samedi 3 décembre 2016

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Epileptique, elle frôle la mort à cause d’un générique

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Depuis des années, en fait depuis le début de la vente de génériques, les associations de patients épileptiques et leurs médecins dénoncent la substitution. Très tôt, en effet, les patients épileptiques ont découvert à leur dépend les failles du générique et les risques de rechute lorsque leur traitement est modifié par un générique. Ces risques pour les patients n’ont jamais arrêté les caisses de sécurité sociales, les pharmaciens ou les successifs ministres de la santé. Les choses seront-elles différentes lorsque l’on sera capable de chiffrer le nombre de décès directement liés aux génériques?

Au dernières journées de Neurologie de langue françaises qui se sont déroulées du 9 au 12 avril à Montpellier, les équipes de neurologie et de pharmacologie du CHU de Nice rapportent l’histoire emblématique d’une patiente épileptique qui faillit succomber après qu’on ait substitué son traitement sous lequel elle se portait bien, par un générique. Mais cela ne fut découvert que grâce à la persévérance des médecins du CHU de Nice…

L’histoire commence brutalement puisque cette jeune femme, âgée de seulement 32 ans, est hospitalisée en réanimation pour un état de mal épileptique convulsif généralisé (EMCG). Chez un épileptique connu, le facteur déclenchant le plus habituel d’un état de mal épileptique convulsif généralisé est lié à un sevrage en médicament antiépileptique. C’est une urgence thérapeutique qui traduit, une atteinte cérébrale aiguë et qui expose le patient à un risque de séquelles neurologiques si l’état de mal dure plus de 60 minutes.

La patiente était en fait traitée pour une épilepsie myoclonique progressive type Unverricht-Lundborg : pour être stable, elle avait besoin de quatre médicaments différents dont un antimyoclonique, du piracetam, en ampoules buvables à la posologie de 36 g/j (Nootropyl).

Lors de son hospitalisation, les médecins savaient que cet état de mal épileptique survenait dans un contexte de vomissements et diarrhées favorisant la malabsorption des antiépileptiques.

Mais malgré leurs investigations, ils ne trouvaient pas de causes aux troubles digestifs. Au total, devant l’aggravation de son état, devenu instable et incontrôlable, générant non seulement des récurrences d’états de mal épileptique généralisés mais aussi d’autres complications liées à l’alitement et à l’hospitalisation prolongée, la patiente restera à l’hôpital pendant 4 mois, 126 jours exactement, alternant les hospitalisations en neurologie, à celles en réanimation (39 jours).

C’est finalement en reprenant l’histoire de la patiente que les médecins découvrent que les problèmes digestifs qui ont entrainés les vomissements et les diarrhées à l’origine de la mauvaise absorptions des antiépileptiques et donc la génèse de tous les problèmes de la patiente, coïncidait avec le déremboursement des ampoules de Nootropyl et le passage à un générique du piracetam. Or ce générique contient des excipients que ne contiennent pas le produit princeps : Les excipients contenus dans ce générique sont de fortes quantités de sorbitol et de glycérol qui expliquent les symptômes digestifs. Tout était donc causé par le fait qu’un générique contienne des excipients différents

C’est en supprimant le générique et en prescrivant à nouveau le traitement en non substituable que les médecins ont sauvé la patiente. La reprise du princeps a entraîné la résolution des problèmes digestifs, des EMCG et un retour à domicile, écrivent-ils.

L’histoire de cette jeune femme, qui pourrait témoigner de l’intérêt des génériques pour le système de santé français, “illustre la possibilité de conséquences dramatiques en terme médical aussi bien qu’économique d’une substitution par le générique du piracetam” écrivent les médecins du CHU de Nice. 

En matière d’économie, ce cas est très démonstratif : la boite de Nootropyl solution buvable coûte 3,65 euros, et la boite de générique du Piracetam en solution buvable (Piracetam Mylan) coute aussi 3,65 euros. Rajoutez 84 jours  d’hospitalisation à 2000 euros et 39 jours de réanimations à 4000 euros, et vous obtenez une dépense de 330 000 euros pour un générique qui ne rapportait pas un centime d’euros à la sécurité sociale! Qui peut encore défendre ce système? A qui profite t-il?

Cette patiente devrait adresser ses félicitations au Professeur Dominique Maraninchi, directeur de l’ANSM et défenseur de ce système, avec un petit courrier de ses avocats.

Source

Muriel Laffon (1), Véronique Bourg (1), Fanny Rocher (2), Pierre Thomas (1)
(1) Neurologie – Pasteur, CHU Nice – 6002 – Nice – France, (2) Pharmacovigilance – Cimiez, CHU Nice – 6000 – Nice – France
Jnlf Montpellier 2013

Crédit Photo Creative Commons by  TheTim

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