mardi 27 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Ondes électromagnétiques : comment les journalistes transposent rapidement des résultats du rat à l’homme

4348754463_a175d73947_z

Une étude conclut aux effets biologiques des ondes électromagnétiques” nous informe le journal le Monde dans un article mis en ligne le 4 mars 2013 (LE MONDE |  • Mis à jour le ar Sophie Landrin).

Après nous avoir rappelé le danger potentiel des antennes fleurissant sur les toits de nos immeubles, dénoncé de longue dates par quelques associations,  nous sommes informés que ces résultats sont une grande première scientifique “Pour la première fois, une étude sur des jeunes rats, (….)  rendue publique mercredi 3 avril, conclut à des effets biologiques des radiofréquences sur les fonctions de l’équilibre énergétique. Le sommeil, la régulation thermique et la prise alimentaire sont perturbés“. Passons sur le fait que l’étude fut en fait publiée en novembre 2012, l’alarme est sonnée! Pour inquiéter le bon peuple de France, il faut dramatiser : nos rats de laboratoires ont été soumis “à des ondes d’une fréquence de 900 MHz et d’une intensité de 1 volt par mètre (V/m), beaucoup plus faible que les seuils légaux“, nous imaginons immédiatement les effets dramatiques d’ondes plus puissantes. En plus, nous explique l’article “les rongeurs ont un comportement alimentaire et suivent des rythmes biologiques assez similaires à ceux des nouveau-nés et que leur régulation thermique est transposable à l’homme“, ajoutant que “les perturbations du sommeil paradoxal pourraient “engendrer des difficultés de mémorisation ou des troubles de l’humeur chez l’homme”. En quelques lignes nous passons ainsi d’une étude chez 13 rats à une mise en danger de la race humaine incluant les nouveaux-nés : trouble alimentaires et donc épidémie d’obésité, trouble du sommeil paradoxal, trouble de la mémoire donc démence, voire même trouble de l’humeur et donc dépression; nos 13 rats rendent compte des maux parmi les plus dramatiques de notre société et tout ça à cause de nos téléphones portables! Brillant! Et en plus “L’expérience a été répétée deux fois, avec des résultats cohérents”, imparable.

Que nous dit la publication? Treize rats ont donc été exposés à des ondes électromagnétiques pendant 5 semaines, et à des températures de 24° et 31°. 12 rats servaient de contrôle. En début de 6 ème semaine, les scientifiques constatent que la fréquence des mouvements oculaires rapides pendant le sommeil des animaux exposés aux ondes était plus rapides, que dans un air à 31°, les animaux avaient une température sous-cutanée plus basse de −1.21 °C et qu’ils mangeaient +0,22 gramme de nourriture supplémentaire par heure. Notons que tous les effets retrouvés sont en fait dépendants de la température extérieure, ce qui est logique et important à noter. Les auteurs concluent en suggérant “qu’une exposition aux ondes de radiofréquence peut entrainer un phénomène d’économie d’énergie sans perturber fortement le sommeil”. Y-a t-il matière à un article et à une dramatisation sans autre information? Pour le journal le Monde oui. Gageons que les journalistes du Monde se sont débarrassés de leurs portables pour mieux dormir, manger moins et avoir moins froid…

Suite (le lendemain..) : pourquoi s’embarasser de principe, nul besoin quand on est journaliste..ainsi selon France 3, “Les antennes-relais perturberaient le sommeil selon une étude menée par l’Université de Picardie Jules Verne” ; voici comment une simple augmentation des mouvements oculaires chez quelques rats se transforme en vaste désinformation anti antenne-relais. Est-ce que tous les sujets sont ainsi traités par nos brillants journalistes français?
Et ces informateurs de l’opinion public ne sont pas à un raccourcit près. Voici le texte publié par ce journaliste de France 3, Christian Bélingard le 05/04/2013 à 16:43 : “L’étude a été menée conjointement par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) et par l’Université de Picardie Jules Verne. Les scientifiques observent notamment “une prise alimentaire plus importante” et “un fractionnement du sommeil paradoxal“. L’impact sur la santé supposé est qu’une exposition aux radiofréquences peut être à l’origine de “difficultés de mémorisation et de troubles de l’humeur”. Le directeur de l’INERIS, René de Seze, précise que le niveau d’exposition simulé pour l’expérience qui a été menée correspond à celui rencontré “à proximité des antennes-relais de téléphonie mobile“. Ces premiers résultats expérimentaux vont être maintenant approfondis”.

Source

Effects of chronic exposure to radiofrequency electromagnetic fields on energy balance in developing rats.
Pelletier A, Delanaud S, Décima P, Thuroczy G, de Seze R, Cerri M, Bach V, Libert JP, Loos N.
Environ Sci Pollut Res Int. 2012 Nov 10

Crédit Photo  Creative Commons by  thierry llansades

 

Articles sur le même sujet