vendredi 30 septembre 2016

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La phytothérapie : 100% de falsification?

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La majorité des produits de phytothérapie sont falsifiés dénonce une étude Canadienne publiée dans la revue scientifique BMC Medicine,: sur 44 produits testés, 30 contenaient une plante différente de ce qu’indiquait l’étiquette et toutes les autres contenaient, en plus du produit indiqué, des produits divers non référencés et potentiellement toxiques pour le consommateur.

Se traiter par les plantes, pourquoi pas? Ses adeptes ont tendance à fuir les traitements médicaux et préfèrent confier leur santé à la nature, une méthode plus bio, plus douce, plus saine : face à un rhum, des bouffées de chaleur, des douleurs, les plantes ont une solution pour tout. C’est en tous les cas ce que prétendent les vendeurs de cette approche, puisqu’il est, dans ce cas aussi, question de vente. Aux Etats-Unis, le marché des plantes atteint 5 milliards de dollars. Il n’existe pratiquement aucune réglementation ni contrôle de cette industrie florissante.

Mais qu’achète t-on réellement lorsque l’on ressort d’une boutique avec un ou plusieurs suppléments alimentaires à base de plantes? Des chercheurs canadiens ont testé 44 produits représentant 30 types de plantes médicinales différentes, vendues par 12 sociétés. Les tests ont été menés en analysant l’ADN des plantes retrouvées, une méthode fiable. La très grande majorité des produits analysés étaient falsifiés et ne contenaient absolument pas les plantes qu’ils étaient censés contenir, remplacés par du soja, du riz ou du blé ou d’autres plantes. Par exemple, l’echinacea est très utilisée pour “prévenir” et “traiter” les rhums, en “stimulant le système immunitaire” expliquent ses adeptes : l’analyse menée par les scientifiques canadiens retrouvait tout autre chose, du parthenium hysterophorus, une mauvaise herbe retrouvée en Australie ou en Amérique Latine, prolifique et inutile, sinon pour déclencher des allergies, des nausées et des flatulences. Deux autres flacons, censés contenir de l’herbe de la Saint-Jean, nom donné au millepertuis perforé (millepertuis commun), une plante utilisée pour des effets antidépresseurs, contenaient en fait pour l’une du riz blanc, et pour l’autre du séné, une plante médicinale qui au lieu de purger le dépression, ne s’attaquera qu’au colon qu’il purgera en augmentant ses mouvements péristaltiques : pas sûr qu’un laxatif, fut-il naturel, améliore la dépression. L’analyse de comprimés de Gingko biloba, arbre préhistorique dont les feuilles auraient pour vertu de booster les capacités mnésiques déclinantes au troisième âge, retrouvait à la place un mélange de noix, présentant un danger pour les personnes allergiques.

Au total, 30% des analyses retrouvaient une plante ou une céréale qui ne correspondait pas du tout au produit vendu et 59% contenaient, au moins en partie, des plantes ou des produits différents de ceux décrit par l’emballage, en plus ou moins grande quantité, et qui pour certains pouvaient se révéler toxiques et mettre en jeu le pronostic vital des consommateurs. Reste 1% de produits conformes.

Ce n’est évidemment pas la première fois que des études évaluant la qualité des produits de phytothérapie sont décevantes, mais cette dernière étude a pour avantage d’avoir utilisé un traçage ADN, une méthode bien plus fiable pour mettre à jour les supercheries des vendeurs de plantes médicinales, des supercheries qui recouvrent la falsification des produits, la falsification des emballages, et des informations fournies aux consommateurs. Interviewé par le New York Times, David Schardt, nutritioniste travaillant pour une groupe indépendant de défense des consommateurs, the Center for Science in the Public Interest, estime que « Cela suggère que le problème est très étendu et que la qualité de contrôle de nombreuses sociétés, soit par ignorance, soit par incompétence, soit par malhonnêteté, est proprement inacceptable (…), étant donné ces résultats, il est difficile de recommander des plantes médicinales aux consommateurs » conclut-il.

La réponse des industriels de la phytothérapie (American Botanical Council) est très simple : Si ils reconnaissent qu’un  problème de qualité des contrôles des produits de phytothérapie peut exister, l’étude n’est cependant tout simplement pas crédible parce qu’elle utilise une technique partticulière de détection de l’ADN; or les plantes vendues sont hautement purifiées assure ce syndicat des industriels de la phytothérapie et donc leur ADN est indétectable (sic). C’est pourtant cette technique validée qu’avait utilisé par la Food and Drug administration américaine pour mener une vaste analyse des herbes à thé qui avait également montré que nombre d’entre elles contenaient des herbes et ingrédients non listés. Cette technique d’analyse consiste à ne rechercher qu’une partie des gènes des plantes ou des animaux permettant, en les comparant à une base de données, de les identifier. Cette technique est très rapide et très fiable. Et s’il peut exister des contaminations croisées dans les champs, le type d’altérations comme celui retrouvé en testant des comprimés d’actée à grappes noires ne peut lui s’expliquer que par la falsifiaction : à la place de cette plante utilisée pour combattre les effets de la ménopause, les scientifiques canadiens ont détecté de l’Actaea asiatica, une plante asiatique très dangereuse considérée comme un poison extrêmement violent pour l’homme. L’année dernière, une étude avait déjà retrouvé que 25% des comprimés vendus sous le nom d’actée à grappes noires étaient en fait des plantes d’origines asiatique, A. cimicifuga, Angelica. Dahurica, et A. simplex.

Alors que l’on tente d’améliorer la protection et l’information des patients utilisant des médicaments soumis à une ensemble de tests et d’études, il parait étonnant que l’industrie de la phytothérapie, déjà exemptée de toute étude d’efficacité ou de sécurité d’emploi, ait aussi librement accès au patient, avec si peu de contraintes et une telle absence de contrôle.

Source

DNA barcoding detects contamination and substitution in North American herbal products
Steven G Newmaster, Meghan Grguric, Dhivya Shanmughanandhan, Sathishkumar Ramalingam, Subramanyam Ragupathy
BMC Medicine 2013, 11:222 doi:10.1186/1741-7015-11-222

Herbal Supplements Are Often Not What They Seem
Anahad O’Connor
NYT

DNA barcode identification of black cohosh herbal dietary supplements
Baker DA, Stevenson DW, Little DP.
J AOAC Int. 2012 Jul-Aug;95(4):1023-34

Crédit Photo Creative Commons by Aphexlee

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