dimanche 4 décembre 2016

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Transplantation de selles : la médecine du passé revient

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L’entérocolite pseudomembraneuse est une Inflammation aiguë de la muqueuse intestinale qui est caractérisée par la présence de pseudomembranes. Elle est souvent liée à une infection du colon par la bactérie Clostridium Difficile. L’infection se développe lors d’un déséquilibre de la flore intestinale, classiquement après exposition à un antibiotique, qui favorisera la prolifération de Clostridium Difficile dans le colon. C’est une infection plus fréquente à l’hôpital où elle touchera les patients âgés. Le nombre de cas est en augmentation et son traitement reste difficile

En 1958, des médecins de Denver, confrontés à cette infection, décident de « transplanter » les selles d’un patient sain chez des patients atteints d’entérocolite pseudomembraneuse dans l’objectif que des bactéries « normales » recolonisent le colon  et recréent une flore intestinale efficace.  L’effet bénéfique a été immédiat. Mais la technique a été oubliée au profit d’antibiothérapie lourde. Et depuis 1958, le Clostridium Difficile est devenu le germe responsable du plus grand nombre de diarrhée nosocomiale et même si certains antibiotiques sont efficaces, un quart des patients récidivent. Seuls les cas d’entérocolite les plus récalcitrantes sont traitées par «transplantation» de selles alors même que l’efficacité du traitement est estimée à 90%. Alors pourquoi la « transplantation de germes fécaux n’est pas devenue une pratique routinière, étant donné son coût dérisoire et son efficacité ? Trois raisons l’expliquent principalement : cette pratique est esthétiquement peu engageant, la recherche du donneur reste délicate, et il manque des données scientifiques suffisamment solides.

C‘est pourquoi cette nouvelle étude publiée dans le New England Journal of Medecine, même si le nombre de patients inclus est encore faible, est d’une grande importance.

Des patients, tous atteints d‘une infection à Clostridium Difficile récidivante, recevaient soient un traitement à base d’antibiotique, la vancomycine, suivi d’une transplantation de selle (tube naso-duodénal), soit un traitement prolongé à base de vancomycine, soit enfin un traitement par vancomycine suivi d’un lavage colique. Les deux derniers traitements ont été efficaces chez  respectivement 31% (4/13) et 23% (3/13) seulement des patients, alors que la transplantation de selles  a elle été efficace chez 81% des patients (13/16).

Ces résultats devraient stimuler les efforts destinés à diffuser plus largement cette technique très efficace. L’antipathie naturelle de tout humain vis-à-vis des selles peut être réduite en créant une banque de matériel anonyme, facilement disponible. Dans un second temps, cette première utilisation pourrait être remplacée par un mélange liquide contenant les bactéries naturellement présentes dans les selles. Cette étude met en avant l’importance de la recherche sur le microbiome : elle témoigne qu’une correction de ce microbiome est même plus efficace qu’un traitement antibiotique et devrait encourager d’autres essais clinques dans d’autres pathologies digestives difficiles.

Source

Fecal microbiota transplantatoion-an old therapy comes of age
Kelly CP
N Engl J Med 2013; 368:474-475, January 31, 2013

Duodenal infusion of donor fèces for récurrent clostridium difficile
Els van Nood, M.D., Anne Vrieze, M.D., Max Nieuwdorp, M.D., Ph.D., Susana Fuentes, Ph.D., Erwin G. Zoetendal, Ph.D., Willem M. de Vos, Ph.D., Caroline E. Visser, M.D., Ph.D., Ed J. Kuijper, M.D., Ph.D., Joep F.W.M. Bartelsman, M.D., Jan G.P. Tijssen, Ph.D., Peter Speelman, M.D., Ph.D., Marcel G.W. Dijkgraaf, Ph.D., and Josbert J. Keller, M.D., Ph.D.N Engl J Med 2013; 368:407-415, January 31, 2013

Standardized Frozen Preparation for Transplantation of Fecal Microbiota for Recurrent Clostridium difficile Infection
The American Journal of Gastroenterology 107, 761-767 (May 2012)

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