samedi 3 décembre 2016

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Cancer du sein : une nouvelle étude confirme que le dépistage par mammographie ne sert à rien !

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Avant d’être implémenté dans de nombreux pays occidentaux, le dépistage par mammographie des cancers du sein a été évalué dans des essais contrôlés au cours des années 60 puis des années 80 avec, à ces époques, des résultats positifs, une baisse de la mortalité par cancer du sein de 15% à 25% chez les femmes de 50 à 69 ans.  Mais les années 1980 sont dorénavant loin, 35 ans en arrière, et les traitements du cancer du sein ont beaucoup évolué. Voulant évaluer si ce dépistage ancestral continuait à présenter un intérêt pour les femmes ou les soumettaient plutôt à un risque accru de sur-diagnostic, ainsi que cela avait été suggéré par de récents travaux, des scientifiques Canadiens publient les résultats d’d’une étude qui fera autorité du fait de sa randomisation, de la forte utilisation de la mammographie (5 par an), de la compliance des patientes et de la durée de suivi, 25 ans. C’est donc une étude magistrale pour répondre à la question de l’intérêt du dépistage du cancer du sein par  mammographie.

En France, le dépistage du cancer du sein reste une priorité du ministère de la santé, sourd aux résultats récents et aux remises en causes. Ce dépistage occupe et emploi un nombre considérable de personnels et de centres qui « vivent » de ce dépistage et agissent dorénavant comme autant de frein à toute évolution de la pensée et de l’action scientifique. Jamais aucune étude scientifique digne de ce nom n’a évalué l’intérêt de ce dépistage dans notre pays malgré les sommes considérables investies dans cette activité.

Les scientifiques Canadiens ont suivi 89 835 femmes pendant 25 ans. 50 000 avaient entre 40 et 49 ans, 40 000 entre 50 et 59 ans. Elles ont été séparées en deux groupes, un qui a suivi un programme régulier de mammographies (4 par an) avec examen médical, l’autre seulement un examen annuel par un médecin. Toutes les femmes bénéficiant d’un entrainement à l’auto-détection par palpation.

Au cours de ces 25 années, 1190 cancers du sein ont été détectés, 666 dans le groupe mammographie et 524 dans le groupe contrôle. Des 666, 484 l’ont été par la radiographie du sein. La mammographie a détecté des cancers de 1,91 centimètres de diamètre en moyenne, alors que les cancers détectés manuellement dans l’autre groupe faisaient en moyenne 2,1 centimètres de diamètre.

Au cours de ces 25 ans, 9477 femmes sont décédées, toutes causes confondues, sans différence entre les deux groupes. Si 1005 femmes sont décédées à cause d’un cancer du sein, la mortalité par cancer du sein été similaire pour les deux groupes. La mammographie ne permettait donc aucun bénéfice en terme de réduction de la mortalité ni pour les femmes de moins de 50 ans, ni pour les femmes de moins de 60 ans. En revanche, les scientifiques ont cependant mis en évidence d’autres anomalies : En effet si la mammographie ne sauve pas de vie, elle peut en revanche avoir des conséquences néfastes : un excès de 142 cancers du sein ont été dépistés par la mammographie en comparaison à la détection manuelle (666 vs 524) : il y a donc 22% des cancers détectés en excès, soit un pour 424 femmes dépistée.

Ces résultats, non seulement de l’inefficacité de la mammographie à réduire la mortalité, mais aussi du risque de sur-diagnostic auquel sont exposées les femmes, avaient déjà été retrouvés dans deux études publiée en 2010 (Kalager & al) et en 2011 (Autier & al). C’est donc la troisième qui pose fortement ces constats qui deviennent dorénavant indéniables.

Poursuivre dans cette voie de la mammographie, c’est donc volontairement exposer les femmes à un risque en étant certain de ne leur apporter aucun bénéfice tout en engageant des dépenses financières importantes. En conséquence, les auteurs demandent aux personnes en charge de la santé publique dans les pays occidentaux de revoir de manière URGENTE la politique de dépistage par mammographie.

Ainsi après le dépistage de la prostate, ce sera le cancer du sein qui verra sombrer sa politique de dépistage. C’est donc le moment de rediriger les fonds vers le dépistage du cancer du poumon, un dépistage qui est efficace et qui réduit la mortalité mais n’est toujours pas implémenté en France.

Sources

Twenty five year follow-up for breast cancer incidence and mortality of the Canadian National Breast Screening Study: randomised screening trial
Anthony B Miller, Claus Wall, Cornelia J Baines, Ping Sun, Teresa To, Steven A Narod
BMJ 2014;348:g366

Too much mammography, Long term follow-up does not support screening women under 60
Mette Kalager, Hans-Olov Adami, Michael Bretthauer
BMJ 2014;348:g1403

Effect of screening mammography on breast-cancer mortality in Norway
Kalager M, Zelen M, Langmark F, Adami HO.
N Engl J Med 2010;363:1203-10.

Breast cancer mortality in neighbouring European countries with different levels of screening but similar access to treatment: trend analysis of WHO mortality database
Autier P, Boniol M, Gavin A, Vatten L.
BMJ 2011;343:d4411.

Crédit Photo Creative Commons by *Zoha.Nve

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