dimanche 4 décembre 2016

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Les génériques sont la cause première des ruptures de stock de médicaments

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Le lévothyrox est en rupture de stock, pourquoi ? Devant cette incapacité à organiser l’approvisionnement national d’un médicament vital, les autorités françaises de santé orientent les patients vers des produits dont on sait à l’avance qu’ils généreront des problèmes de santé majeurs et un surcoût important, les génériques du lévothyrox, “à titre dérogatoire et temporaire”, assure t-on.

Madame Touraine, encore une fois bien informée, en répondant à l’inquiétude de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) qui craint un « mouvement de panique intolérable”,  affirmait dans un communiqué qu’il n’y avait et qu’il n’y aurait pas de rupture de stock. Trois jours plus tard, la rupture de stock de certains dosages du lévothyrox était confirmée et l’ANSM autorisait la substitution par des génériques. Le dosage à 175 µg était en rupture de stock et les dosages à 50, 75, 100, 125, 150 et 200 µg ne sont plus présents en quantité limitée dans les pharmacies. Le rationnement a débuté.

Le Lévothyrox est un traitement vital pour les 3 millions de français n’ayant plus de thyroïde. Sans lévothyrox, ces patients s’affaiblissent et leur vie peut-être rapidement en danger. Ce médicament à une marge thérapeutique étroite, c’est-à-dire que toute modification du dosage est susceptible de déséquilibrer un patient, comme la prise d’un générique à la place du médicament princeps par exemple. La conséquence sera pour les patients des troubles liés à une hypothyroïdie (dosage trop faible) ou à une hyperthyroïdie (dosage trop fort) et la nécessité de se faire prescrire des prises de sang couteuses et répétées pour être à nouveau équilibré. Ces difficultés reconnues avaient forcé les autorités françaises de santé, après des années de déni et de mépris, d’autoriser les patients à ne pas consommer les génériques débilitants.

Mais, comment à nouveau expliquer cette situation nouvelle pour les patients des ruptures de stock?

Car le Lévothyrox, sixième médicament le plus prescrit en France n’est pas le seul à être absent des rayonnages des pharmacies. A tel point que L’ANSM édite dorénavant la liste des médicaments en rupture; et des dizaines de spécialités sont touchées. Comme par exemple, l’amétycine, un anticancéreux destiné au traitement des cancers de l’estomac, du pancréas, du côlon, du rectum, du sein et de la vessie, l’allochrysine, un traitement de fond de la polyarthrite rhumatoïde, des antibiotiques comme l’amoxicilline ou la gentalline, indispensables au traitement des infections bactériennes, des antiparasitaire comme l’Ascabiol, traitement de la gale en rupture depuis 8 mois sans solution trouvée, des collyres contre le glaucome, des corticoïdes, des antipsychotiques comme le Sycrest, des anesthésiants, etc.

Allant de pair avec des ruptures de stock, de nombreux laboratoires arrêtent de commercialiser leurs produits princeps, abandonnant définitivement le marché à des génériques dont l’importation reste aléatoire et contraignant à l’importation de produits dits similaires et à la mise en place d’un système D : l’exemple du Digidot 80 mg est caractéristique. Il s’agit d’un médicament à base d’antiglobulines utilisé lors d’intoxication aux digitaliques, un phénomène potentiellement mortel pouvant survenir chez les patients insuffisants cardiaques. Face à l’arrêt de commercialisation du Digidot 80 mg, des approvisionnements ont eu lieu avec un produit présenté comme similaire, le Digitalis-Antidot® acheté à un autre pays. Mais les stocks sont arrivés rapidement à épuisement contraignant à l’utilisation d’un nouveau produit, le Digibind, dosé lui à 38 mg et contenant des excipients différents dont du sorbitol. Il est produit par un petit laboratoire et au moindre problème, une nouvelle rupture prolongée est à craindre.

Comment en 2013, en est on arrivé à cette situation qui évidemment ne fera que s’aggraver?

Pour le Levothyrox, des tensions sur les approvisionnements existaient depuis fin juillet, une pénurie que personne n’a visiblement réussi à prédire ni donc à prévenir en France. Cette pénurie est liée à une augmentation de la demande mondiale à laquelle le laboratoire producteur Merck Serono n’arrive pas à répondre. La situation ne se stabilisera donc pas dans un proche avenir car Merck Serono n’a pas prévu investir massivement dans la mise en place de nouvelles chaines de production et sa seule usine produit déjà 24h/24h.

