lundi 5 décembre 2016

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Pilule contraceptive : Peut-on continuer à apeurer une population entière à coup d’études épidémiologiques douteuses ?

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Nos journaux sont friands de scandales et n’hésitent plus à jouer avec la santé des français et des françaises en foulant allégrement au pied toute la cohérence d’une démarche scientifique éprouvée.

Ainsi, alors qu’aucun scientifique ne s’y était jamais risqué, une épidémiologiste française répondant à la demande d’une autorité scientifique internationale reconnue et désintéressée, le Journal du Dimanche (JDD), annonce fièrement que la pilule tuerait 35 femmes par an en France, conditionnel qui disparait rapidement des copier-coller des autres médias. Evidemment, toute française sous pilule va immédiatement prendre peur, au mieux retourner voir son médecin, au pire suspendre ce médicament dangereux. La technique est éprouvée par notre presse depuis 2 ans et fonctionne bien, alors pourquoi s’arrêter là ? Puisque le risque zéro n’existe pas, on pourra ainsi évaluer l’ensemble du dictionnaire Vidal et démontrer que chaque médicament tue, évitant évidemment toujours, parce que cela ne fait pas vendre, les bénéfices potentiels multiples de ces traitements. Combien la pilule a, depuis les années 1960 évité d’avortements, de complications liées à un avortement, de grossesses non désirées, n’a t-elle pas contribué à changer la vie de la femme dans  ? Tout médicament est prescrit dans le cadre d’une balance bénéfice/risque, les nouveaux prophètes camouflent ces bénéfices.

Notre épidémiologiste française a donc répondu à la demande du JDD et en quelques heures déterminé ce que personne n’avait encore évalué. Elle se serait appuyée sur une étude menée par Christian Riché du CHU de Brest explique le JDD. Celui-ci aurait constaté dans cet hôpital, 80 embolies pulmonaires liées à la pilule et un décès. Nous n’avons pas pu retrouvé une publication de Christian Riché témoignant de ces chiffres. Ce qui est donc appelé «étude» et qui n’a surement jamais été publié est un décompte aux tenants et aux aboutissants biaisé par essence. Impossible de savoir si ces 80 événements ont été simplement constatés chez des femmes sous pilules, ni lesquelles (2eG, 3eG, 4eG ?), ou si un lien causal a été affirmé entre la prise de pilule et la survenue de l’événement. Depuis combien de temps ces femmes prenaient leur pilule, un point important pour l’incriminer sachant que le risque de survenue d’une thrombose veineuse pouvant entrainer une embolie pulmonaire est plus fort dans les 3 premiers mois de traitement. Quels étaient les facteurs de risque de ces femmes : fumaient-elles toutes, avaient-elles des pathologies sanguines pouvant accroitre le risque de thrombose ? Ces questions ne sont pas anodines quand on veut ensuite extrapoler les données obtenues à la population entière des femmes françaises sous pilule. Evidemment personne n’a de réponse à ces questions majeures. D’ailleurs, le JDD n’en a cure.

Car cela n’empêche pas une démarche scientifique « à la française » : à partir de ces chiffres, du nombre de femmes sous pilules en France (5.1 millions) et en utilisant les données d’une étude hollandaise publiée en 2009 pour en transposer les risques retrouvés à nos brestoises, notre épidémiologiste estime que les pilules seraient responsables de 2 800 thromboses et embolies en France chaque année. Et sachant que 5% des embolies et thromboses sont mortelles (toutes cause confondue mais on n’est plus à une approximation près), une simple règle de 3, technique statistique éprouvée, permet d’aboutir au chiffre désiré : « la pilule tuerait 35 femmes par an» titre utilisé par le JDD, «si les résultats partiels obtenus à Brest peuvent être extrapolés à la France entière », stipule le JDD, mais après tout pourquoi pas ? Nous avons peut-être nous même sauté une étape du raisonnement mais nous n’avions comme source que la publication non référencée Pubmed du JDD.

Mais, allons jusqu’au bout sans peur du ridicule, ce que le JDD, revue scientifique sérieuse ne fait bien sûr pas : la pilule est utilisée depuis 1960 soit depuis 53 ans, cette fois on peut utiliser une simple multiplication, la pilule a donc tué au moins 1855 femmes depuis leur commercialisation, disons entre 1500 et 2000…tiens encore ?

Voilà, les journalistes impatients ont un chiffre utilisable en accroche, calculé sur le coin d’une table encore tachée de la choucroute de la veille mais peu importe. La pilule tue. Il faut que ça se sache. Haro sur le planning familial qui a donc tué nos femmes et nos filles, haro sur les politiques qui ont été jusqu’à vouloir distribuer la pilule à nos lycéennes post pubères. Le silence des vrais scientifiques est assourdissant, le silence de l’ordre des médecins est assourdissant, le silence de l’ANSM est assourdissant, le silence du ministère des droits de la femme est assourdissant, le silence du ministère de la santé est assourdissant. Femmes, je vous aime, mais je vous plains.

Source

La pilule tuerait 35 femmes par an
JDD 3 février 2013

Contraception : la pilule responsable de 35 morts par an
Magicmaman.com

The venous thrombotic risk of oral contraceptives, effects of oestrogen dose and progestogen type: results of the MEGA case-control study
A van Hylckama Vlieg, research fellow, F M Helmerhorst, professor of clinical epidemiology of fertility,J P Vandenbroucke, professor of clinical epidemiology, C J M Doggen, research fellow, F R Rosendaal
BMJ 2009

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