dimanche 4 décembre 2016

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Le journal “Le Monde”, visiteur médical du SATIVEX

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Quatre articles en deux jours publiés dans le premier quotidien Français, le journal “Le Monde”, voilà une belle couverture presse pour un nouveau médicament, qui dit mieux ?

Alors que ce médicament à base de cannabis, le Sativex, n’est toujours pas commercialisé en France, le journal le Monde publie plusieurs articles élogieux sur l’importance majeure du Sativex pour les patients souffrant d’une sclérose en plaque. Faisant suite à l’annonce discrète par l’ANSM de la délivrance d’une autorisation de mise sur le marché pour ce médicament et loin d’aller relire les études publiées avec le Sativex afin d‘en rapporter l’efficacité démontrée, le journal Le Monde fait directement la promotion du médicament auprès des patients potentiels. Rappelons que cette action est interdite au laboratoire produisant le Sativex puisque la promotion d’un médicament auprès du public est interdite par la loi pour des raisons de santé publique. Peu importe la loi, peut importe la santé publique, un journaliste a tous les droits.

Et pour parler d’un médicament, rien de mieux que de jouer sur la corde sensible, celle de l’émotion. Alors, en évoquant le bonheur des malades à consommer du Sativex, la promotion du médicament est assurée auprès des malades qui vont rapidement réclamer le médicament à leur médecin sans que le laboratoire Anglais ne dépense un sou. Merci qui ?

Dans l’article au titre déjà prometteur, Traitement au cannabis : « Revivre normalement, sans douleurs et sans être stone » (Le Monde.fr | 10.01.2014 à 16h05 • Mis à jour le 10.01.2014 à 16h31), la journaliste nous décrit déjà l’attente, voire l’impatience des patients face au Sativex : « De nombreux patients atteints de la sclérose en plaque (SEP) nourrissent de l’espoir après l’annonce de l’autorisation de mise sur le marché pour le Sativex », une affirmation dont la provenance n’est pas explicitée mais une impatience qui sera contrariée par « l’autorisation restrictive » regrette la journaliste.

Puis des patientes témoignent, uniquement des femmes : qui sont-elles ? Comment ont-elles été identifiées par la journaliste? Dans quels pays? Ces témoignages sortent-il d’un dossier de presse concocté par le laboratoire? La journaliste n’en dit mot. Les témoignages sont très beaux, émouvants même, et apportent au Sativex de nouvelles lettres de noblesse au travers des effets bénéfiques quasi magiques, allant bien au delà d’une simple réduction partielle et temporaire de la spasticité musculaire après échec des autres thérapeutiques. La journaliste nous dévoile donc les témoignages de souffrance, d’humanité et d’espoir de 4 femmes dont la vie a été totalement ensoleillée par le Sativex :

– « On ne supporte plus rien, c’est tellement douloureux qu’on finit par vivre reclus. Pour moi, cette maladie est une histoire de solitude. Et le Sativex pourrait enfin mettre fin à cet isolement ».

– « Je sais que je n’ai plus que quelques années à vivre, et le Sativex pourrait changer la donne »

– « J’attends qu’il me permette de reprendre une vie normale, qu’il me permette de me socialiser à nouveau ».

– « Depuis, comme beaucoup de patients dans mon cas, je fais cultiver du cannabis dans mon jardin, pour inhaler une bouffée tous les soirs. Parfois, je dose mal et je suis stone, un effet secondaire désagréable. C’est pour ça que le Sativex sera parfait »

– « je veux le bon dosage, celui qui me permettra de revivre normalement en société, sans douleurs et sans être stone. Cinq à six vaporisations sous la langue contre le même nombre de cachets aujourd’hui, et pourtant, ça pourrait tout changer.»

– « Depuis le temps qu’il existe outre-Atlantique, ce médicament Sativex nous permettra peut-être d’oublier notre corps quand il souffre, d’oublier un temps que l’on est malade ».

