mercredi 28 septembre 2016

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Statines : les dernières recommandations US changent les règles de prescription

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Totalement à l’opposé du débat franco-français sur les statines, les sociétés savantes de cardiologie Américaines viennent conjointement de publier les nouvelles recommandations de prescription des statines : leur intérêt est non seulement reconnu chez les patients à haut risque mais aussi chez d’autres, considérés aujourd’hui à plus faible risque et non traités. Prescrire une statine à cette seconde catégorie de personnes pourrait sauver de nombreuses vies. A ce jour 25% des plus de 40 ans aux Etats-Unis prennent quotidiennement une statine.

Les deux principales sociétés savantes américaines, l’American Heart Association et l’American College of Cardiology, mondialement respectées et dont les recommandations sont très suivies, viennent de publier de nouvelles recommandations d’utilisation des statines. Ces recommandations séparent les patients en deux catégories.

Deux catégories de patients doivent dorénavant recevoir une statine

La première catégorie est formée des patients qui sont à risque d’un accident cardiovasculaire (infarctus, accident vasculaire cérébral) : il s’agit des patients diabétiques, des personnes coronariennes, des patients ayant une artériopathie des membres inférieures, des patients ayant déjà subi un infarctus, où encore de ceux ayant une hypercholestérolémie très élevée, d’origine familiale ou non, etc. Tous ces patients doivent recevoir une statine. La nouveauté est que le dosage régulier du cholestérol n’est plus recommandé.

La seconde catégorie de patients n’est aujourd’hui pas traitée mais devrait l’être selon ces nouvelles recommandations : il s’agit de tous les patients dont le calcul du risque cardio-vasculaire montre un risque égal ou supérieur à 7,5% au cours des 10 prochaines années. Le calcul du risque s’effectue simplement sur un site online (voir ce site) : il tient compte de l’existence d’une hypertension artérielle, de l’âge, etc…

L’objectif d’un taux de cholestérol cible disparait

Pour ces patients également, la prise d’une statine suffira, sans nécessiter de dosage récurrent du cholestérol. En effet, se basant sur les études menées avec les statines, les experts retrouvent que si les grands essais cliniques montrent de façon constante que les statines réduisent le risque de crises cardiaques et d’ accidents vasculaires cérébraux, en revanche, aucune étude n’a permis de montrer que viser un taux de cholestérol LDL de 70 mg/dL sauvait plus de vie que viser un taux de LDL à 100 mg/dL. Il existe donc un taux de cholestérol chez les patients “normaux” qu’il serait illusoire et inutile de chercher à atteindre chez des patients traités.

Et cet avis important impose d’autres modifications majeures dans la pratique cardiologique :  en effet, jusqu’alors, face à un cholestérol restant au dessus des limites fixées, les médecins ajoutaient d’autres médicaments pour tenter d’abaisser encore le taux de cholestérol LDL. Les recommandations sont dorénavant de ne plus prescrire ces médicaments qui n’ont pas montré d’intérêt supplémentaire dans la prévention des accidents cardio-vasculaires. Les médicaments visés, le Zetia (Ezetimibe, MSD), avait par exemple montré dans de récentes études que s’il abaissait effectivement le cholestérol LDL, il ne réduisait pas plus le risque de subir un évènement cardiaque. Ses prescriptions qui généraient 2,6 milliards annuels de revenus sont donc jugées inutiles par les grandes sociétés américaines de cardiologie et devraient donc disparaitre, tout comme celles du Vytorin (1,8 milliards de dollars), une association fixe  de l’ezetimibe avec une statine. Voilà qui devrait faire plaisir à certains groupes pharmaceutiques. En Europe, l’ezetimibe existe sous forme seul (Ezetrol) et associé à une statine (Vytorin, Inegy).

Mais en plus d’un traitement par statine, les associations américaines de cardiologie recommandent également une nourriture plus saine, le contrôle du poids, de l’exercice physique et bien sur l’arrêt du tabac.

Source

2013 AHA/ACC Guideline on Lifestyle Management to Reduce Cardiovascular RiskA Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Practice Guidelines Robert H. Eckel, MD, FAHA; John M. Jakicic, PhD; Jamy D. Ard, MD; Nancy Houston Miller, RN, BSN, FAHA; Van S. Hubbard, MD, PhD; Cathy A. Nonas, MS, RD; Janet M. de Jesus, MS, RD; Frank M. Sacks, MD, FAHA; I-Min Lee, MD, ScD; Sidney C. Smith, MD, FACC, FAHA; Alice H. Lichtenstein, DSc, FAHA; Laura P. Svetkey, MD, MHS; Catherine M. Loria, PhD, FAHA; Thomas W. Wadden, PhD; Barbara E. Millen, DrPH, RD, FADA; Susan Z. Yanovski, MD J Am Coll Cardiol. 2013;():. doi:10.1016/j.jacc.2013.11.003

Crédit Photo Creative Commons by  mrsdkrebs

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