samedi 3 décembre 2016

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Pilules de 3e et de 4e générations : la position des autorités sanitaires françaises «a porté préjudice à tous et particulièrement aux femmes» dénonce un éditorial signé de 25 spécialistes internationaux

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L’attaque menée contre la pilule en France et la faiblesse des autorités sanitaires française vis-à-vis de son opinion public, entrainé par une presse grand public incompétente et prête à tout pour créer de nouveaux scandales, sont très vivement critiquées par un éditorial signé de 25 médecins spécialistes internationaux.

La presse Française a transformé un débat scientifique en débat émotionnel, utilisant des cas particuliers pour asseoir leur « vérité » d’une dangerosité accrue de certaines pilules et de certaines méthodes contraceptives, utilisant quelques résultats d’études en omettant de les replacer dans le contexte d’une discussion scientifique dynamique et évolutive au grès des publications, et surtout en rejetant hors du débat des résultats d’études contradictoires expose en résumé les scientifiques.

Car le débat montré comme clos par la presse et la télévision française ainsi que par un certain nombre de pseudo experts très télévisuels, était et est toujours, loin de l’être.

En effet, les études mises en avant lors de ce « débat français », en particulier le registre danois publié dans le BMJ indiquait un risque accru de thrombo-embolie veineuse avec les contraceptifs de troisième et de quatrième génération par rapport à ceux de seconde génération (levonorgestrel); « Mais ces résultats étaient différents de ceux retrouvés dans des études de cohortes prospectives, qui n’a pas trouvé de telles différences » indiquent les scientifiques.

Précédemment, les autorités sanitaires de l’époque avaient informé et communiqué sur ces résultats controversés et les possibles – mais pas définitivement prouvée – risques accrus des nouvelles pilules contraceptives. Ils ont encouragé les professionnels de santé à équilibrer les risques et les bénéfices des différentes préparations dans un processus de prise de décision partagée avec les patientes, et ont conseillé aux femmes de continuer leur traitement contraceptif pour éviter que ne se répète la hausse observée en 1995 du nombre d’avortements à la suite de la «peur de la pilule».

Ce débat non résolu scientifiquement a connu une nouvelle impulsion suite à d’autres publications, comme celle faisant état d’une augmentation du risque de thromboembolies veineuses chez les utilisatrices d’une pilule contenant de la drospirenone et du cyproterone acétate (pilule Diane), ou encore celle basée sur le Registre danois indiquant un risque accru avec un contraceptif transdermique ou un anneau vaginal. Encore une fois, il aurait été de bon ton d’équilibrer le débat en indiquant que ces résultats étaient en contradiction directe avec ceux d’une autre étude de cohorte menée aux Etats-Unis, qui n’ont pas montré de différence de risque de thromboembolie entre l’anneau vaginal et les contraceptifs oraux.

Ce camouflage volontaire ou non, (orchestré par les médias français, NDLR) associé à des «cas individuels dramatiques survenus chez des femmes ayant utilisé les pilules de nouvelle génération» , «ont transformé la controverse scientifique en un débat très émotionnel dans lequel la discussion initiale sur les méthodes épidémiologiques et statistiques s’est transformé en un combat idéologique » entre, «d’un côté, l’industrie pharmaceutique, les épidémiologistes, les médecins qui travaillent avec l’industrie pharmaceutique, les sociétés savantes et les praticiens qui voient l’utilité de ces nouvelles méthodes de contraception et qui souhaitent qu’elles restent disponibles pour les femmes » et « de l’autre des épidémiologistes, des médecins, des journalistes et des avocats qui estiment qu’ils doivent éviter que les femmes aient recours à l’utilisation de ces nouvelles méthodes, qu’ils considèrent comme étant associées à un risque accru pour la santé », dénoncent les auteurs de l’éditorial.

Le premier groupe est accusé par le second d’agir dans un  intérêt commercial” et  “le deuxième groupe est blâmé par le premier d’essayer de mettre en place des restrictions et de changer les pratiques scientifiques à partir de preuves au mieux discutable et, au pire, se basant sur des rapports biaisés, générant des craintes qui peuvent déclencher un nouvel épisode de « peur de la pilule » avec les conséquences qui ont déjà été constaté précédemment (explosion du nombre d’avortements NDLR).

“Tout cela a créé un climat dans lequel la pensée critique est devenue très difficile” écrivent encore les 25 signataires,  regrettant que cet obscurantisme se soit fait « au détriment de tous, mais surtout pour les femmes ». Qui a par exemple expliqué au cours de ce débat, comme le rappellent les auteurs que « Le risque de mourir d’une thromboembolie veineuse est faible : en se basant sur un risque relatif de 2 (celui qui pourrait être généré par les pilules de 3e et 4e génération en comparaison à la 2e), l’excès de risque de décès pour une femme prenant une pilule de 3e ou de 4e génération est de 1 sur 100 000 soit bien inférieur à celui de mourir en faisant du vélo ».

Comme pour toute prise de médicament, la meilleure discussion a lieu dans le cabinet de votre médecin.

Source

Statement on combined hormonal contraceptives containing third- or fourth-generation progestogens or cyproterone acetate, and the associated risk of thromboembolism

Johannes Bitzer, Jean-Jacques Amy, Rob Beerthuizen, Martin Birkhäuser, Teresa Bombas, Mitchell Creinin, Philip D Darney, Lisa Ferreira Vicente, Kristina Gemzell-Danielsson, Bruno Imthurn, Jeffrey T Jensen, Andrew M Kaunitz, Ali Kubba, Medlard M Lech, Diana Mansour, Gabriele Merki, Thomas Rabe, Katarina Sedlecki, David Serfaty, Jacques Seydoux, Lee P Shulman, Regine Sitruk-Ware, Sven O Skouby, Anne Szarewski, James Trussell, Carolyn Westhoff

J Fam Plann Reprod Health Care doi:10.1136/jfprhc-2013-100624

Joint publication This statement is also published simultaneously in the June 2013 issue of the European Journal of Contraception and Reproductive Health Care[doi:10.3109/13625187.2013.792637].

Competing interests The authors presently consult and in the past have consulted with manufacturers of hormonal products used in reproductive medicine. A detailed conflict of interest declaration for each cosignatory is available online as a data supplement athttp://jfprhc.bmj.com/lookup/suppl/doi:10.1136/jfprhc-2013-100624/-/DC1

Crédit Photo Creative Commons by Gnarls Monkey

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