dimanche 4 décembre 2016

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Lutte contre le tabagisme : quand les ministres de la santé seront-ils sur le banc des accusés?

La cour des comptes publie un document terrible pour tous les acteurs de la santé publique en France . Ce rapport montre que Les gouvernements successifs n’ont rien fait pour enrayer le tabagisme qui tue dorénavant 73 000 hommes et femmes chaque année, et ont au contraire, dépensé l’argent publique à maintenir les lieux de vente en récompensant les buralistes. Le document de la cour des comptes est bref et précis. Les chiffres sont déstabilisants. Ils nous renseignent sur l’incapacité des ministres de la santé successifs à mener une politique antitabac efficace et reconnaissent comment l’argent publique est détournée (légalement) au profit des buralistes, détenteurs d’un puissant lobby , capable, on le voit de faire plier les politiques.

73 000 personnes meurent chaque année en France du tabac. On a l’habitude chaque jour de manier et d’entendre des chiffres auxquels ont ne fait finalement plus attention. 73000 décès, c’est 10 fois plus que de décès sur les routes. 73 000 morts c’est la disparition chaque année d’une ville comme Antibes ou Asnière-sur-Seine, et cela alors que ces morts seraient évitables. Ces hommes et femmes meurent parce que les dépositaires des actions de santé publique en France sont soient incapables, soit complices. Ils ont en tous les cas réussi à faire que le tabac devienne la première cause nationale de mortalité évitable. Ce prodigieux succès n’aurait jamais été possible sans une au moins complice incompétence de nos hommes et femmes politiques. Ils ont laisser s’installer une profonde méconnaissance des danger du tabac au sein de la population française. Le maintient des français dans l’obscurantisme est une des explications de ce record de décès : il est dénoncé par la cour des comptes. La cour des compte s’étonne par exemple qu’alors que le tabac tue 10 fois plus que la route, les investissement en terme de communication soient 10 fois inférieurs : « Alors que la communication est un outil indispensable a la lutte contre le tabagisme, la modestie des moyens qui lui sont affectes en limite la portée : ils sont près de dix fois moins importants que ceux consacrés a la communication sur la sécurité routière alors même que le tabac provoque un nombre de décès sans commune mesure avec les accidents de la route ».

La tabac fait des milliers de morts par cancer mais pas seulement : maladies cardiovasculaires, tabagisme passif, entament sérieusement le budget annuel de la sécurité sociale. Pourtant dans ce cas aussi, personne n’a cherché à répondre à la question du vrai coût que le tabac fait peser sur la société, chiffrer aurait évidemment imposer une réaction (une étude espagnole évaluait que chaque paquet de cigarette fumée coutait 100 euros à la communauté). La cour des compte s’étonne donc: sur l’épidémiologie du tabac aussi, le voile noir de l’obscurantisme des masses a été maintenu : « Le sujet du coût du tabac mériterait d’être davantage étudie, ce qui met en évidence la faiblesse des moyens dont dispose la recherche en épidémiologie sur le tabac». Comment imaginer que cet ensemble cohérent d’inaction, d’absence de crédit, et de camouflage épidémiologique ait pu se cumuler sans une volonté orchestratrice ?

Dorénavant 38% des français et 30% des françaises fument. Aucun des objectifs de limitation du tabac fixés par les lois de santé publique n’ont été atteint. Pire, la France fait dorénavant partie, selon la cour des comptes, des pays « médiocre » en matière de lutte contre le tabagisme. Regardez l’Angleterre : le tabagisme y a profondément reculé, « là où un français sur trois fume, ce n’est le cas que d’un anglais sur cinq. Ce constat est en accord avec un autre diagnostic posé par la cour des comptes, « l’absence depuis plusieurs années d’une politique suffisamment volontariste et structurée pour inverser la tendance ». Et l’échec est multiple ». Le résultat de ce laisser allez volontaristes est simple « Dans ce contexte, les résultats des politiques de lutte contre le tabagisme au cours des dernières années sont préoccupants au vu de la récente remontée de la prévalence du tabagisme qui se constate ».

Fait encore plus grave, si de l’argent publique a été mobilisée, elle l’a été pour soutenir la vente du tabac, des millions d’euros ayant été renflouer les caisses des buralistes. La rémunération moyenne des débitants de tabac entre 2002 et 2011 a ainsi pu progresser de 70% (+54% sans les taxes) pour une inflation de 20% sur la période, «un effet d’aubaine massif » écrit la cour des comptes, illustrant « l’incohérence de l’utilisation des moyens financiers de l’État ».

Alors que quelques dizaines de millions d’euros sont dépensées pour la « lutte » contre le tabagisme, 300 millions, vont soutenir les professions liées au tabac qui pourraient être touchée par une réduction des ventes (qui n’a évidemment jamais eu lieu !).

Et lorsque des lois à visée sanitaires existent, la cour des comptes constate que leur application est « défaillante », et les « contrôles publics déficients » : « en matière d’interdiction de vendre du tabac aux mineurs ou de fumer dans les lieux publics : un buraliste ne risque d’être contrôlé sur place qu’une fois par siècle par les agents de la direction des Douanes ». Face à un état inexistant, déficient ou pire, ce sont donc les associations « qui, par leurs actions judiciaires et dans la mesure de leurs moyens limités, veillent à l’application de la règlementation ».

Face à ce terrible bilan, la cour ne s’étonne plus de l’attention très insuffisante portée par les pouvoirs publics à la prévention de l’entrée des jeunes dans le tabac ou à l’aide à l’arrêt du tabac. Pourtant des solutions existent et fonctionnent outre-manche : C’est grâce à une politique «alliant pédagogie, aide concrète et personnalisée, un contrôle très strict et systématique de l’application de la règlementation, que le Royaume-Uni est parvenu à réduire de près de 10 points le niveau de consommation du tabac en 10 ans, en passant de 30% à 20% de fumeurs dans l’ensemble de la population. Grace à l’efficacité et l’accessibilité du dispositif d’aide à l’arrêt du tabac, près de 800 000 fumeurs y sont entrés en 2010. »

En résumé, des 73 000 morts du tabac chaque année, nombreux sont mort du fait de l’incompétence des ministères et des actions publiques comme de la très grande efficacité des lobby pro-tabac. Ce dernier rapport de la cour des compte est probablement déjà oublié…

Source

Les politiques de lutte contre le tabagisme
Cour des Comptes 13/12/2012

Propositions pour une nouvelle politique de lutte contre le tabac
Rapport au Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé
Yves Bur Février 2012

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