mercredi 28 septembre 2016

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Polémique sur les statines : Even/Nouvel Obs, combien de morts?

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Une équipe de cardiologues hospitaliers français a voulu évaluer les conséquences des propos de Mr Even sur l’inutilité des statines. Car ces propos, relayés par un plan média bien orchestré dont faisait partie le journal Le Nouvel Observateur, ont bénéficié d’une couverture médiatique sans précédent pour une polémique scientifique menée sans étude contradictoire. C’est la force de la presse, de pouvoir dire et écrire ce que bon lui semble. Sauf qu’en face, il y a des patients, dont certains ont survécu à un infarctus et qui sont traités par statine par leurs médecins. Face aux assertions de Mr Even, amplifiées par une presse en recherche perpétuelle de polémique, ils risquent d’arrêter leur traitement. Le coût humain? 5000 accidents cardiovasculaires et 1159 morts la première année. L’étude des cardiologues de l’hôpital Georges Pompidou est publiée dans la revue médicale Archives of Cardiovascular Diseases.

Des études contrôlées et plusieurs métaanalyses ont montré l’intérêt des statines pour réduire le nombre d’accidents cardiovasculaires, les infarctus en particulier. Ce fait est établi et reconnu par l’ensemble des agences du médicament à travers le monde et par l’ensemble de la communauté médicale. Pourtant, une controverse récente a été lancée par Mr Even, un pneumologue retraité, dans un ouvrage, La Vérité sur le cholestérol (éditions du Cherche-Midi) dans lequel il critiquait l’utilité des statines et son rapport cout/bénéfice en particulier en prévention primaire, c’est-à-dire chez un patient vierge d’évènement cardiovasculaire. Le journal Le Nouvel Observateur, lançait la polémique en publiant “les bonnes feuilles” de l’écrit et  titrait le 15 février 2013 sous la plume d’Anne Crignon “Et si le cholestérol n’était pas dangereux ?”. L’article, utilisait allègrement les points d’interrogations après des phrases affirmatives délivrées sans aucune preuve ni référence, ou le conditionnel ; “Le cholestérol ne serait pas ce serial killer redouté, responsable de milliers de crises cardiaques et d’arrêts vasculaires cérébraux ?”,  “Le faire baisser serait même mauvais pour la santé ?”, ou encore “ll n’y aurait donc pas de bénéfice pour la santé à faire baisser le cholestérol”. Quel a été l’effet de ces “bonnes feuilles” sur les patients traités par une statine?

Une équipe de cardiologues de l’hôpital Georges Pompidou à Paris a évalué les conséquences de cette théorie sur l’adhésion des patients à leur traitement anti cholestérol. Les patients inclus dans l’analyse étaient des patients traités par une statine et vus en consultation de cardiologie dans deux hôpitaux (Hôpital Necker et Hôpital Georges Pompidou) et dans un centre privé (Issy-Les-Moulineaux). Face au patient, le médecin n’évoquait tout d‘abord pas la controverse sur les statines et attendait une éventuelle question du patient. Sans question, le médecin demandait finalement au patient s’il en avait entendu parler et si cela le poussait à arrêter son traitement. En 1 mois, 142 patients ont été recrutés. Les scientifiques ont estimé qu’un patient arrêtant son traitement verrait son cholestérol LDL augmenter en moyenne de 1 mmol/L pouvant ainsi évaluer l’impact que cela aurait en terme d’évènements cardiovasculaires.

L’étude retrouve que 23% des patients ont spontanément évoqué la controverse au cours de la consultation avec leur cardiologue et 68% déclaraient finalement en avoir entendu parler. 24,3% des patients traités en prévention primaire avaient l’intention d’arrêter leur traitement et 8,6% des patients en prévention secondaire. 

Quel serait l’impact si ces intentions d’arrêts de traitements retrouvés par l’étude étaient extrapolées au niveau national, se sont donc interrogés les cardiologues?

Actuellement, chez les patients en prévention primaire, il est estimé qu’au niveau national, 18 000 évènements cardiovasculaires dont 3970 décès sont évités chaque année grâce aux statines. Si 24% des patients en prévention primaire arrêtaient leur traitement suite à la controverse crée par Mr Even et le Nouvel Observateur, 4320 évènements cardiovasculaires surviendraient incluant 953 décès. Chez les patients en prévention secondaire, 8400 évènements sont évités chaque année dont 2580 décès. Si 8% des patients arrêtaient leur statine suite à la controverse, cela génèrera 672 évènements cardiovasculaires dont 206 décès additionnels. Au total, la controverse déclenchée par Mr Even, amplifiée par le Nouvel Observateur et dupliquée largement par la presse, serait donc responsable de 5000 évènements cardiovasculaires (4992) au cours desquels 1159 patients mourront. Et cela seulement au cours de la première année : cette polémique pourrait donc tuer plus que n’importe quel “scandale sanitaire” dénoncé par cette presse depuis plusieurs années!

Dans ce contexte de suspicion grandissante envers les médicaments, il est encore plus crucial pour les médecins d’informer correctement leurs patients en expliquant les bénéfices mais aussi les risques des traitements estiment les auteurs de l’article. “Si un patient sur quatre arrête sa statine, les répercussions seront dramatiques”, affirment-ils. Pour les auteurs, «Cette étude suggère qu’un effort d’éducation, basé sur des évidences scientifiques irréprochables est nécessaire afin de dépasser le contexte politique et éviter les répercussion négatives en terme de santé publique ».

Serait-il également illusoire d’espérer qu’un jour les journalistes écrivant dans ce type de magazines aient une culture scientifique, un certain recul quant-à leurs écrits, et imaginent un tant soit peu les conséquences que peuvent générer de telles approches? A votre avis?

Retrouvez les recommandations de la HAS “Pour un bon usage des statines

Source

Evaluation of the impact of the recent controversy over statins in France: The EVANS study
 
Anis Saib, Laurent Sabbah, Ludivine Perdrix, Didier Blanchard, Nicolas Danchin, Etienne Puymirat
Archives of Cardiovascular Diseases Available online 27 September 2013

Et si le cholestérol n’était pas dangereux ?

Crédit Photo Creative Commons by aussiegall

 

 

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