samedi 3 décembre 2016

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Arrêt de l’Extencilline : La France n’a plus de traitement contre la Syphilis

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L’antibiotique Extencilline (Benzathine benzylpénicilline ), le seul antibiotique à avoir une autorisation de mise sur le marché en France pour le traitement de la syphilis, vendu royalement 4,38 euros le flacon, disparait définitivement des pharmacies. Encore une rupture de stock et ce n’est pas par manque de malade. L’OMS estime que 12 millions de personnes contractent la syphilis chaque année, une maladie sexuellement transmissible qui faisait des ravages autrefois en Franc et en Europe, mais dont la progression a été stoppée nette par l’arrivée de la pénicilline. Le traitement doit se faire par voie injectable, 1 injection IM tous les 8 jours de 2,4 MUI.

En France, la syphilis fait encore entre 500 et 600 nouvelles victimes par an, en majorité des hommes (95%) surtout de homosexuels (73%) ou des bisexuels (10%), dont la moitié ont également une infection par le VIH, sans oublier une dizaine de femmes enceintes.

Selon un communiqué de presse de l’ANSM, le groupe Sanofi qui produisait l’Extencilline arrête la production consécutivement à un arrêt de production par Novartis de la carmelose, un “composant critique du produit” explique l’ANSM. La carmelose n’est pourtant qu’un des excipients de l’antibiotique (excipient : produit pharmacologiquement neutre), un parmi les 4 utilisés, carmelose (E466), Sodium citrate (E331), Povidone (E1201), et Sodium).

Evidemment personne dans ce jeu de dupe ne veut reconnaitre ses responsabilités, ni Sanofi qui arrête sa production beaucoup plus probablement pour des raisons économiques (on peut trouver de la carmelose à 2,6 dollars le kilogramme directement online), ni l’ANSM, qui doit assumer au minimum une complicité dans la baisse massive des prix des médicaments conduisant de plus en plus fréquemment à des ruptures de stocks (surtout les produits injectables comme l’extencilline), puisqu’un industriel préfèrera vendre dans un pays qui payera mieux ses médicaments. Conséquence, les malades ne peuvent plus être traités, un nouvel exemple de la médecine low-cost s’installant en France. Environ 700 cas de syphilis sont détectés chaque année en France.

L’ANSM organise donc « à titre exceptionnel et transitoire » l’importation d’Italie d’une spécialité de remplacement, sans AMM, Sigmacillina, dosée à 1 200 000 UI/2,5 ml suspension injectable pour voie intramusculaire dont le coût d’importation n’est pas indiqué. S’agissant d’un médicament importé, Sigmacillina ne sera distribué qu’auprès des pharmacies hospitalières. Ainsi, les patients concernés devront se rendre dans une pharmacie hospitalière pour se procurer ce médicament. Mais ce médicament est contre indiqué pour les enfants de moins de 30 mois et pour les femmes enceintes or, une dizaine de cas de syphilis congénitale sont diagnostiqués chaque année. Comment seront-elles traitées? Dans l’ordre actuelle des choses, elle ne le pourront pas ce qui aura des conséquences dramatiques pour le fœtus. Non traitée, une syphilis primaire évolue vers le stade secondaire puis tertiaire mortel.

Personne ne sait à ce jour comment compte faire l’ANSM pour que ce défaut de médicament majeur ne soit que «transitoire» ni comment traiter les enfants de moins de 30 mois. Remercions encore une fois nos fonctionnaires pour cette médecine française parmi les plus efficaces et modernes du Monde. 

Sources

EXTENCILLINE 600 000 UI, poudre et solvant pour suspension injectable (IM) EXTENCILLINE 1,2 M U.I., poudre et solvant pour suspension injectable (IM) EXTENCILLINE 2,4 M U.I., poudre et solvant pour suspension injectable (IM) – Rupture de stock

http://ansm.sante.fr/S-informer/Informations-de-securite-Ruptures-de-stock-et-arrets-de-commercialisation-des-medicaments/EXTENCILLINE-600-000-UI-poudre-et-solvant-pour-suspension-injectable-IM-EXTENCILLINE-1-2-M-U.I.-poudre-et-solvant-pour-suspension-

injectable-IM-EXTENCILLINE-2-4-M-U.I.-poudre-et-solvant-pour-suspension-injectable-IM-Rupture-de-stock

La syphilis en France : analyse des données de surveillance sur 10 ans, 2000-2009
Alice Bouyssou (a.bouyssou@invs.sante.fr)1, Michel Janier2, Nicolas Dupin3, Isabelle Alcaraz4, Chantal Vernay-Vaïsse5, Betty Basselier1, Nathalie Spenatto6, Philippe Dhotte7, Fabienne Castano8, Caroline Semaille1, Anne Gallay1
BEH 26-27-28 / 5 juillet 2011

La syphilis congénitale est-elle en recrudescence en France ?
Enquête à partir du PMSI (2005-2007)
Clémence Pérel, Anne Gallay, Véronique Goulet (v.goulet@invs.sante.fr)
BEH 26-27-28 / 5 juillet 2011

Photo : Moulage 11 de la collection Parrot.Musée de l’hôpital Saint-Louis. Extrait de : Le musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis. G.Tilles et D.Wallach, 1996. Ed.APHP et Doin

Crédit Photos Creative Commons by  National Library of Medicine – History of Medicine

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