dimanche 4 décembre 2016

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Arrêt du tabac : La e-cigarette plus efficace que le patch de nicotine?

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Une nouvelle étude clinique, étayant des résultats antérieurs, montre l’intérêt de la e-cigarette pour arrêter de fumer. Cette étude, publiée dans la revue anglaise The Lancet, démontre que les e-cigarettes apportent un soutien au moins comparable sinon supérieur aux patchs de nicotine aux fumeurs désireux d’arrêter. Toutefois les résultats ne sont pas merveilleux et restent préliminaires.

Alors que la revue 60 millions de consommateurs  attaquait de front les cigarettes électroniques par une pseudo étude, et que Bercy tentait de conserver la manne financière du tabagisme en renonçant à augmenter le prix des cigarettes pourtant décidée pour octobre 2013, cette étude va considérablement ennuyer le ministère de la santé et les pro-tabacs qui avaient lancé une vaste communication contre la e-cigarette.

Inventée en 2003 par un pharmacien chinois, la e-cigarette a aujourd’hui des millions d’utilisateurs à travers le monde. Le marché de la e-cigarette atteint 2 milliards de dollars et devrait dépasser 10 milliards en 2017 (prévisions Wells Fargo & Co). En mai 2013 par exemple, 27% des fumeurs anglais tentant d’arrêter leur addiction ont utilisé une e-cigarette. En plus de délivrer de la nicotine qui, croit-on entretien l’addiction, la e-cigarette stimule également la dimension sensorielle et comportementale du fumeur.

Des scientifiques de l’université d’Aukland ont voulu comparer par un essai scientifique l’efficacité de la e-cigarette et des patch de nicotine dans l’arrêt du tabagisme : 3 groupes de patients ont été recruté en 2011 et suivi jusqu’en 2013 : 289 fumeurs recevaient des e-cigarettes chargée en nicotine (marque Elusion), 295 des patchs de nicotine (21 mg/24 heures) et 73 des e-cigarettes placebo c’est à dire sans nicotine. Tous les participants avaient un accès à QuitLine, une ligne téléphonique gratuite de soutien à l’arrêt du tabac. 62% étaient des femmes, l’âge moyen des participants était de 43 ans, ils avaient commencé à fumer à 15 ans et  fumaient en moyenne 18 cigarettes par jour.

Avant le début de l’étude, les fumées des e-cigarettes ont été analysées : il n’a pas été retrouvé de diéthylène glycol, elles contenaient de 10 à 16 mg de nicotine par ml (cartouche de 16 mg). 300 bouffées de e-cigarettes délivraient entre 3 et 6 mg de nicotine, l’équivalent de une à cinq cigarettes. Chez 4 fumeurs les utilisant depuis 1 semaine, le taux sanguin de nicotine était maximal 10 minutes après le début d’utilisation de la e-cigarette culminant à 3-4 ng/mL, pour une valeur de base de 1-2 ng/mL.

Une abstinence tabagique totale, 6 mois après le jour d’arrêt du tabac, était plus fréquente chez les utilisateurs de  e-cigarettes chargées en nicotine atteignant 7.3% des participants, contre 5.8% chez les utilisateurs de patch et 4.1% chez les utilisateurs de e-cigarettes placebo. Le nombre d’arrêt était bien plus important au début atteignant 60 à 80% en fonction des groupes mais le nombre de rechute était important dans les 50 jours qui suivaient. Le temps moyen de rechute était de 35 jours dans le groupe des e-cigarettes chargées en nicotine, soit deux fois moins rapide que chez les utilisateurs de patch.

L’intérêt de la e-cigarette est également de réduire le nombre de cigarettes quotidienne chez ceux qui n’ont pas réussi à s’arrêter : 57% des utilisateurs de la e-cigarette ont ainsi réduit leur consommation de moitié en 6 mois contre seulement 41% chez les utilisateurs de patch (45% dans le groupe des e-cigarettes placebo). Les utilisateurs de e-cigarettes étaient également plus enthousiastes que les utilisateurs de patch quand au produit qui leur avait été attribué : 88% des utilisateurs de e-cigarettes chargée en nicotine et 92% des utilisateurs de la e-cigarette placebo disaient qu’ils recommanderaient cette méthode à des amis contre seulement 56% des utilisateurs de patch.

Si cette étude n’est pas suffisamment importante pour tirer des conclusions thérapeutiques, elle démontre que c’est bien par l’analyse scientifique qu’il faut évaluer ces produits. La e-cigarette se révèle un peu plus efficace que les patchs, même si cette différence varie en fonction du temps et n’atteint pas toujours la significativité attendue. Y-a t-l alors un intérêt à risquer une utilisation en dehors d’un sevrage tabagique en laissant proliférer ce produit?

Les e-cigarettes sont devenues en 10 ans un phénomène de société : aux Etats-Unis, le taux d’utilisation chez les élèves du secondaire atteint 10% en 2012 contre moins de 5% un an plus tôt. En France, plus de 1 million de fumeurs sont utilisateurs réguliers. La tolérance à court terme semble bonne même si des données long terme se doivent d’être collectées. Le ministère de la santé français souhaite mettre en place des interdictions d’utilisation de la e-cigarette, qui devrait donc être considéré comme un produit dérivé du tabac (nicotine).

Source

Electronic cigarettes for smoking cessation: a randomised controlled trial
Christopher Bullen, Colin Howe, Murray Laugesen, Hayden McRobbie, Varsha Parag, Jonathan Williman, Natalie Walker
The Lancet Published Online September 7, 2013

E-Cigarettes: Prevalence and Attitudes in Great Britain
Martin Dockrell, Rory Morison, Linda Bauld, Ann McNeill
Nicotine & Tobacco Research Advance Access published July 25, 2013

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