Mercredi 17 septembre 2014

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La France droguée : Lille, capitale de la cocaïne et du cannabis, Montpellier de l’ecstasy

 

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(NDLR à la demande des auteurs de l’étude : L’article initial ne cite pas le nom des villes dans lesquelles les dosages ont été réalisés; C’est à partir des cartes et des indications données par les auteurs dans l’article, que les noms les villes ont été identifiés. Cette étude donne des indications sur la consommation de drogues illégales à un instant donné et ne présage pas d’une augmentation ou d’une diminution des consommations des drogues à d’autres moments. En tout cas le sujet passionne…)

Afin de fournir une évaluation réelle de la consommation de drogues illégales en France, une vaste étude du CNRS a mesuré pour la première fois la concentration des métabolites de ces drogues dans les eaux des égouts. Cette étude démontre le niveau extrêmement élevé de la consommation de drogues en France, en particulier de la cocaïne et du cannabis, pour lequel la moyenne de consommation de nombreuses villes françaises est supérieure à celui d’Amsterdam! Des villes comme Lille, Montpellier et Avignon sont particulièrement touchées. Ces résultats démontrent indirectement comment la lutte contre les drogues illégales est en échec en France.

On estime actuellement qu’un tiers des Européens  consomment une drogue illicite au cours de leur vie : Il apparait donc nécessaire d’approfondir notre compréhension de l’évolution de cette consommation afin que les techniques de prévention et de réduction des effets secondaires de ces consommations dangereuses soient plus efficaces. Il est cependant long de dresser le portrait national de la consommation de drogues, un travail souvent publié des années après que les premiers résultats aient été collectés. La mesure de la présence de drogues dans les eaux usées est une technique qui se développe dans de nombreux pays et qui répond à cette exigence de rapidité tout en dressant un panorama national complet. C’est cette technique qui a été utilisée par des scientifiques du CNRS de Paris Sud en collaboration avec Veolia pour mesurer la concentration de 17 drogues illégales dans 25 collecteurs d’eaux usées à travers la France. Les drogues recherchées étaient  la cocaïne et ses métabolites (benzoylecgonine, ecgonine méthyl ester, norcocaïne et coca-éthylène qui se forme en cas de consommation concomitante d’alcool), les drogues synthétiques (amphétamine, méthamphétamine, 3,4-méthylène-dioxy-N-méthyl amphétamine, 3,4-méthylènedioxyamphetamine et 3,4- methylenedioxy –Nethylamphetamine), les opiacés (héroïnes et ses métabolites 6-monoacetylmorphine et morphine), les substituts d’opiacés (buprénorphine et méthadone) et enfin le cannabis (11-nor-delta-9-hydroxytetrahydrocannabinol).

Les collecteurs dont les eaux ont été analysées drainaient les eaux de villes de 10000, 30 000 et 100 000 habitants dont Paris et l’ile de la Réunion.

La consommation de cocaïne, reconstruite après analyse de ses résidus dans les eaux usées est évaluée en France entre 3 mg/jour/1000 habitants à plus de 2400 mg/jour/1000 habitants en fonction de la localisation géographique (en fonction des villes analysées). Cela correspond à une moyenne de consommation  nationale de 130 mg/jour/1000 habitants. Lille apparait être la nouvelle capitale de la consommation de cocaïne : sa consommation varie de 1409 mg/jour/1000 habitants pendant la semaine à 2434 mg/jour/1000 habitants au cours du week-end. C’est la plus forte consommation de cocaïne jamais retrouvée au niveau d’une ville dans toute l’Europe par des études comparables. Les autres villes dont la consommation est supérieure à la moyenne nationale sont situées dans le sud de la France ; 3 villes dépassent 500 mg/jour/1000 habitants. C’est aussi la consommation moyenne retrouvée à Paris. L’absence de cocaïne a été constatée uniquement dans deux villes : une petite ville de province  et sur l’ile de la Réunion.

La consommation d’ecstasy (MDMA) est retrouvée principalement dans le sud de la France à l’exception de deux villes du nord-ouest de la France (cf cartes). La consommation varie de 5-41 mg/jour/1000 habitants pendant la semaine à 15-167 mg/jour/1000 habitants pendant le week-end, montrant une utilisation récréationnelle. Si le niveau national de consommation s’établit donc entre 10 et 30 mg/jour/1000 habitants, une ville sort du lot, Montpellier : la consommation d’ecstasy à Montpellier est 5 fois plus élevée que la moyenne nationale, atteignant  150 mg/jour/1000 habitants, une consommation parmi les plus élevées d’Europe. La moyenne de consommation retrouvée par des études précédentes dans les grandes villes européennes s’établissait en effet à 80 mg/jour/1000 habitants; c’est par exemple le niveau de consommation retrouvée par cette étude à Paris. Cette situation s’expliquerait selon les auteurs par la forte concentration estudiantine, et par le nombre de fêtes/festivals réalisées dans ces villes du sud. Cette forte consommation d’ecstasy est corrélée à celle de la cocaïne.

