielle, le niveau éducatif était également enregistré. Au cours de la période de suivi de plus de 24 ans, 22 883 participants sont décédés, de maladie coronaire (1254 ; 5,5%), d’accident vasculaire cérébral (526 ; 2,3%), de cancer (3425 ; 14,9%), par suicide (5100 ; 22,3%), par accident (5921 ; 25,9%), ou d’autres causes (6657 ; 29,1%).

Les adolescents ayant une force musculaire élevée étaient ceux dont le taux de mortalité était le pus faible : la force musculaire à l’adolescence est donc bien un facteur pronostic de survie prolongée, les deux tests les plus révélateurs étant la force d’agrippement (comme chez les sujets âgés) et la force d’extension du coude. Les scientifiques ont divisé les 1,2 millions d’adolescents en 4 groupes en fonction de leur force musculaire : le dernier groupe avait une mortalité plus élevée que les trois autres groupes ayant une force musculaire supérieure. Plus la force musculaire était élevée, plus la mortalité était faible. Les plus forts avaient une mortalité inférieure de 20% par rapports aux adolescents à la force musculaire ma plus faible.

Les facteurs de risque classiques tels qu’une la pression artérielle élevée (surtout la diastolique), ou un indice de masse corporelle élevé  étaient également des facteurs augmentant indépendamment le risque de décès dès l’adolescence, des données déjà connues. Sur 100 000 adolescents évalués entre leur seizième et leur dix neuvième année, 123 ayant une force musculaire basse sont décédés, 99 ayant une force musculaire moyenne et 87 ayant une force musculaire élevée.

L’indice de mase corporelle (obésité) et la pression artérielle étaient très fortement corrélés aux décès d’origine cardiovasculaire. En éliminant ces facteurs confondant, la force musculaire se révèle être un facteur prédictif de mortalité cardiovasculaire : les plus forts bénéficient d’une réduction de -35% du risque de décéder d’une cause cardiovasculaire. Cette réduction atteint -70% si ils ont en plus un indice de masse corporelle faible, et -35/-45% si leur pression artérielle est normale. Sur 100 000 adolescents évalués entre leur seizième et leur dix neuvième année, 10 ayant une force musculaire basse sont décédés d’une maladie cardiovasculaire, 7 ayant une force musculaire moyenne et 5 ayant une force musculaire élevée.

Une force musculaire élevée s’associe également avec un risque de suicide réduit de -30%. Sur 100 000 adolescents évalués entre leur seizième et leur dix neuvième année, 25 ayant une force musculaire basse sont décédés par suicide, 20 ayant une force musculaire moyenne et 17 ayant une force musculaire élevée.

La force musculaire n’influençait pas la mortalité par cancer. Le seul facteur augmentant le risque de cancer chez ces adolescents était un indice de masse corporelle élevé, confirmant les ravages de l’obésité existante dès le plus jeune âge. Les adolescents ayant un indice de masse corporelle bas bénéficiaient d’une réduction de 25-35% de mourir d’un cancer.

Cette étude démontre pour la première fois que la force musculaire évaluée dès l’adolescence est un facteur pronostique de la mortalité totale, quel que soit le poids (IMC) ou la pression artérielle de l’individu. Les plus faibles musculairement sont à plus grand risque de mourir prématurément quel que soit la cause de cette mort. La force musculaire est également pronostique d’un décès de cause cardiovasculaire ou de suicide.

Cette étude suggère donc que les plus faibles sont plus à risque que les plus forts, en particulier que les plus faibles physiquement semble également plus vulnérables psychologiquement (suicide), mais aussi plus vulnérables sur le plan cardiovasculaire.

Source

Muscular strength in male adolescents and premature death: cohort study of one million participants
Francisco B Ortega, Karri Silventoinen,  Per Tynelius, Finn Rasmussen
BMJ 2012;345:e7279

Crédit Photo Creative Commons by  Tine72

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