Entre Benzodiazépines et Alzheimer, il n’existe aucun lien. Sciences & Avenir aurait encore tort?

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Une étude anglaise publiée dans le British Medical Journal invalide totalement l’existence d’un lien entre benzodiazépines et démence cérébrale. Sciences & Avenir avait donc vraiment tort? Les journalistes de cette revue reconnaitront leur erreur et s’excuseront-ils auprès des lecteurs qu’ils avaient tenté d’apeurer?

En 2011, Le Pr Bégaud et la revue de vulgarisation scientifique Sciences & Avenir déclenchaient une polémique affirmant que la prise de benzodiazépines favorisait la survenue d’une démence. Les données de l’étude réalisée par l’équipe du Pr Bégaud n’était alors même pas publiées, mais la méthodologie et le nombre de patients réellement évalués laissaient planer un doute sur la validité de la conclusion, doute que confirmèrent tout d’abord les regrets du Pr Bégaud en voyant à posteriori la manière dont les journalistes de Sciences & Avenir avaient vulgarisé à outrance ses travaux dans le but évident de faire un «scoop», et doute réitéré lors de la publication tardive de l’étude qui en révéla toutes les faiblesses. Jamais un lien entre prise de benzodiazépines et démence n’aurait du être tissé à la lecture des résultats de cette étude, comme le reconnu d’ailleurs plus tard le Pr Bégaud. Loin de démentir sa publication de 2011, la revue Sciences & Avenir continue de clamer sa vérité dans son dernier numéro affirmant encore «Le risque de développer une démence est accru de 60% en consommant des benzodiazépines (…) or 30% des plus de 65 ans en prennent. Dès 2011, Sciences & Avenir avait été le premier à alerter sur les dangers d’une consommation excessive (Lire S&A n°776, octobre 2011)», référençant une étude observationelle prospective publiée en 2015 dans la revue Alzheimer & Dementia.

Il aurait été déontologique de refaire une revue de la littérature avant de reproduire cette affirmation, ce qui aurait permis aux journalistes de la revue de lire cette publication du BMJ « Benzodiazepine use and risk of incident dementia or cognitive decline: prospective population based study » publiée le 02 février 2016. Quels sont les résultats de cette étude?

La population évaluée, 3434 personnes (60% de femmes), était âgée de 74 ans en moyenne. A l’inclusion dans l’essai les participants suivaient des tests d’évaluation des fonctions cognitives afin de déterminer l’existence, même encore non diagnostiquée, d’un début de troubles caractéristiques d’une démence. La consommation de benzodiazépines était évaluée dans les 10 années précédentes à l’aide des relevés informatiques de prescriptions, permettant de caractériser les types de benzodiazépines utilisés et la dose cumulée. Les benzodiazépines les plus fréquemment prescrites (83% des cas) étaient le temazepam, le diazepam, le clonazepam, le triazolam, et le lorazepam. Tous les facteurs confondant, âge, tabagisme, niveau d’éducation, sexe, antécédents cardiovasculaires, dépression, etc étaient pris en compte. Les patients étaient suivis deux fois par an et bénéficiaient à chaque visite d’une nouvelle évaluation de leurs fonctions cognitives afin d’évaluer tout déclin.

Au cours du suivi 23,2% des participants (797) ont développé une démence, une maladie d’Alzheimer dans 80% des cas. En comparant les groupes ayant ou non développé une démence avec la prise ou non de benzodiazépines, les scientifiques arrivent à cette conclusion ; Ils ne retrouvent aucune association entre survenue d’une démence ou d’une maladie d’Alzheimer en comparant les non utilisateurs et les plus importants consommateurs de benzodiazépines. Et si en comparaison avec ceux n’ayant jamais prise de benzodiazepine, «un risque un peu augmenté» de démence est retrouvé en début d’étude pour une utilisation moyenne ou faible de benzodiazepine et seulement chez les faibles utilisateurs pour une maladie d’Alzheimer, ce risque disparait dès la deuxième année de suivi. Les analyses répétées à la cinquième année de suivi confirment cette absence d’association entre consommation même élevée de benzodiazépines et risque de déclenchement d’une démence ou d’une maladie d’Alzheimer. Il est notable et rassurant que le suivi cognitif ne montre pas de différence entre les utilisateurs et les non utilisateurs de benzodiazépines. Les scientifiques retrouvent même un déclin annuel des fonctions cognitives de 0,002 points plus lent chez les gros consommateurs de benzodiazepine en comparaison aux non consommateurs.

En conclusion «Dans cette étude longitudinale chez l’adulte âgé ayant des données de prescription fiables et bénéficiant d’une évaluation rigoureuse, nous n’avons retrouvé aucune association entre les plus fortes prises de benzodiaépines et la survenue d’une démence ou d’un déclin cognitif» affirment les auteurs. La faible augmentation retrouvée chez les utilisateurs faibles ou moyens de benzodizépines ne supporte pas de lien de causalité et représente une symptomatologie liée au traitement comme le confirme les analyses statistiques, ajoutent-ils. Ces résultats confirment ceux d’études précédentes y compris chez des utilisateurs de fortes doses de benzodiazépines. Les auteurs restent prudent sur l’interprétation du résultat obtenu chez les participants ayant eu plus de 100 prescriptions de benzodiazépines et ayant finalement un risque diminué de maladie d’Azheimer en comparaison aux non consommateurs.

Ils comparent ensuite leur résultats avec l’étude utilisées par Sciences & Avenir pour lancer son « Scoop » en 2011; «En comparaison, dans une étude prospective menée en France chez 1063 patients âgés, la prise récente de benzodiazépines était associée avec une augmentation du risque de démence. Par rapport à cette étude, nos résultats ne sont pas comparables à cause des différence de design et de méthodologie de recueil de prise de benzodiazépine (ils reposaient sur des interview des participants, manquaient des informations sur les doses, la durée, et la chronicité d’utilisation). L’étude manquait d’information sur les facteurs confondant et avait exclu 72% de ses participants pour se concentrer sur les nouveaux utilisateurs», une critique méthodologique qui est évidemment une remise en cause du résultat obtenu, et formulée dans un de nos article de l’époque (cf Docbuzz).

Ces résultats éclairant n’empêchent pas de tenir compte des autres effets secondaires connus des benzodiazépines et il reste recommandé aux soignants d’éviter les benzodiazépines chez les personnes âgés afin d’éviter ces effets secondaires, et toute dépendance conclu l’article.

L’accès à cette publication du BMJ est libre et la lecture recommandée aux journalistes de Science & Avenir comme à tous le journaux qui en 2011 avaient suivi la revue, omettant par la suite de publier tout article rectificatif.

Sources

Benzodiazepine use and risk of incident dementia or cognitive decline: prospective population based study
Shelly L Gray,1 Sascha Dublin,2 Onchee Yu,2 Rod Walker,2 Melissa Anderson,2 Rebecca A Hubbard,3 Paul K Crane,4 Eric B Larson2
BMJ 2016;352:i90

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Docbuzz article publié le: 01 octobre 2011

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