En fait, ces ruptures de stock de médicament commencent à apparaître en France 2006, un peu plus tôt aux Etats-Unis. L’Ordre des Pharmaciens évoque dans un rapport de 2012 ces « situations hautement problématiques » et énumère les causes qui selon lui en sont responsables :

– L’augmentation de la demande mondiale de médicaments conjointement à la reduction du nombre de fabriquants de matière première: « Un nombre moins élevé de laboratoires pharmaceutiques fabrique les médicaments pour un territoire beaucoup plus grand », « le même fournisseur de matières premières approvisionne plusieurs fabricants, d’où une impossibilité de recourir à une source différente en cas de défaillance de ce fournisseur ».
– La concentration de cette production dans des pays à bas-coût, en Chine, notamment, « la fabrication des produits finis comme des matières actives par une source unique est fréquemment citée comme un facteur de risque des ruptures »,
– l’extention de certains médicaments à de nouvelles pathologies, «une extension des indications / utilisations de certains produits »
– l’arrêt de production pour différentes causes, « certains fabricants doivent arrêter la production de certains médicaments, pour des raisons d’efficience, d’ancienneté du produit ou de difficultés de fabrication pouvant être liées aux nouvelles exigences réglementaires ou de qualité ».
– la diminution de la qualité des medicaments lié à leur lieu et à leur méthode de production : « l’insuffisance de la quantité et/ou de la qualité de matière première ».

Mais ces raisons, si réelles soit-elles, ne sont pas la cause première des ruptures de stock, une cause première que l’Ordre des Pharmaciens, comme les autorités de santé n’avoueront jamais.

En effet, la cause première de la destabilisation du marché pharmaceutique est liée à la mise en place volontaire d’une politique low-cost, une volonté affirmée de réduire le coût des médicaments en introduisant les génériques de manière massive. C’est bien d’ailleurs en 2006 que les ruptures de stock ont commencé à apparaitre, au moment où cette politique s’est intensifiée et était présentée comme la panacée du déficit massif et récurrent de notre assurance maladie. Mais cette décision politique revenait à concidérer le médicament comme un produit de grande consommation dont la valeur n’était que financière, et le malade comme un consommateur lambda qui pouvait tout aussi bien se contenter d’un produit à bas-cout. Un grand nombre de pays ont suivi cette politique démagogique qui a boulversé un marché qui fonctionnait bien, sans rupture de stock.

Aussi, le marché pharmaceutique est devenu un marché où l’abondance et la responsabilité des acteurs a été détruite au profit de la loi financière de l’offre et de la demande. Baisser les coûts alors que taxes et salaires augmentaient ont rendu non rentables les unités de production nationales ou Européennes et ont contraint les fabriquants à fermer leurs usines et à chercher une matière première à bas coût qu’ils n’ont trouvé qu’en Chine et en Inde, des pays où en plus, les contrôles qualité ne sont parfois que superficiels.

Or, la France a continué à tirer les prix du médicament au plus bas, rendant notre demande moins intéressante pour un producteur qui n’a qu’un objectif, vendre au plus offrant. Et il est dorénavant trop tard. Le tissu productif a disparu et nous sommes pieds et poings liés avec des producteurs Chinois et Indien, deux pays en plus en fort développement, où la demande  intérieure s’accroit et où les autorités politiques n’auront logiquement aucun scrupule à favoriser leur population.

Cette financiarisation du médicament n’avait qu’un objectif : offrir à la population française un semblant de solution face au déficit croissant de notre assurance maladie, dont le médicament ne représentait en fait qu’un dixième des dépenses. Combien de ministres ont claironné leur joie face à l’économie d’un milliard d’euros grâce à la mise en place de la politique du tout générique, omettant de préciser à la population que cette économie entrainait notre conception de la santé vers les bas-fond.

“Jamais nous n’aurions cru cette situation possible en France… Une rupture de stocks sur des médicaments vitaux!”, écrivait la présidente de l’association française des malades de la thyroïde, Chantal L’Hoir, dans son courrier à Mme Touraine. Malheureusement ce ne sont probablement que les prémices de ce que connaitront bientôt de très nombreux malades français. Le marché noir, facilement accessible par internet peut débuter, nos politiciens ont d’ailleurs mis en place les prémices de la loi adéquate…

 Sources

Ruptures de stock et arrêts de commercialisation des médicaments
ANSM

Ruptures-DApprovisionnement.pdf – Ordre National des Pharmaciens
www.ordre.pharmacien.fr/content/…/Ruptures-DApprovisionnement.pdf

Crédit Photo Creative Commons by  cobanene

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