lundi 26 septembre 2016

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Pilule contraceptive : faut-il “intimer l’ordre à certains salisseurs de mémoires de bien vouloir fermer leur claque-merde”?

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«Nombreux sont les interlocuteurs qui, dans le dossier des risques des pilules, évoquent spontanément le “scandale Diane 35” » ; ainsi débute un article du journal Le Monde érigeant l’affaire Diane 35 en nouveau scandale national : on ne sait qui sont ces «nombreux interlocuteurs» mais c’est bien la meilleur manière pour débuter  un article sans témoin et créer de toute pièces un nouveau «scandale». Prenez une femme, victime d’une pathologie qui pourrait potentiellement être un effet secondaire d’un médicament et portant plainte, un avocat ayant des connections médiatiques, quelques journalistes santé recalé en première année de médecine et désireux de prendre leur revanche, un député dont la capacité de langage scientifique ne dépasse pas le terme «suspension»,  un ministre de la santé qui fait l’exact contraire du précédent au nom de la même démagogie et à moins d’un an de distance, et vous obtenez le terreau nécessaire et suffisant à un subtile nouvelle affaire, non pas un scandale, mais une abracadabrantesque guignolade qui fait s’ahurir la communauté scientifique internationale, surprise que la France découvre avec retard, que prendre une pilule peut favoriser une phlébite dont on peut même mourir, un effet secondaire connu, référencé, publié, chiffré, enseigné depuis plus de 50 ans, tout comme était connu et publié le  sur-risque thromboembolique des pilules de troisième génération par rapport aux secondes. Ces informations étaient et restent accessibles aux médecins comme aux patients.

Les journaux, dont Le Monde, évoquaient ce matin, la survenue de décès sous un médicament, Diane 35 : « L’Agence du médicament confirme quatre morts liées à la pilule Diane 35 »  titrait Le Monde,  illustrant ce titre tapageur d’étuis de pilules qui ne correspondaient pas au médicament Diane 35. L’agence du médicament a confirmé, dimanche 27 janvier, quatre morts “imputables à une thrombose veineuse liée à Diane 35” depuis 1987. Voilà le scoop, 4 décès sous un médicament en 26 ans, soit un décès tous les 7 ans environ, certes trop, mais rappelons que le tabac tue 220 personne par jour, la pollution 22, et l’automobile 10, sans faire aucun scandale même dans ce grand journal qu’était Le Monde. Personne n’a beaucoup plus d’information puisque selon le communiqué de l’ANSM qui confirme ces décès, un rapport sera rendu public la semaine prochaine. Cela n’empêche pas nos brillants journalistes de fanfaronner : Evoquant des données de risques thromboemboliques multipliées par 6,68 récemment publiées dans le journal Le Figaro, nos Don Quichotte estiment que ces « éléments viennent s’ajouter à l’alerte qui a été lancée par Le Monde il y a quelques semaines concernant les risques que présentent les pilules de troisième et quatrième génération » ! Une alerte qui mériterait au moins le Pulitzer. A ce rythme, les journalistes français vont bientôt publier le Vidal !

Diane 35, est une combinaison d’ethynylestradiol et d’acétate de cyprotérone, un anti testostérone, également utilisé par exemple dans la composition de l’Androcur, traitement prescrit dans le cancer de la prostate. Si Diane 35 est indiqué en France dans le traitement de l’acné et de l’hirsutisme, tous deux favorisés par la testostérone, il n’a jamais reçu d’AMM pour  bloquer l’ovulation.  Il était cependant facile pour les médecins face à des jeunes filles présentant par exemple un peu d’acné de préconiser et prescrire Diane 35 (en hors AMM) et de bénéficier de son effet anti-ovulatoire. Certes, elle n’était pas remboursée par la sécurité sociale, mais aucune pilule de troisième ou quatrième génération ne l’était. Certes, elle avait un risque thromboembolique supérieur aux pilules de deuxième génération, mais qui restaient identiques à celui des autres pilules de troisième génération. Quant-à savoir si elle a été trop prescrite, nous ne disposons pas des données permettant d’affirmer ou d’infirmer cela. Connaissant le volume des ventes de pilules et les risques étant correctement cernés, l’ANSM est en mesure de dire si le nombre constaté d’évènements indésirables sous pilule correspond aux effets attendus, les dépasse ou les réduit.

Si il est pour l’instant difficile de détecter ici un scandale autrement que chez les vendeurs de papier, cette nouvelle affaire nous montre cependant encore une fois, qu’il n’y a personne à la tête de la santé en France, que l’ANSM est incapable de relever les défis qui sont les siens, que le ministère de la santé est incapable d’émettre un message cohérent et rassurant sur la durée (Bertrand rembourse, Touraine dérembourse), et que les médecins comme les associations de spécialistes de la santé (les kinésithérapeutes hier, les gynécologues aujourd’hui…),  systématiquement trainés dans la boue par les journalistes et accusés de collusion et donc d’incompétence, devraient commencer à utiliser tous les moyens à leur dispositions pour “intimer l’ordre à certains salisseurs de mémoires de bien vouloir fermer leur claque-merde!” (Les Tontons Flingueurs George Lautner).



Source

Le “scandale Diane 35”, antiacnéique détourné en pilule
Sandrine Cabut, Pascale Santi
LE MONDE | 

L’Agence du médicament confirme quatre morts liées à la pilule Diane 35
Le Monde.fr avec AFP | 

L’ANSM déclare qu’il faut stopper l’usage de Diane 35 comme contraceptif
Le Monde.fr | 

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