jeudi 29 septembre 2016

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355 kg de cocaïne consommés chaque jour en Europe; Lille en tête des villes Européennes

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Plusieurs études ont déjà montré l’intérêt d’évaluer la concentration des drogues illégales dans les eaux des égouts afin d’estimer la consommation d’une population. Une étude utilisant cette technique pour comparer la consommation de drogues illégales dans 25 villes françaises (cf. article Docbuzz) avait classé par exemple Lille en tête pour la consommation de cocaïne et de cannabis, Montpellier pour la consommation d’ecstasy (sur la durée de période de l’étude). Comment ces deux villes françaises s’inscrivent-elles dans le paysage européen de la consommation de drogues ? Une nouvelle étude cette fois comparant la consommation de drogues dans 19 villes européennes permet un début de réponse, tout en illustrant les différences d’approvisionnement et donc de consommation de drogues illégales au sein de la communauté Européenne.

19 villes Européennes importantes, ont été ciblées, parfois des capitales, apportant un éclairage sur la consommation de drogues illégales d’une population de 15 millions d’habitants :

– Belgique : Anvers, Bruxelles,
– Tchéquie : České Budějovice,
– Espagne : Barcelone, Castello de la Plana, Saint-Jacques de Compostelle, Valence,
– Finlande : Helsinki, Turku,
– France : Paris,
– Royaume Unis : Londres,
– Croatie : Zagreb,
– Italie : Milan,
– Pays-Bas : Amsterdam, Eindhoven, Utrecht,
– Norvège : Oslo,
– Suède : Stockholm, Umeà

Les dosages ont été réalisés au cours d’une semaine entière, week-end compris.

Consommation de cocaïne : La plus forte consommation de cocaïne a été retrouvée en Belgique dans la ville d’Anvers (environ 2000 mg/jour/1000 habitants), suivie d’Amsterdam, de Valence, d’Eindhoven, Barcelone, Londres, Castellon de la PLana et Utrecht. Dans ces villes la consommation de cocaïne s’établit entre 987 et 1998 mg/jour/1000 habitants. Cette consommation de cocaïne est deux fois plus basse dans les villes de Saint-Jacques de Compostelle, Milan, Paris et Bruxelles, atteignant 551 à 662 mg/jour/1000 habitants, et plus de 10 fois inférieure dans les villes de České Budějovice, Bruxelles, Zagreb, Helsinki, Turku , Oslo, Stockholm et Umeà, atteignant entre 2 et 146 mg/jour/1000 habitants.

Ainsi, Lille dont la consommation fut évaluée dans une étude précédente (cf.article Docbuzz), avec une consommation variant de 1409 à 2434 mg/jour/1000 habitants se place en tête des villes Européennes pour la consommation de cocaïne (avec toutes les précautions nécessaires puisqu’il s’agit de données issues d’une autre étude, faite à un moment différent de l’année).

Dans 14 des 19 villes évaluées, la consommation était plus élevée le week-end qu’au cours de la semaine. Avec les résultats obtenus à Milan, cette étude va également dans le sens d’une décroissance de l’utilisation de cocaïne en Italie retrouvée dans différentes études précédentes. Les auteurs, en utilisant la moyenne de consommation retrouvée dans cette étude, soit 708 mg/jour/1000 habitants appliquée à la population Européenne (502 millions d‘habitants), estiment la consommation quotidienne de cocaïne en Europe à 355 kilogrammes par jour.

Consommation d’ecstasy (MDMA): Les trois villes hollandaises évaluées se placent en tête de la consommation avec dans l’ordre Utrecht (615 mg/jour/1000 habitants), Amsterdam (80 mg/jour/1000 habitants) et Eindhoven (67 mg/jour/1000 habitants). Ces données correspondent à ce qui est habituellement évalué, sauf pour Utrecht. En effet, la forte concentration retrouvée à Utrecht est, selon les auteurs, potentiellement liée au démantèlement d’une atelier de fabrication clandestin deux jours avant le début de l’étude et au cours duquel de l’ecstasy aurait pu être éliminé par les trafiquants dans les égouts. Anvers et Londres montrent des taux élevés, de 32 à 52 mg de MDMA/jour/1000 habitants. Les résultats d’Utrecht n’étant pas pris en compte,  le taux de 150 mg de MDMA/jour/1000 habitants, retrouvé à Montpellier dans une autre étude (cf. article Docbuzz), place cette ville française en tête des villes Européennes pour la consommation d’ecstasy. Aucune trace d’ecstasy n’a été retrouvée à Castellon de la PLana, Umeà, Stockolm ou Oslo.

