jeudi 29 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Ostéoporose : Vitamine D et calcium ne sont d’aucune utilité dans la prévention des fractures (US)

B0003853 Osteoporotic bone - fully focused image

Prescrire de la vitamine D et du calcium en préventions des fractures dans l’ostéoporose n’est plus recommandé par un organisme américain gouvernemental (USPSTF). l’US Preventive Services Task Force Recommandation, qui évalue régulièrement l’intérêt des actions préventives à mener chez les sujets sains, comme par exemple le dépistage des cancers, à cette fois évalué l’intérêt du traitement préventif par l’association calcium et vitamine D dans l’ostéoporose.

Cette prescription de calcium et de vitamine D est très répandue chez la femme ostéoporotique (56% des femmes américaines de plus de 60 ans en prendraient).  Souvent ménopausée, cette population ayant une ostéoporose est exposée à un risque accru de fractures : 1 femme ostéoporotique sur 2 aura une fracture de poignet, des vertèbres ou du col du fémur. Pour réduire ce risque, jusqu’alors une supplémentation de 400 UI de vitamine D et de 1000 mg de calcium était recommandée. Cette croyance que le calcium et la vitamine D pouvait réduire le risque de fracture a même largement diffusé dans des produits grand public, comme certains laitages, vantant une richesse en calcium et en vitamine D censé assurer une plus grande solidité osseuse, des arguments marketing qui ne reposaient que sur des hypothèses mais qui n’ont jamais été interdits.

L’USPSTF a en fait pris en compte les dernières données scientifiques publiées (voir article Docbuzz) montrant un effet négatif de cette supplémentation de vitamine D + Calcium qui non seulement ne prévient pas du tout le risque de fracture mais en plus accroit le risque d’infarctus du myocarde du fait de la calcification des artères, et le risque de lithiases rénales, générée par la supplémentation calcique.  Selon cet organisme, chez la femme pré-ménopausée comme chez la femme ménopausée où chez l’homme, il n’existe pas de preuve scientifique suffisante permettant de poser le rationnel de prescription de cette association calcium + vitamine D dans la prévention des fractures de l’ostéoporose

Cette prescription a même une balance bénéfice risque négative, pouvant favoriser en plus des événements cardiovasculaires, des calculs rénaux (une atteinte/273 patients traitées).  La revue de la littérature menée par l’USPSTF démontre une nouvelle fois que des recommandations thérapeutiques majeures touchant des millions de personnes ne reposent en fait que sur des données très partielles et scientifiquement insuffisantes: seuls 16 essais randomisés ayant intégrés des populations hétérogènes (antécédents de fractures ou non, âge, institutionnalisés…) ont évalué l’intérêt de la vitamine D avec ou sans calcium dans le but de réduire l’incidence des fractures. En plus les doses utilisées étaient très variables, allant de 300 à 1370 UI, tout comme celles du calcium en terme de doses mais aussi de sels (citrate, lactate, phosphate…). Dans les études pouvant être considérées comme correctement menées par les experts, comme l’étude WHI, aucun effet fracturaire préventif n’est retrouvé.

L’USPSTF rappelle que si l’OMS recommande un apport quotidien alimentaire en calcium et en vitamine D, l’organisme international n’a cependant jamais recommandé de supplémentation dans le but de réduire le risque fracturaire chez les patients ostéoporotiques.

En France, la Haute Autorité de Santé ne recommande pas l’association vitamine D + calcium comme traitement préventif des fractures dans l’ostéoporose mais précise qu’un traitement anti-ostéoporotique “ne sera prescrit qu’après avoir corrigé une éventuelle carence en calcium et/ou en vitamine D (chez les sujets les plus âgés notamment), par ajustement des apports alimentaires et/ou supplémentation médicamenteuse”. Cette position, peut-être ambiguë pour certain, contribue à perpétuer des prescriptions chez de nombreux sujets sans carences et sans nécessité absolue. Cependant dans la fiche “Comment prévenir les fractures dues à l’ostéoporose” éditée par la même autorité, calcium + vitamine D ne figure aucunement dans les traitement préventifs des fractures des patients ostéoporotiques.

Une supplémentation en vitamine D, si elle ne présente pas d’intérêt dans la prévention fracturaire de l’ostéoporose peut cependant avoir d’autres intérêts thérapeutiques.

Source

Vitamin D and Calcium Supplementation to Prevent Fractures in Adults: U.S. Preventive Services Task Force Recommendation Statement
Virginia A. Moyer, MD, MPH, on behalf of the U.S. Preventive Services Task Force
Ann Intern Med. 26 February 2013

Vitamin D and Calcium Supplementation to Prevent Fractures
Release Date: February 2013

Prévention, diagnostic et traitement de l’ostéoporose
HAS Juillet 2006

Crédit Photo Creative Commons by  wellcome images

Articles sur le même sujet