dimanche 4 décembre 2016

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Suicide : les jeunes Européens ont payé un lourd tribut à la crise économique

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A l’été 2007, les prêts hypothécaires à risque, encore appelés subprimes, sont l’élément déclencheur de la crise d’un système financier déjà fragilisé. La frêle croissance s’estompe, plusieurs pays dont les Etats-Unis entre en récession. La crise économique de 2008 entraine rapidement une augmentation du chômage ; l’organisation internationale du travail estime que le nombre de chômeurs a augmenté de 34 millions entre 2007 et 2009, atteignant le chiffre record de 212 millions de sans emplois. Joseph Eugène Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, considère que «les financiers ont failli par incompétence et cupidité» et sont la cause principale de la crise. Cette incompétence et cette cupidité va faire des victimes.

Car, à la lumière des crises économiques passées, il apparaît qu’une tel phénomène est susceptible de provoquer une augmentation du nombre des suicides. Par exemple, la crise ayant touché le Japon, la Corée du Sud et Hong-Kong en 1997 aurait été responsable de 10 000 suicides. Et tout comme pendant la crise économique Russe de 1990, ce sont le plus souvent les hommes en âge de travailler qui en sont les victimes.  Des données récentes concernant 10 pays Européens montraient également, entre 2007 et 2009, une augmentation des suicides au sein de neuf d’entre eux.

Des épidémiologistes ont voulu évaluer les conséquences de cette dernière crise économique qui s’était rapidement mondialisée, sur l’évolution des taux de suicides. Cette étude a inclus 54 pays dont les 27 pays de l’Europe communautaire, des pays d’Europe de l’Est (Russie, Moldavie, Serbie, Croatie..), 18 pays américains (Canada, USA, Mexique, Guatemala, Nicaragua, Panama, Salvador, Cuba, Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Equateur, Surinam), et plusieurs pays d’Asie (Japon, Corée, HK, Koweït), Israël et un seul pays Africain, l’ile Maurice.

Au sein de ces 54 pays, l’année 2008 montre une inversion de la courbe de réduction du chômage et une stagnation du revenus par habitant, suivie en 2009 par une explosion de 37% du chômage et une baisse de 3% du revenu par habitant. Tous les pays d’Europe ont subi en 2009 une augmentation du chômage, de 17 à 35%, poursuivi en 2010 par une seconde hausse de 25 à 36%. Le chômage augmentait dès 2008 en Amérique du Nord de 23% puis encore de 94% à 101% en 2009-2010. Les pays d’Amérique Centrale ne furent pas épargnés avec des augmentations du chômage de 40 à 45%. Les pays asiatiques furent touchés également avec des hausses de 26-27%. En revanche les pays Sud-Américains n’ont pas connu ce phénomène, ni l’île Maurice.

L’analyse effectuée en parallèle des décès par suicide montre un excès de suicides en 2009 en comparaison aux années de la période 2000-2007.

Le taux de suicides s’est accru chez les hommes au total de +3.3% entrainant un excès de 5124 décès. Cette augmentation était variable en fonction de l’âge atteignant 5,8% pour les 15-24 ans, 4,1% chez les 25-44 ans et 3,6% chez les 45-65 ans. Aucun excès de suicide n’était relevé chez les plus de 65 ans. Il n’était pas relevé non plus d’augmentation globale des suicides chez les femmes au cours de cette période.

En fait, cette augmentation des suicides masculins a été essentiellement constatée dans les 27 pays Européens avec une augmentation de +4.2% (2937 suicides), et dans les pays d’Amérique du Nord avec une augmentation de +6.4% (3175 suicides).

Ce sont en particulier les jeunes hommes Européens qui ont payé le plus lourd tribu : la classe de 15-24 ans a subi une augmentation de +11.7% des suicides. Dans les pays nord américains la classe d’âge la plus touchée était les 45-64 ans (+5.2%)

Ces données mettent en évidence un lien entre augmentation des suicides et crise économique accompagnée d’une montée du chômage.  Des études précédentes avaient retrouvé un risque de suicide multiplié par 2 à 3 chez les hommes chômeurs en comparaison à des non chômeurs. Ainsi, toute crise économique accompagnée logiquement d’une montée du chômage entrainera une multiplication des suicides, en particulier chez les hommes. Ce lien se vérifie d’autant plus que le pays avait préalablement un taux faible de chômeurs.

JJJ

Cette étude ne prend pas en compte les tentatives de suicides qui sont 40 fois plus fréquentes que les suicides “réussis”.

Source

Impact of 2008 global economic crisis on suicide: time trend study in 54 countries Shu-Sen Chang, David Stuckler, Paul Yip, David Gunnell BMJ 2013;347:f5239

Crédit Photo Creative Commons by  AnukaArt

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