dimanche 4 décembre 2016

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Choléra : le tueur de 1849 identifié grâce à son ADN!

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Le 22 mai 1849, une épidémie de choléra commença à dévaster la ville de Philadelphie faisant plus de 1000 morts. Ce n’était certes pas la première puisque Philadelphie connu en 1932 une virulente épidémie de choléra, ni d’ailleurs la dernière qui survint en 1866. Le musée médical de Philadelphie (Mütter Museum) conservait depuis 1849 plusieurs morceaux d’intestin de victimes du choléra dans des petits flacons en verre transparent remplis de formol (photo). C’est en utilisant cette relique vieille de 165 ans que des scientifiques canadiens de l’Université McMaster (Ontario), connus pour savoir extraire de l’ADN d’une dent de mammouth, ont isolé et décodé l’ADN du Vibrio Cholerae de 1849 ayant dévasté phyladelphie. Quel intérêt ? Le comparer à la souche qui sévit actuellement dans certains endroit du monde, une souche appelée El Tor, qui frappa récemment l’ile d’Haiti, apportée sur l’ile par des soldats Népalais malades, et diffusant comme habituellement en contaminant l’eau, tua au moins 8000 personnes. Cette comparaison permettra d’évaluer sa rapidité de mutation et potentiellement de les comprendre pour ultérieurement les prédire.

Car ce bacille mute, croyait-on, assez vite et n’est probablement pas très ancien sur notre planète. Il est à priori né dans le delta du bengale, à l’endroit ou le gange et la rivière brahmaputra se rencontrent. C’est aussi en ce lieu que de la première grande épidémie répertoriée de Choléra survint dans les années 1817.

L’analyse des mutations génétiques survenues chez Vibrio Cholerae entre la souche de 1849 et les souches les plus récentes, a permis à l’équipe de Hendrik N. Poinar, qui publie ses résultats dans le New England Journal of Medicine, de mettre en évidence une mutation génétique rapide du bacille mais seulement sur un faible pourcentage de gènes ; la première conséquence de cette découverte est de modifier la date de naissance attribuée au bacille : si l’on estimait l’ancienneté de la maladie à 50 000 ans, il apparait que le Vibrio Cholerae serait « né » en fait bien plus récemment, dans une échelle temporelle comprise entre 5000 et quelques centaines d’années, une maladie moderne en quelque sorte.

Et c’était justement il y a 5000 ans que le delta du gange s’est asséché rendant la colonisation humaine possible. C’est probablement dans les intestins de ces premiers colons que le Vibrio Cholerae s’est adapté à l’homme développant sa capacité à synthétiser les protéines capables d’ouvrir les pores membranaires des cellules intestinales qui laissent alors échapper leur eau. C’est  ainsi qu’il a appris à devenir mortel, entrainant des diarhhées massives pouvant faire perdre à un homme plus de 10 litres d ‘eau dans la journée, diarrhées qui ont cependant un objectif, permettent au Vibrio Cholerae de se répendre, de se multiplier, et de faire d’autres victimes. Mais tous les hommes ne tombent pas malades : cela autorise un porteur sain à se déplacer sur de longues distances (en mer par bateau auparavant, en avion dorénavant) et de transporter le Vibrio Cholerae en autant de nouveaux endroits qu’il n’aurait jamais colonisé seul.

Au XVIIIe, la colonisation britannique fut en cela une aubaine pour le choléra qui grimpa à bord des navire de la Reine et commença un premier voyage autour du monde, infectant les ports au rythme des tribulation navales de l’armée anglaise. Une épidémie de choléra frappera Londres en 1932 avant d’atteindre Philadelphie de l’autre côté de l’atlantique la même année.

Depuis la première épidémie de 1817 survenue dans la baie du Bengale, on considère que 7 autres pandémie ont frappé :

  • Première pandémie (1817-1825) : partie d’Asie, touche l’Afrique orientale puis en 1823 l’Asie Mineure et dans la foulée, la Russie, et l’Europe.
  • Deuxième pandémie (1826-1835) : l’épidémie se propage à partir de la Mecque vers l’Égypte,  l’Europe puis les Etats-Unis (Philadelphie 1832)
  • Troisième pandémie (1839-1856) : l’épidémie partie de la Chine touche le Maghreb puis l’Europe puis les Etats-Unis (Philadelphie 1849) et enfin pour la première fois  l’Amérique Latine, en particulier le Brésil.
  • Quatrième pandémie (1863-1875) : elle touche l’Europe du Nord, la Belgique en 1866, puis la France, l’Afrique du Nord et l’Amérique du Sud.
  • Cinquième pandémie (1881-1896) : l’épidémie diffuse à partir de l’Inde vers l’est et l’ouest sur plusieurs continents.
  • Sixième pandémie (1899-1923) : à partir de l’Asie, l’épidémie se répand en Russie et de là en Europe centrale et occidentale.
  • Septième pandémie (depuis 1961) : la septième pandémie, partie de l’Indonésie en 1961 est celle qui continue à toucher différents endroits du monde depuis 50 ans. Cette souche est appelée El Tor. C’ets celle qui a frappé Haiti.

Source

Second-Pandemic Strain of Vibrio cholerae from the Philadelphia Cholera Outbreak of 1849 Alison M. Devault, M.A., G. Brian Golding, Ph.D., Nicholas Waglechner, M.Sc., Jacob M. Enk, M.Sc., Melanie Kuch, M.Sc., Joseph H. Tien, Ph.D., Mang Shi, M.Phil., David N. Fisman, M.D., M.P.H., Anna N. Dhody, M.F.S., Stephen Forrest, M.Sc., Kirsten I. Bos, Ph.D., David J.D. Earn, Ph.D., Edward C. Holmes, Ph.D and Hendrik N. Poinar, Ph.D. This article was published on January 8, 2014, at NEJM.org.

The Diffusion of Cholera in the United States in the Nineteenth Century  G. F. Pyle

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