dimanche 2 octobre 2016

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Infection orale à HPV : rare et disparaissant spontanément dans la majorité des cas

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L’histoire naturelle du virus HPV reste mal connue à ce jour et si les médias ont abondamment évoqué le risque de cancers liés aux virus HPV, une infection à HPV ne cause pas systématiquement un cancer. Des scientifiques du NIH ont donc retracé l’histoire naturelle d’une infection orale aux virus HPV chez des hommes des Etats-Unis, du Mexique et du Brésil, afin d’évaluer réellement la fréquence et les conséquences d’une infection orale démontrée à HPV.

Le virus HPV 16 est la cause identifiée dans 50% de la survenue d’un cancer oropharyngé aux Etats-Unis, en Suède ou encore en Australie. Il n’existe cependant pas de méthode efficace de détection de ces cancers à un stade précoce et une recherche de ce virus HPV16 chez des personnes saines n’est positif que dans 1% des cas. On le retrouve cependant 3 fois plus fréquemment chez l’homme que chez la femme et surtout chez des personnes de 30-34 ans et 60-64 ans.  Pour une prévention efficace, un certain nombre de données restent manquantes car ce type de cancer reste finalement rare touchant 1.8 femmes/100 000 et 8.2 hommes /100 000. Par ailleurs ce cancer n’apparait que 10 à 20 ans après une contamination avec persistance du virus HPV.

Les scientifiques ont donc recruté 1626 hommes de 18 à 73 ans et les ont suivi pendant au moins 1 an. Leur statut vis-à-vis d’une infection orale à HPV a été étudié lors de leur recrutement : ils pouvaient être infectés ou non par le HPV16 ou un autre virus HPV (4% étaient en fait positifs pour un HPV et 1% pour HPV16). Régulièrement, ils rencontraient les investigateurs pour répondre à des questionnaires sur leurs caractéristique socio démographiques, leur tabagisme, l’utilisation d’alcool et leur histoire sexuelle (rapports buccaux, nombre de partenaires, etc..).

Au cours d’une année de suivi, seulement 4,4% des hommes (81 cas) ont acquis une infection orale à HPV, parmi lesquelles, 1,7% concernait un virus HPV oncogénique*, 0,6% le HPV 16 (18 cas) et 3,4% un virus HPV non oncogénique : l’acquisition d’une infection orale à HPV reste donc peu commune. Parmi ces hommes contaminés par un HPV, 15% furent contaminés par plusieurs HPV en même temps. Mais une découverte majeure de cette étude est que plus de la moitié de ces infections disparaissent spontanément dans l’année : sur les 81 hommes infectés au cours de l’étude, 45 ne l’étaient plus un an après. Cette découverte est importante puisqu’elle démontre que déterminer la fréquence, à un moment donnée, d’une infection à HPV dans une population, pour justifier par exemple une vaccination systématique de tous les garçons, n’est pas scientifiquement valable : les mesures doivent être espacées et répétées puisque la majorité de ces infections disparaissent d’elles-mêmes. Ce taux de disparition élevé est également retrouvé pour le HPV 16.

Il a été souvent rapporté que les rapports sexuels oraux étaient la cause principale d’acquisition des infections à HPV, un risque pouvait-on lire dans de nombreux médias, encore accru par la multiplication des partenaires. Le second résultat majeur de cette prospective est de ne pas retrouver de lien entre la pratique de rapports sexuels oraux dans le passé et une infection par un virus HPV, pas plus qu’entre la pratique de rapports sexuels oraux dans les 6 derniers mois et une infection par un virus HPV. Les résultats montrent la même absence d’augmentation du risque de contamination par les virus HPV chez ceux rapportant 20 partenaires sexuels ou plus! Le risque d’acquisition d’une infection à  HPV était quand même augmentée chez les hommes divorcés, séparés, vivant seuls, ou veufs par rapports aux hommes mariés ou en couple (risque multiplié par 3), chez les fumeurs par rapport aux non-fumeurs (risque multiplié par 3), chez les bisexuels par rapports aux hétérosexuels, et chez ceux ayant fait des études prolongées par rapport à des études courtes. Le statut marital est même retrouvé comme un facteur de risque même plus important que les relations sexuelles orales ou le nombre de partenaires.

Le risque d’acquisition du virus HPV est également retrouvé constant à travers les groupes d’âges

Cette étude démontre finalement la rareté d’une infection orale par les virus HPV oncogéniques (fréquence 20 fois inférieure à une infection génitale à HPV : 2.5/1000 personne/mois vs 22.5) et son incidence également plus faible que les infections anales à HPV (3.7/1000 personnes/mois). Elle démontre également que la majorité de ces infections se résorbent d’elles même en une année. Le tabac et le statut marital sont confirmés comme facteurs de risque, ce qui n’est pas le cas du sexe oral ou du nombre de partenaires. Finalement, le sexe oral n’est donc pas un bon canal de contamination pour le HPV, le sexe vaginal est bien plus efficace. Ces résultats challengent par ailleurs la décision des autorités de santé de certains pays  d’avoir autorisé une vaccination précoce et systématique chez les garçons.

*HPV oncogénique (impliqué potentiellement dans la survenue d’un cancer) : HPV 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59, 68

Source

Incidence and Clearance of oral human papillomavirus infection in men: the HIM cohort study
Dr Aimée R Kreimer, Christine M Pierce Campbell PhD b †, Hui-Yi Lin PhD b, William Fulp MS b, Mary R Papenfuss MSb, Martha Abrahamsen MPH b, Prof Allan Hildesheim PhD a, Prof Luisa L Villa PhD c d, Jorge J Salmerón MD e, Prof Eduardo Lazcano-Ponce PhD f, Prof Anna R Giuliano
The Lancet, Volume 382, Issue 9895, Pages 877 – 887, 7 September 2013

Natural History of oral papillomavirus infection in men
Daniel C Beachler, Gypsyamber D’Souza
The Lancet, Volume 382, Issue 9895, Pages 839 – 841, 7 September 2013

Crédit Photo Creative Commons by  AleBonvini

 

 

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