Chikungunya : pour les vacances, fuyez la Guadeloupe et la Martinique! Déjà plus de 40 morts.

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Les moustiques Aedes Aegypti et Aedes Albopictus envahissent progressivement le Monde. Ils se sont installés dans les caraîbes depuis  peu de temps et le virus du chikungunya, dont ils sont les vecteurs, s’y est lui implanté en fin d’année 2013. Un an et demi plus tard par manque de lutte prophylactique et de prévention, la première épidémie mortelle a débuté.

On se rappelle de la gestion catastrophique de la crise épidémique du chikungunya sur l’ile de la Réunion en 2005 par Roselyne Bachelot. Sûr de leur victoire sur le vecteur puisque le paludisme avait disparu, les autorités préfectorales de l’île avaient abandonné la lutte anti vectorielle. Résultat, 470 000 consultations supplémentaires, 266 000 malades, 248 morts, 48 transmissions néonatales avec méningo-encéphalites, toxidermies bulleuses et décès, 237 formes sévères avec méningo-encéphalites, défaillances cardiaques, hépatique ou rénales causant 63 décès., sans compter des milliers d’arrêts maladies et une installation durable de la pathologie sur l’île. Coût total  de l’incompétence administrative : 44 millions d’euros, répartis ainsi selon une étude  publiée en 2011 : 12,4 millions d’euros en consultations médicales, 5 millions d’euros en dépenses de médicaments (antipyrétiques, antalgiques,…), 600 000 euros de tests biologiques (29 664), 8,5 millions d’euros d’hospitalisations, 17,5 millions d’euros en perte de productivité. Chaque patient a couté 2000 euros à la communauté.

Bis repetitas en 2014. En moins de deux ans, les mêmes moustiques, capables de transmettre la même maladie ont envahi les caraïbes. Selon l’INVS qui tient bien à jour ses statistiques 115 000 personnes ont déjà contracté le virus et 39 morts en sont directement décédés. La zone la plus touchée est la Guadeloupe, une situation probablement facilitée par son urbanisation chaotique : Déjà 16% de la population de l’île est malade et presque 6000 nouveaux cas sont recensés par semaine. Ce sont 10 000 nouveaux cas recensés chaque semaine en Guadeloupe, Martinique, Guyane et St Martin.

Comment se désastre a t-il put survenir ? L’hypothèse la plus probable est que sur cette île, la Guadeloupe, où le moustique Aedes Aegypti s’était installé confortablement depuis plusieurs années, un voyageur porteur du virus ait été piqué : les moustique transmettent le virus à leur descendance et accélèrent sa diffusion en contaminant ses cibles suivantes, eux-mêmes piqués par d’autres moustiques qui poursuivent le cycle. 

Ces populations des caraîbes totalement naïves pour le virus, vont payer un lourd tribut à l’épidémie dont le pic est encore en attente : en effet l’arrivée des pluies va faciliter la pullulation des larves dans les zones stagnantes.

Le risque est évidemment la diffusion des virus du chikungunya en dehors de ces iles. Aux Etats-Unis, très proches et où Aedes Aegypti et Aedes Albopictus pullulent déjà, 232 cas importés ont été identifiés; le New York Times prévient également que le CDC américain confirme les deux premiers cas autochtones de chikungunya en Floride, l’un à Miami, l’autre à Palm Beach, démontrant que le virus a passé la frontière; le NEJM informe de son côté les médecins américains de l’imminence d’une épidémie. La France est aussi une des prochaines zones d’attaque du virus, les échanges intenses avec les caraîbes faciliteront l’importation du virus. La stratégie du gouvernement se révèlera t-elle suffisamment efficace pour confiner la pathologie aux caraïbes? Aèdes Aegypti est déjà présent dans le sud de la France, et s’étend régulièrement, infestant dorénavant 18 départements : Dans ces régions 148 cas de chikungunya soit disant importés ont été répertoriés sans compter 427 cas considérés comme suspects mais aussi 51 de dengue, une pathologie proche transmise par le même moustique.

Mais un peu avant la pluie est arrivée notre ministre de la santé, Madame M. Touraine, qui a fait escale aux Antilles, les poches remplies d’argent frais, condition sine qua none pour atterrir en ces ilots éloignés de la métropole : les médicaments antipyrétiques et antalgiques seront remboursés à 100%, utile si vous ne payez pas de mutuelle, et les jours de carences disparaissent, utile si vous n’êtes pas fonctionnaire. Que faire d’autre? Plus grand chose maintenant. Sinon en profiter pour annoncer la construction d’un nouvel hôpital ultramoderne pour cette ile de 400 000 habitants où l’actuel CHU, bien plus récent que de nombreux hôpitaux métropolitains, accuse un déficit annuel régulier de 50 millions d’euros. Coût estimé du nouvel ensemble, (qui en général double avant la fin des travaux) 600 millions d’euros, entièrement financés par l’Etat, et il est prévu qu’il y ait même un PET-scan dans le service de radiologie, une première. Mais pour le ETt-scan il faut un cyclotron. Peut importe, on construira aussi un cyclotron, coût de l’appareil 1 million d’euros, plus 4,5 millions pour le bâtiment qui l’abrite, plus une dizaines de techniciens à prévoir.

Le voyage aux Antilles de Marisol Touraine s’est bien déroulé mais elle ne reste pas pour les vacances : sa venue n’aura pas freiné le chikungunya mais aura au moins réussi à détourner l’attention des locaux et à enterrer les critiques de élus locaux. Le silence coûte de plus en plus cher.

Sources

The Chikungunya epidemic on La Reunion Island in 2005-2006 : a cost of illness study
Man-Koumba Soumahoro, Pierre-Yves Boelle, Bernard-Alex Gaüzere, Kokuvi Atsou, Camille Pelat, Bruno Lambert, Guy La Ruche, Marc Gastellu-Etchegorry, Philippe Renault, Marianne Sarazin, Yazdan Yazdanpanah, Antoine Flahault, Denis Malvy, Thomas Hanslik

PLOS ONE Published: June 14, 2011

Situation épidémiologique du chikungunya dans les Antilles. Point au 16 juillet 2014.
INVS juillet 2014

Situation épidémiologique du chikungunya dans les Antilles. Point au 16 juillet 2014
INVS Juillet 2014

Chikungunya. Marisol Touraine annonce une prise en charge à 100%
Ouest-FRance 17 juillet 2014

Chikungunya at the Door — Déjà Vu All Over Again?
David M. Morens, M.D., and Anthony S. Fauci, M.D.

NEJM July 16, 2014 D

2 in Florida Said to Catch Fever Found in Tropics
Donald G.Mc Neil Jr

NYT, JULY 17, 2014

Lecture d’été

One thought on “Chikungunya : pour les vacances, fuyez la Guadeloupe et la Martinique! Déjà plus de 40 morts.

  1. Je suis de la Guadeloupe et je trouve scandaleux votre article. Je reconnais que passer ses vacances sur une île où les gens sont malades n’est pas très ragoutant mais de la à demander à fuir. C’est un peu exagéré. Il suffit de se protéger des moustiques comme nous le faisons toute l’année dans les zones tropicales. Moi je n’ai pas été malade et mes enfants non plus. Il faut quand même vous rendre hommage sur le commentaire concernant nos élus et le voyage éclair de mme Touraine qui aurait pu passer ses vacances chez nous.(hihihi)

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