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Grippe A (H7N9), un nouveau virus mortel frappe la Chine

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Des infections humaines sporadiques liées aux virus aviaires et survenant le plus souvent après  expositions aux volailles peuvent provoquer différentes infections chez l’homme : cela peut aller d’une conjonctivite jusqu’aux infections pulmonaires potentiellement mortelles. Certains virus aviaires sont peu pathogènes : H7N2, H7N3, H9N2, et H10N7 provoquent des infections modérées. Le H7N7 a provoqué plusieurs cas de détresse respiratoire mortelles chez des êtres humains aux Pays-Bas. Toutefois, ce passage de virus aviaires, des animaux à l’homme, semble de plus en plus fréquent : le nombre de cas mortels recensés depuis 2003 avec le virus H5N1 atteint 60%.

Et si le sous-type H7 est connu depuis longtemps dans tous les pays du monde pour avoir infecté des poulets, à ce jour, sa transmission à l’homme n’avait jamais été signalée. En Mars 2013, trois habitants de Shanghai et Anhui ont été hospitalisés pour ses détresses respiratoires liées au virus aviaire H7N9. Un article du New England Journal of Medicine rapporte l’identification de ce nouveau virus, le H7N9 à partir de prélèvements effectués chez ces trois malades chinois.

Les trois premiers patients étaient âgés de 87, 27 et 35 ans : le premier avait une insuffisance respiratoire préexistante et était retraité. Aucun contact avec des volailles n’a été retrouvé dans son cas. Le second avait un antécédent d’hépatite B et était boucher, au contact de volailles vivantes, la troisième avait également un antécédent d’hépatite B, était obèse et déprimée. Elle s’était rendue sur un marché de volailles vivantes une semaine avant le début des symptômes. Fièvre et toux furent commun aux trois patients qui tous trois développèrent également une détresse respiratoire.

Chez ces trois patients, les analyses de recherches virales identifièrent un virus H7N9 et étaient négatif pour les autres virus de la grippe,  H1, H3, B, H5N1, SARS-Cov, HCov-EMC. Les 3 virus isolés chez les 3 patients étaient entre 97% et 100% identiques et ont été confirmés comme étant d’origine aviaire. Le gène codant pour la neuraminidase (N) était très proche d’un virus isolé précédemment en 2011 en Corée du Sud (A/wild bird/Korea/A14/2011-H7N9 KO14) mais le gène codant pour l’hemaglutinine (H) était différent de ce dernier. En fait, les virus H7N9 retrouvés chez les 2 premiers patients venant de Shanghai et chez le 3ème patient venant d’Anhui sont certes tous deux des virus H7N9 d’origine aviaire mais sont phylogénétiquement distincts, indiquant qu’il y a eu au moins 2 types de virus H7N9 différents introduits chez l’être humain. Il n’existe à ce jour aucune donnée permettant de penser que les virus sont passés des oiseaux à un mammifère avant de contaminer des humains; ceci suggérent que ces 2 types de virus H7N9 ont été directement transmis des oiseaux à l’homme.

Ces analyses ont permis aux scientifiques chinois de mettre au point un test permettant l’identification du virus H7N9. Ces données sont accessibles dorénavant à tous les scientifiques du monde entier. (www.who.int/influenza/gisrs_laboratory/a_h7n9/en/)

Après leur infection par le virus,les trois patients ont développé un syndrome de détresse respiratoire. Acinetobacter baumannii a été retrouvé comme germe infectant les poumons chez deux d’entre eux La troisième patiente a subi un choc septique compliqué d’une insuffisance rénale. Le patient 1 est décédé au 13ème jour après avoir refusé une hospitalisation en soins intensifs. Le patient 2 est décédé 4 jours après son admission en soins intensifs, et 2 jours après son intubation. La patiente 3 est décédée en réanimation le 9 avril suite au choc septique.

C’est donc bien une nouvelle menace virale sérieuse à laquelle font face les autorités sanitaires chinoises : si des virus aviaires H7 ont déjà été rencontrés chez l’homme où il ne provoquait que des conjonctivites et des symptômes respiratoires modestes, son sous-type N9 n’avait jamais été retrouvé chez des êtres humains. Les cas des trois patients montrent la virulence de ces nouveaux sous-types H7N9.

Depuis ces 3 premiers cas, les virus H7N9 (sans pouvoir préciser lesquels) ont été identifiés chez 110 patients et en ont tué 20 personnes en Chine (chiffres officiels au 21/04/2013), pour l’instant toujours dans la zone est du pays. A Shanghai, ville d’origine du premier cas identifié le 19 février 2013, et des deux premiers patients de l’article publié dans le New England Journal of Medicine, 30 cas dont 11 mortels ont été recensés. Dans la province de Jiangsu, 20 cas dont deux mortels ont été identifiés, 21 cas dont 2 mortels dans la province du Zhejiang, et 3 cas dont 1 mortel (la troisième patiente de l‘article du NEJM) dans la province d’Anhui. Par ailleurs, un cas a été identifié à Pékin, une petite fille, et 2 dans la province du Henan.

Le premier patient de l’article du NEJM, premier patient infecté détecté à Shanghai, n’avait eu aucun contact avec des oiseaux ou des volailles : c’est aussi le cas de 40% des patients identifiés porteur du H7N9  a indiqué le CDC Chinois. Cela pose évidemment la question d’une possible contagiosité interhumaine, renforcée encore par le fait que plusieurs membres d’une même famille, un père et ses deux garçons ont été infectés par le virus, le père et un des deux garçons en étant décédés.

C’est pour étudier ces cas « familiaux » que 15 experts de l’OMS ont été dépêchés en Chine car si la contamination interhumaine était confirmée, elle poserait des problèmes de santé publique majeure non seulement en Chine mais dans le reste du Monde pouvant être à l’origine d’une pandémie, 4 ans seulement après celle du H1N1 en 2009.

La chine a payé un lourd tribut il y a 10 ans au coronavirus SARS qui du 1 novembre 2002 à juillet 2003 tua 648 personnes et en contamina 7082 : beaucoup de ces victimes étaient des personnels de santé directement au contact des malades. Cet épisode tragique révéla également au grand public chinois et au monde entier l’incapacité du système de santé Chinois à faire face à cet enjeu, altérant par là même la crédibilité internationale du gouvernement central de Pékin. La transparence montrée par les autorités Chinoises depuis l’émergence des premiers cas de H7N9 doit beaucoup à cet épisode d’il y a 1à ans.

Il n’existe pour l’instant aucun vaccin contre ce virus H7N9.

Source

Human Infection with a Novel Avian-Origin Influenza A (H7N9) Virus
Rongbao Gao & al
N Engl J Med 2013.

Emerging risk of H7N9 influenza in China
Shunquan Wu, Fuquan Wu, Jia He

The Lancet Available online 19 April 2013

Digital genotyping of avian influenza viruses of H7 subtype detected in central Europe in 2007–2011
Alexander Nagy, Lenka Černíková, Vlastimil Křivda, Jitka Horníčková
Virus Research  Volume 165, Issue 2, May 2012, Pages 126–133

Avian influenza A(H7N9) virus
OMS 2013

Crédit carte OMS data in WHO/HQ as of 16 April 2013, 13:26 GMT+1    

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