samedi 1 octobre 2016

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Gaz de schiste : la fracturation n’est pas responsable de la contamination de l’eau potable par le méthane

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Le débat sur les risques écologiques de la fracturation dans le but d’extraire les gaz de schiste est toujours vif : pour preuve cette étude qui fait la une de la presse. Publiée par le scientifique Robert Jackson dans la revue américaine PNAS, elle démontre qu’une forte quantité de méthane est retrouvée dans l’eau de boisson, à proximité des exploitations de gaz de schiste. Le journal Le Monde écrit «En Pennsylvanie, des nappes phréatiques polluées par le gaz de schiste » ;  La fracturation des sols est-elle donc condamnée ?

Robert Jackson n’en est pas à son coup d’essai. Déjà en 2011, dans la même revue, il publiait « les preuves de la contamination par le méthane des eaux potables à cause de l’extraction du gaz de schiste ». Son approche était de montrer que plus on se rapprochait des sites d’extraction, plus les échantillons d’eaux potables prélevés dans des puits contenaient une concentration élevée de méthane. Précisons comme le fait l’auteur que le méthane dissous dans l’eau de boisson n’est pas classé parmi les produits représentant un danger pour la santé en cas d’absorption.

R. Jackson et son équipe avaient, pour arriver à ce résultat analysé 68 puits privés, de 36 à 190 mètres de profondeurs. Du méthane avait été identifié dans 51 prélèvements avec une concentration multipliée par 17 dans les zones actives de forage et d’exploitation du gaz de schiste. Mais cette contamination au méthane est-elle liée à l’exploitation ou est-elle liée à la géologie des sous-sols. ? Pour tenter de répondre à cette question, les scientifiques ont « caractérisé » le gaz isolé par exemple en faisant le ratio de la quantité de méthane par rapport aux autres gaz, éthane, propane et butane. Les analyses de ratio indiquent que le méthane retrouvé en forte concentration, proche des sites d’extraction, est un méthane provenant de sources profondes et probablement remonté en surface du fait des travaux d’extraction estiment alors les auteurs. En revanche des analyses de contamination des eaux par les liquides utilisés pour favoriser l’extraction se sont révélées négatives.

La nouvelle étude qui met à nouveau l’exploitation du gaz de schiste en débat avait été menée comme la précédente en Pennsylvanie. Cette dernière étude n’est donc pas un scoop. Qu’apporte elle de plus au débat ?

Cette fois, c’est l’eau du robinet de 141 maisons qui a été analysée, des maisons situées au sein du plateau des Appalaches, à plus ou moins longue distance de sites d’extraction de gaz de schiste, au Nord-Est de la Pennsylvanie. Du méthane a été détecté dans 82% des échantillons, soit 115 maisons, avec une concentration 6 fois plus élevée quand les maisons se trouvant à moins d’un kilomètre des zones d’extraction. La concentration en éthane était même 23 fois plus élevée, mais détecté uniquement dans 30% des prélèvements. Du propane a également été détecté dans 10 prélèvements.

Les auteurs estiment que la contamination de l’eau par des gaz, secondairement à l’exploitation peut-être la conséquence de fuites sur les matériels de récupérations du gaz ou à des imperfections dans les ciments ou les joints injectés dans les puits une fois la percée exécutée. Le vieillissement des puits a également un impact sur son étanchéité. Les techniques d’extraction ne semblent donc pas en cause, ni la fracturation ni l’injection d’eau ajoutée de liquides facilitant la fracturation, un élément important pour ceux qui se posent encore des questions quant aux risques écologiques de l’exploitation des gaz de schistes.

En plus de la perte d’intégrité du puits, des boyaux ou du ciment, deux autres mécanismes de contamination potentiels sont évoqués : Le forage horizontal et la fracturation hydraulique peuvent stimuler des fractures existantes ou des veines minéralisées, et la réduction de pression lié à l’abandon des puits pourrait faciliter la diffusion de gaz. Si il existe 184.000 puits abandonné en Pennsylvanie, ils restent rares dans la zone d’étude notent les auteurs pour qui aucune de ces deux hypothèses n’expliquent les résultats retrouvés

Evidemment, la géologie des sous-sols peut influencer la migration des gaz et les conséquences d’une extraction pourraient être différentes en fonction des régions du monde. C’est d’ailleurs ce qu’estiment les auteurs. Ces résultats ne sont pas extrapolables à toutes les zones d’extraction ni à tous les puits. En effet, les scientifiques rappellent qu’une étude menée par la même université de Duke en collaboration avec la société américaine de Géologie à Fayetteville, n’a retrouvé aucune pollution de l’eau potable par des remontées de gaz même à proximité des puits.

Ainsi, les auteurs ne condamnent pas l’exploitation du gaz de schiste ni n’appellent à un arrêt de son extraction mais recommandent que la configuration géologique des sous-sols soit bien étudiée, et que des précautions soient prises pour assurer plus efficacement l’étanchéité des puits en activité comme des puits fermés. Pour cela de nouvelles études doivent être menées.

Source

Increased stray gas abundance in a subset of drinking water wells near Marcellus shale gas extraction

Robert B. Jackson & al
PNAS PNAS June 24, 2013

Methane contamination of drinking water accompanying gas-well drilling and hydraulic fracturing

Stephen G. Osborna, Avner Vengoshb, Nathaniel R. Warnerb, and Robert B. Jackson
PNAS May 17, 2011, vol. 108, no. 20

En Pennsylvanie, des nappes phréatiques polluées par le gaz de schiste
Stéphane Foucart

LE MONDE, 24 juin 2013

CRédit Photo Creative Commons by  jillmotts

 

 

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