La consommation de cannabis en France varie entre 28 à 920 mg/jour/1000 habitants pendant la semaine et entre  32 à 999 mg/jour/1000 habitants le week-end (en fonction des villes analysées). La consommation est cependant stable tout au long de la semaine dans la plupart des villes. Trois villes se distinguent en terme d’importance de consommation de cannabis ; Lille encore, avec une consommation de 999 mg/jour/1000 habitants, Avignon avec une consommation de 241 mg/jour/1000 habitants la semaine et de 541 mg/jour/1000 habitants le week-end [mesure réalisée au cours de la tenue du festival d’art dramatique d'Avignon] et Perpignan. Les niveaux de consommation dans les autres villes de France sont également élevés mais inférieures à ceux de ces trois villes (entre 30 et 200 mg/jour/1000 habitants). Cette moyenne nationale n’est cependant pas brillante : elle est en fait comparable à celle de la ville d’Amsterdam où le cannabis est en vente libre, ville que l’on pensait être la plus grande consommatrice de cannabis en Europe avec une consommation estimée à 200 mg/jour/1000 habitants (étude publiée en 2012). La France bat donc les Pays-Bas à plate couture, pour une drogue qui légalement n’a pas le droit le droit de circuler chez nous. La consommation de cannabis à Lille, Perpignan et Avignon atteint donc des sommets 5 fois plus élevés qu’à Amsterdam, un autre symptôme du bien-être français ? Les français sont ainsi les plus gros consommateurs Européens de cannabis.

Pour la consommation d’opiacés, Lille arrive encore en tête ; Y sont aussi détectés  de grandes quantités de résidus de méthadone à 407 mg/jour/1000 habitants.

Cette étude confirme (au moment où elle a été réalisée) que la consommation de drogues illégales est plus importante dans les grandes villes et que cette consommation s’accroit le week-end. La cocaïne est très consommée dans les villes du sud de la France, mais la ville championne de la poudre blanche reste Lille. Cette consommation, sauf à Lille où elle est en permanence élevée, est en augmentation le weekend. Le cannabis est également principalement consommé dans les villes du sud de la France surtout  le week-end. Cette différence nord-sud n’est pas retrouvée pour la méthadone. L’ecstasy est particulièrement retrouvée  dans une ville française, Montpellier.

La consommation de drogues en France n’est donc pas homogène, montrant que l’extrapolation d’une étude locale au pays tout entier ne reflètera jamais réellement la consommation nationale de drogues ; la méthode utilisée dans cette étude permet en revanche de dresser un tableau réel de cette consommation, si dramatique soit-il. Cette consommation de cocaïne et de cannabis plus importante dans les villes du sud peut s’expliquer de différentes manières : la cocaïne arrive d’Amérique latine et transite par l’Afrique avant de gagner l’Europe où elle entre par les villes du sud de la France, expliquant sa grande disponibilité. De même, de grandes quantités de cannabis arrivent du Maroc. Les frontières Françaises même hors UE sont de véritables passoires. Par ailleurs, la cocaïne, la méthamphétamine et ses dérivés sont très consommés au cours des festivals qui sont bien plus nombreux au sein des villes de la côte méditerranéenne que dans le nord du pays.

Cette étude semble démontrer indirectement que la prévention de la consommation de drogues illégales est un échec tout comme la lutte contre son trafic.

Cannabis WD

MDMA WE

Methadone Weekdays

Cocaine WD

Pan sur le bec : Cette étude est très intéressante et la rédaction souhaite remercier les lecteurs et les auteurs de l’étude qui lui ont fait parvenir des commentaires constructifs permettant de corriger les erreurs malencontreusement incluses dans le texte. Merci à tous.

La Presse reprend l’information :

Libération : Quand la consommation de drogue se lit dans les eaux usées

TF1 : Drogues : les égouts révélateurs des habitudes de consommation 

Metronews : Lille : Championne en matière de consommation de cannabis ?

France 3 : Lille championne de France de consommation de cocaine et de 

France Info  : Les égouts des villes révèlent l’usage des drogues

Presence of illicit drugs and metabolites in influents and effluents of 25 sewage water treatment plants and map of drug consumption in France
Thomas Nefau, Sara Karolak, Luis Castillo, Véronique Boireau, Yves Levi
Science of the Total Environment 461–462 (2013) 712–722

sites à voir également :

http://www.planetoscope.com/sante/drogues

Crédit Photo Creative Commons by  Marcin Wichary

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