« En termes d’efficacité, la question ne se pose même pas : le Sativex a déjà fait ses preuves dans les nombreux pays où il est autorisé, on sait que ça marche »,

– « En tant que patiente dont les contractures et les spasmes résistent aux traitements antidouleurs, j’attends le Sativex avec une impatience indicible, tout comme mon neurologue, qui aurait aimé me le prescrire plus tôt »

– « Cette frilosité médicale, sociétale et politique face au cannabis en France est due à une diabolisation de ce produit : on a peur que ça ouvre la porte à la légalisation et à la libre-circulation du cannabis à des fins thérapeutiques d’abord, puis récréatives, ensuite. Pourtant, on le prescrivait à des fins thérapeutiques jusqu’au milieu des années 1950 »

– « Dans tous les cas, le fait qu’il soit à base de cannabis ne m’effraie pas ».

Soizic, Camille, Jacqueline, et Hélène sont en tout cas formidables car non seulement elles témoignent merveilleusement des effets miraculeux du médicament mais aussi, ciblent toutes les patientes possibles, traitent toutes les objections, sans parler d’un seul effet secondaire, du travail d’artiste.

Le Sativex étant produit par un laboratoire anglais, un second article du journal le Monde signé cette fois par Eric Albert, nous apporte le témoignage d’une patiente anglaise mais d’une manière qui contraste étonnamment avec l’article précédent : cette fois le nom  de la patiente est cité, Victoria Hutchins. Et si dans ce cas aussi le Sativex a évidemment transformé sa vie, « Sa vie change en 2008. La clinique du traitement contre la douleur où elle est traitée (…), lui propose (…) de tester un nouveau médicament, le Sativex, à base de cannabis. Elle accepte », le journaliste prend la précaution d’expliquer que cette patiente a été identifiée part le laboratoire : « Trouver un patient qui témoigne a donc été difficile, et c’est le fabricant – GW Pharmaceuticals – qui a trouvé un interlocuteur au journaliste du Monde, avec les risques de parti pris favorable que cela comporte ».

Alors le journal le Monde a t-il collaboré en toute connaissance de cause au marketing du Sativex? La journaliste s’est elle contentée de recopier les 4 témoignages dans un dossier de presse ? Où les 4 femmes existent elles vraiment? Il aurait été éthique d’expliquer réellement les résultats obtenus par le Sativex dans cette indication.

Dans un troisième article, c’est un médecin qui témoigne, Le professeur Patrick Vermersch, chef du service de neurologie de l’hôpital de Lille qui a mené des études avec le Sativex pour le compte du laboratoire. Cette fois l’article est plus balancé, le Pr Patrick Vermersch expliquant réellement qui sont les patients qui bénéficieront du médicament sans cacher la réalité des effets secondaires :

– “Il offre une alternative précieuse pour les patients qui souffrent de contractures involontaires des muscles (spasticité), et qui ne réagissent pas aux traitements habituels”

– “Tous les patients n’y répondent pas positivement”.

– “Des patients fragiles, qui ont par exemple des troubles de la mémoire ou des phases de dépression, peuvent avoir éventuellement quelques effets secondaires”.

Source

Le Sativex, médicament à base de cannabis, autorisé en France
Laetitia Clavreul et Chloé Hecketsweiler
Le Monde.fr | 09.01.2014 à 09h03 • Mis à jour le 09.01.2014 à 14h47 

Sativex : « Ce médicament a calmé mon corps »
Eric Albert
LE MONDE | 09.01.2014 à 13h05 • Mis à jour le 10.01.2014 à 08h47

Sclérose en plaques : « Le Sativex offre une alternative précieuse »
Chloé Hecketsweiler
Le Monde.fr | 10.01.2014 à 10h56 • Mis à jour le 10.01.2014 à 11h19 

Traitement au cannabis : « Revivre normalement, sans douleurs et sans être stone »
Camille Bordenet
Le Monde.fr | 10.01.2014 à 16h05 • Mis à jour le 10.01.2014 à 19h49

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