lundi 26 septembre 2016

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Inattendu! Net recul du taux de démence dans les pays développés au cours des 20 dernières années

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En totale contradiction avec les prévisions les plus alarmistes, une nouvelle étude épidémiologique publiée dans la revue Anglaise The Lancet témoigne d’un très net recul de 25% du taux de démences chez les plus de 65 ans en Angleterre au cours de ces 20 dernières années : Alors que le taux de démences au sein  de cette population s’établissait à 8,3% il y a 20 ans, il n’est plus que de 6,2%, une tendance très positive que les chercheurs pensent exister dans tous les pays développés et qui pourrait être évaluée en fonction des capacités de ces pays à réaliser des études épidémiologiques.

En fait, deux groupes d’experts s’affrontaient sur l’avenir des population âgées au regard du risque de démence : les alarmistes prédisaient une augmentation exponentielle des patients déments et des coûts sanitaires, et d’autres, peu écoutés et aux messages peu relayés, prédisaient un recul du nombre des démences : cette étude semble leur donner finalement raison, d’autant plus qu’elle est corroborée par une seconde, également publiée dans la revue The Lancet. Cette seconde étude réalisée par une équipe Danoise, montre que la capacité intellectuelle de patients de âgées de 90 ans s’est améliorée en une décennie.

Pour arriver à ces résultats, les épidémiologistes anglais ont comparé deux populations de plus de 7000 personnes habitants dans les mêmes régions anglaises à 20 années d’intervalle. Sur la base des résultats obtenus en 1991, le nombre de patients souffrant d’une démence était évalué à 664 000 personnes. Une projection basée sur le vieillissement de la population estimait que 20 ans plus tard, c’est à dire en 2011, ces démences toucheraient 884 000 personnes. Or, les résultats les plus récents montrent que 670 000 personnes en sont atteintes, soit 214 000 de moins qu’estimé, une réduction de 24%. En revanche, Le nombre de patients déments en institution s’accroit et les femmes restent toujours plus touchées que les hommes : la prévalence de la maladie s’établit à 4,4% chez les hommes et 7,7% chez les femmes.

Pourquoi cette baisse? Si les mécanismes physiopathologiques des différentes sortes de démences n’ont pas tous été identifiés, un certains nombre de facteurs de risque sont connus et peuvent être réduits. Ainsi, la lutte contre l’hypertension, le diabète, les accidents vasculaires cérébraux, certains anti hypertenseurs, la réduction du taux de cholestérol, l’arrêt du tabac, et la réduction du nombre de mini accidents vasculaires cérébraux sont ainsi capables de réduire le risque de survenue des démences. On sait par ailleurs que le niveau d’éducation et le maintien prolongé d’une activité (cf. article Docbuzz), ou encore l’entretien des fonctions cognitives cérébrales, réduisent également ce risque de démence. Or, au cours des 20 dernières années, cette prévention et cette lutte contre les facteurs de risque vasculaire se sont beaucoup développés. De plus, les populations âgées de 65 ans et plus en 2011, ont globalement un niveau intellectuel plus élevé que des populations comparables 20 ans plus tôt.

Cette étude démontre donc que l’hypothèse selon laquelle chaque génération successive aura le même risque de démence n’est pas vrai, imposant de revoir les modèles épidémiologiques mais aussi l’ensemble des projections d’atteintes des populations futures car tout ce qui a été écrit dans les rapports officiels est aujourd’hui caduque (cf. iconographie publiée par le bureau du premier ministre anglais). Dans tous les pays civilisés, la mise en place de véritables études épidémiologiques est urgent et indispensable car les modèles actuels tablent sur un doublement du nombre de malades dans les 30 prochaines années, ce qui est totalement infirmé par cette étude. Ces résultats imposent également de renforcer les mesures de prévention qui semblent montrer un effet bénéfique. La détection d’une hypertension artérielle et son contrôle, la lutte contre le diabète et son contrôle, la réduction des facteurs de risque vasculaires comme l’obésité, le tabac ou l’hypercholestérolémie doit encore être renforcée. Et l’amélioration de l’éducation des populations doit également rester une priorité.

C’est la seconde étude publiée dans la revue The Lancet qui en apportent une nouvelle fois la preuve : l’étude danoise menée par le  Dr Kaare Christensen a comparé l’état de santé physique et mentale de deux groupes : Le premier était constitué de 2262 personnes nées en 1905 et évalués à 93 ans, le second était constitué de 1584 personnes nées en 1915 et évalués à 95 ans. La cohorte de 1915 a obtenu non seulement de meilleurs résultats aux tests de capacités physiques de vie quotidiennes, mais aussi un score plus élevé des capacités cognitives suggérant une amélioration du fonctionnement global des populations nées à 10 ans d’intervalle.

Evidemment, ces résultats ne sont pas une bonne nouvelle pour tout le monde car les projections alarmistes mobilisaient des fonds importants et permettaient d’en réclamer encore plus aux autorités sanitaires. Les premiers à critiquer ces chiffres sont d’ailleurs ceux dont le modèle économique s’est construit sur un développement des besoins liés à l’augmentation des démences, à l’image de la principale association de défense des patients déments aux Etats-Unis qui estime que ces résultats ne sont pas extrapolables aux Etats-Unis. En France, les alarmistes, dont font partie les associations de patients, sont toujours en première ligne et estiment que d’ici  2025,  1 800 000 personnes seront atteintes d’une démence contre 2,5 fois moins aujourd’hui. Nul doute que cette étude va à l’encontre des demande de financement à la hausse formulées par ces associations.

Sources

A two-decade comparison of prevalence of dementia in individuals aged 65 years and older from three geographical areas of England: results of the Cognitive Function and Ageing Study I and II
Fiona E Matthews, Antony Arthur, Linda E Barnes, John Bond, Carol Jagger, Louise Robinson, Carol Brayne, on behalf of theMedical Research Council Cognitive Function and Ageing Collaboration
The Lancet Published Online July 16, 2013 

Physical and cognitive functioning of people older than 90 years: a comparison of two Danish cohorts born 10 years apart
Prof Kaare Christensen, Mikael Thinggaard, Anna Oksuzyan, Troels Steenstrup, Karen Andersen-Ranberg, Bernard Jeune, Matt McGue, James W Vaupel
The Lancet, Early Online Publication, 11 July 2013

Crédit Photo  Creative Commons by The Prime Minister’s Office

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