dimanche 4 décembre 2016

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Sodas “light” et risque de diabète : l’étude INSERM n’apporte rien de nouveau

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Une étude épidémiologique de l’INSERM retrouve un risque accru de diabète de type 2 chez des femmes consommant des boissons artificiellement sucrées aux édulcorants. De nombreux sites internet et journaux s’en font l’écho, annonçant une grande nouvelle découverte et une nouvelle pièce à charge au dossier d’accusation de l’aspartam. Vraiment?

Grande nouveauté dans le monde de la santé, un “résultat d’autant plus remarquable qu’il est tout à fait contre-intuitif” clame même le journal Le Monde, ajoutant que cette étude apporte “une pièce supplémentaire à l’édifice compliqué du débat sanitaire sur les édulcorants” : Chacun retient son souffle face à cette révélation scientifique couverte par les médias français. Car “pour la première fois sur une cohorte française“, il est effectivement montré qu’une consommation régulière de boissons “light”  s’associe à un risque plus que doublé de contracter un diabète de type 2. Voilà, après avoir arrêté la pilule, vous pouvez également jeter les sodas light aux orties.

Nous serrons bref sur la description de l’étude, une cohorte classique : un groupe dit ce qu’il mange ou ce qu’il boit, ici au cours d’un interrogatoire ayant lieu une fois tous les 2-3 ans, puis au bout de 14 ans, on évalue les pathologies étant survenues au sein du groupe, ici les scientifiques recherchaient la survenue d’un diabète. Enfin des analyses statistiques diront si ceux qui avaient déclaré  boire ou consommer tel ou tel aliment au cours des jours précédents ont subi plus ou moins l’évènement. Ce type d’étude permet parfois de détecter effectivement un facteur causal dans la survenue d’une pathologie mais jamais avec certitude. Aucune conclusion ne peut absolument être tiré de ces analyses. Les auteurs, des scientifiques, le reconnaissent.

Chez les 66,118 femmes suivies dans cette cohorte, 1369 diabètes ont été diagnostiqués. Le risque de devenir diabétique était multiplié par 2,2 chez les femmes consommant plus de >603 ml/semaine de boissons sucrées aux édulcorants, et par 1,34 chez celles en consommant plus de 359 ml/semaine. Plus la consommation était élevée, plus le risque de diabète augmentait. Ce risque n’a pas été retrouvé chez les consommateurs de jus de fruit frais.

Ce lien supposé, n’est pourtant pas nouveau : par exemple, en 2009, sur une cohorte multiethnique, une étude américaine établissait que la consommation de sodas “diet” augmentait le risque de syndrome métabolique de 36% et le risque de diabète de 67%. D’autres études ont montré au contraire que ce risque disparaissait quand l’ensemble des facteurs confondants était pris en compte comme ‘alimentation générale, l’indice de masse corporelle

Par ailleurs l’étude INSERM ne répond pas aux questions et hypothèses préalablement existantes : est-ce que les hommes et les femmes consommant des boissons artificiellement sucrées le font parce qu’ils se savent déjà à risque ou la consommation de ces boissons artificiellement sucrées entraine t-elle une modification métabolique qui crée un risque réel de diabète? Personne ne le sait et tout le reste n’est que conjoncture.

Autre conjoncture, les accusations portées ensuite par de nombreux commentateurs sur les édulcorants :”La publication de ces travaux tombe à un mauvais moment pour l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA). Celle-ci a rendu publique, en janvier, la version préliminaire de sa première évaluation complète des risques présentés par l’aspartame” écrit par exemple le journal Le Monde. Il est toujours indispensable à un journaliste de trouver un bouc émissaire. Or non seulement ces études n’apportent rien ne nouveau du point de vue des connaissances scientifiques, il faut préférer l’eau aux sodas, mais aucune d’entre elle n’a évalué le type d’édulcorant utilisé et aucune d’entre elle n’est capable ni n’a été construite pour prétendre porter quelque accusation que ce soit sur les édulcorants. D’ailleurs aucun des scientifiques ne le fait dans aucun des articles scientifiques publiés sur le sujet.

Cette dernière étude publiée par une équipe Française de l’INSERM, témoigne donc du fait que les femmes françaises réagissent de la même manière aux boissons sucrées aux édulcorants que les femmes américaines. Il était important de le démontrer.

Source

Consumption of artificially and sugar-sweetened beverages and incident type 2 diabetes in the Etude Epidémiologique auprès des femmes de la Mutuelle Générale de l’Education Nationale–European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition cohort
Guy Fagherazzi,Alice Vilier, Daniela Saes Sartorelli, Martin Lajous, Beverley Balkau, Françoise Clavel-Chapelon
Am J Clin Nutr March 2013

Diet Soda Intake and Risk of Incident Metabolic Syndrome and Type 2 Diabetes in the Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis (MESA)
Jennifer A. Nettleton, Pamela L. Lutsey, Youfa Wang, João A. Lima, Erin D. Michos, David R. Jacob

Consumption of sweetened beverages and intakes of fructose and glucose predict type 2 diabetes occurrence
Montonen J, Järvinen R, Knekt P, Heliövaara M, Reunanen A.
J Nutr. 2007 Jun;137(6):1447-54.

Sugarsweetened and artificially sweetened beverage consumption and risk of type 2 diabetes in men de Koning L, Malik VS, Rimm EB, Willett WC, Hu FB
The American journal of clinical nutrition 2011 Jun

Une consommation régulière de sodas “light” doublerait le risque de diabète
LE MONDE |  • Mis à jour le 

crédit Photo Creative Commons by  bass_nroll

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