dimanche 4 décembre 2016

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La psychiatrie est incapable de prédire le risque de récidive violente d’un psychopathe

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Les outils d’évaluation psychiatrique destinés à prédire le risque de récidive  des détenus psychopathes violents mais proches de la remise en liberté, sont absolument inefficaces, révèle une vaste étude anglaise publiée dans la revue The British Journal of Psychiatry.

Face à des faits divers particulièrement violents commis par des criminels récidivistes, chaque gouvernement a régulièrement mis en place des groupes d’études ou a tenté une modification de la législation avec l’objectif d’éviter ce risque de récidive. La garde des Sceaux actuelle, Madame Taubira, n’a pas manqué à la règle en organisant en février 2013 une conférence de consensus sur la récidive, ayant pour objectif principal « l’efficacité des mesures pénales afin de mieux garantir la prévention de la récidive ». Il est actuellement demandé à des médecins psychiatres d’évaluer le risque de récidive de tels détenus dangereux. Et si par malheur l’un d’eux, libéré après avis médical venait à récidiver, l’incompréhension de la population peut donc se tourner vers le médecin “incapable”, dédouanant justice et législateur de leur imposante responsabilité.

Environ 40% des détenus incarcérés pour des faits de violence récidiveront et ce taux de récidive s’établit entre 4% et 7% pour les détenus incarcérés en unité psychiatrique de haute sécurité. Pour évaluer ce risque de récidive, les psychiatres se basent aujourd’hui sur les résultats de tests spécifiques. Afin d’évaluer le caractère réellement prédictif de ces tests, des scientifiques anglais ont utilisé trois tests qu’ils ont appliqué à une population de 1396 criminels incarcérés pour au moins deux ans, suite a des violences physiques et/ou sexuelles. Les tests ont été réalisés quelques mois avant la libération des détenus. Les psychiatres ont également caractérisé les troubles de la personnalité, une schizophrénie, une dépression, une personnalité psychopathe, ou encore une personnalité additive aux drogues où a l’alcool. Deux années après les libérations de ces 1396 détenus, les scientifiques ont consulté les bases de données de la police pour identifier ceux qui avaient récidivé. Ils ont ensuite corrélé ces récidives aux prédictions rapportées par les tests. Le résultat est catastrophique : “La prédiction du risque de récidive violente apportée par ces tests n’est pas plus fiable que celle qui se baserait sur une pièce jetée en l’air pour tirer à pile ou face” explique le principal auteur de l’étude, le Dr Jeremy W. Coid.

En fait, les analyses démontrent que plus l’état psychiatrique des détenus est altéré, moins le résultat des tests est fiable. Parmi les détenus psychopathes, les tests devant prédire la récidive avaient un taux de fiabilité variant entre 39% et 43%, soit moins d’une chance sur deux d’avoir raison. Autant tirer à pile ou face! Pour les détenus ayant une personnalité antisociale, la prédiction apportée par les tests n’était pas meilleure;  la fiabilité de prédiction rejoignait le pile ou face  avec une moyenne de fiabilité à 53%.

Pour les autres catégories de détenus, les résultats étaient légèrement meilleurs mais révélant toujours leur incapacité à protéger la population extérieure des futurs actes de violence : la fiabilité atteint 61% pour les utilisateurs de drogues ou les alcooliques, et 60% pour les schizophrènes, En absence de trouble mentaux, ces tests atteignent une fiabilité de 75%.

Ainsi, la médecine actuelle ne peut être considérée comme un garde fou sociétale vis-à-vis des détenus violents présentant des troubles mentaux. Assigner à la médecine, et donc au médecin psychiatre, le pouvoir d’accorder ou non la liberté à un tel détenu relève aujourd’hui d’un pur artifice de dérobement d’une justice et de législateurs incapables de mener à bien la mission de protection qui leur a été confiée. 

Lors de la “conférence de consensus” organisée par Madame Taubira, le psychiatre Bruno Gravier expliquait que la psychiatrie était dans ce contexte d’évaluation de détenus dangereux, au centre d’un malentendu “autant dans l’évaluation que dans sa position thérapeutique”, (…) et que confusion et méconnaissance provoquaient et entretenaient des attentes démesurées et inappropriées. Cette étude a pour intérêt de clarifier qu’il n’y a que peu à attendre de la psychiatrie en matière de prévention du risque de récidive de détenus psychopathes.

Source

Predicting future violence among individuals with psychopathy
Jeremy W. Coid, Simone Ullrich, Constantinos Kallis
BJP published ahead of print September 26, 2013

Predicting Violence in the Mentally Ill
Hon. Cynthia Loo
Los Angeles County Superior Court
The Criminal Docket, july 2007, Vol II, numero 2

Quelle place pour la psychiatrie et l’évaluation clinique ? (Vidéo et PDF)
Bruno GRAVIER
Conférence de consensus sur la prévention de la récidive, 14-15 février 2013

Crédit Photo Creative Commons by Image Editor

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