Les taux élevés retrouvés en Belgique et au Pays-Bas s’expliqueraient par le fait qu’ils abritent les principaux ateliers de production de l’ecstasy. Et Montpellier ?

Consommation d’amphétamines et de méthamphétamine) : Aucune trace de méthamphétamine n’était détectée dans les villes de Paris, Castellon de la Plana, Zagreb, Amsterdam, Eindhoven ou Utrecht. Pour la méthamphétamine, les taux les plus élevés sont retrouvés en Finlande, à Helsinki et Turku avec respectivement 376 et 300 mg/jour/1000 habitants. Oslo n’est pas loin avec 245 mg/jour/1000 habitants, comme České Budějovice avec 175 mg/jour/1000 habitants. Dans les autres villes, de faibles taux de méthamphétamine étaient détectés (entre 3 et 49 mg).

A de faibles taux de méthamphétamine répondaient souvent de fort taux d’amphétamines. L’amphétamine était ainsi la principale amphétamine-like retrouvée à Zagreb, Valence, Barcelone, Saint-Jacques de Compostelle, Stockholm, Umeà et Londres. Dans les villes de Belgique et des Pays-Bas, des taux élevés d’amphétamine étaient également retrouvés : 300 mg/jour/1000 habitants à Anvers,  mais le record est atteint par Eindhoven avec un taux de 3040 mg/jour/1000 habitants. C’est une nouveauté puisque les derniers rapports sur la prévalence des drogues dans ces pays évaluaient la consommation d’amphétamines comme 2 à 3 fois inférieure par rapport aux autres pays Européens. Ce résultat est cependant cohérent puisque les principaux pays producteurs d’amphétamines sont la Pologne, la Belgique et les Pays bas : 38% des sites de production identifiés en 2008 étaient situés aux Pays-bas. Ce dernier point est également important puisque les dosages réalisés à partir des eaux usées intègre la consommation personnelle de drogues mais aussi parfois les rejets d’ateliers clandestins.

Consommation de Cannabis (TCH-COOH) : Dans cette étude, c’est Amsterdam la ville où le taux de TCH-COOH le plus élevé est retrouvé avec 192 mg/jour/1000 habitants. Les résultats oscillent entre 14 et 124 mg/jour/1000 habitants pour les autres villes. Si nous comparons ces résultats avec l’étude des 25 villes Françaises, Lille avec une consommation de 999 mg/jour/1000 habitants, reste bien en tête de la consommation Européenne pour la consommation de cannabis. Avignon avec une consommation de 241 mg/jour/1000 habitants la semaine, et de 541 mg/jour/1000 habitants le week-end [mesure réalisée au cours de la tenue du festival d’art dramatique d’Avignon] consomme autant qu’Amsterdam et deux fois plus pendant son célèbre festival.

Ils existe donc d’importantes différences de consommation entre les différents pays Européens (rapportées à la population) et des différences marquées des types de drogues consommées entre le nord et le sud de l’Europe. La comparaison des résultats obtenus à Lille et Montpellier dans une précédente étude utilisant une technique similaire de détection, semble toujours placer ces deux villes à la tête de la consommation respectivement de cocaïne, de cannabis et d’ecstasy, un constat inquiétant.

Source

Comparing illicit drug use in 19 European cities through sewage analysis
Thomas KV, Bijlsma L, Castiglioni S, Covaci A, Emke E, Grabic R, Hernández F, Karolak S, Kasprzyk-Hordern B, Lindberg RH, Lopez de Alda M, Meierjohann A, Ort C, Pico Y, Quintana JB, Reid M, Rieckermann J, Terzic S, van Nuijs AL, de Voogt P
Sci Total Environ. 2012 Aug 15;432:432-9. doi: 10.1016/j.scitotenv.2012.06.069. Epub 2012 Jul 25.

Crédit Photo Creative Commons by  FoeNyx

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