Génériques, quoi de neuf? Les affirmations approximatives du ministère de la santé (1)

Capture d’écran 2016-06-24 à 00.18.22

«Médicament générique : quoi de neuf ?» Ainsi débute la page internet du site du ministère de la santé destiné à promouvoir à nouveau les génériques auprès des Français. La question est intéressante. Les réponses le sont-elles? Tout ce qui y présenté n’est malheureusement que la répétition d’affirmations préalables qui sont pour beaucoup des approximations ou des assertions sans grande preuve. Revue critique. 

Quatre brochurettes destinées à promouvoir les génériques ont été mis en ligne par le ministère de la santé pour convaincre les français que les génériques.

La première brochure s’intitule « Médicament Générique, quoi de neuf ? ». Le ministère de la santé s’essaye au marketing pharmaceutique et développe autour de 3 thèmes, quelques études sélectionnées pour démontrer au lecteur l’efficacité des génériques, «Efficacité et tolérance des médicaments génériques ; des résultats probants en vie réelle » :

  • « Médicaments génériques et princeps : Même efficacité et même effets secondaires» : le travail présentée est une publication américaine ayant isolé 47 articles comparant des génériques à des médicaments princeps, une savante compilation d’études randomisées et d’études observationnelles, de faible qualité scientifique, certaines n’incluant que quelques dizaines de patients voire moins d’une dizaine. L’ensemble des résultats une fois mixée ne retrouve pas de différence en terme de bénéfices cliniques ou d’effets secondaires entre génériques et princeps. Rien ne dit que ces génériques évalués à des moment différents aient quelque chose de comparable avec les génériques vendus en France. Le document du ministère omet par ailleurs une des conclusions de la publication :  Sur les 43 éditoriaux accompagnant les études sélectionnées «23 (53%) exprimait une vision négative de l’interchangeabilité des génériques alors que 12 encourageaient la substitution (les 8 restant n’arrivaient pas à une conclusion d’intercheangeabilité) ». La seconde publication utilisée est également une compilation d’études randomisées et observationelles entre des patients prenant un anticoagulant (wafarine) sous sa forme princeps ou générique. Et alors que pour les analystes du ministères cette étude conclue que « Efficacité et tolérance des médicaments génériques de warfarine confirmées », les auteurs sont plus nuancés : « les résultats des études observationelles sont plus conflictuels » écrivent-ils « suggérant des actions différentes des différents génériques de la warfarine », ajoutant que « dans une étude observationnelle, une modification de l’INR (dosage sanguin destiné à controller le bon équilibre du traitement NDLR) était retrouvée au niveau individuel ». (Concernant l’efficacité des génériques d’anticoagulant, on pourra aussi lire, cf article Docbuzz : Un générique du PLAVIX pas bioéquivalent du tout)
  • « Substitution des médicaments à marge thérapeutique étroite : absence d’incidence clinique » : Le troisième point évoqué est peut-être celui qui a pourtant contribué à une plus grande défiance des génériques car il concerne les médicaments à marge thérapeutique étroites, les antiépileptiques par exemple : sont présentées 3 publications, encore des mélanges d’études diverses dont le résultat global ne retrouve pas de déséquilibre d’une épilepsie après substitution d’un princeps vers un générique. Les plaintes étaient pourtant tellement nombreuses au glorieux début des génériques que l’AFSSAPS de l’époque avait autorisé les médecins à refuser la substitution et s’était fendue d’un puissant courrier aux prescripteurs; « Si le médecin estime que le patient a des réticences ou a fortiori des craintes, le médecin peut s’opposer à la substitution en portant la mention « non substituable » sur l’ordonnance (que ce soit pour un princeps ou pour un générique). Les études ayant montré un déséquilibre de l’épilepsie après substitution sont ici omises (cf article Docbuzz).

Ainsi, à travers une sélection arbitraire de quelques publications, le ministère de la santé veut convaincre de l’équivalence des génériques avec leur princeps. Cette position omet pourtant un phénomène important, le passage d’un générique à un autre. Aucune étude prouvant la bioéquivalence entre générique n’est présentée. Il n’en existe peut-être pas?

Au cas ou vous auriez encore des doutes, le ministère de la santé ajoute en bas de page un intéressant «Pour mémoire» : «Les différences d’efficacité et de tolérance qui peuvent être observées lors de l’administration d’un médicament générique à un patient donné sont les mêmes différences que celles qui peuvent être observées avec un princeps. Ces différences sont dues à la susceptibilité individuelle de chaque patient et ne remettent pas en question l’absence de différence globale entre médicament générique et médicament princeps ». Voilà, si jamais vous ressentez un manque d’efficacité ou souffrez d’une complication inhabituelle, il n’y a pas de problème avec votre générique, c’est uniquement de votre faute.

On reproche aux générique de ne pas être contrôlés? Soyez rassurés, ils le sont autant que les princeps affirme le ministère en page 2, « Des contrôles rigoureux sur des référentiels identiques pour tous les médicaments »

Il est affirmé que la France, ou ses partenaires Européens, ont mené 92 inspections de bioéquivalence entre 2009 et 2015 (soit 14 par an) dont la majorité hors d’Europe, 87 inspections de matière premières dont 17 hors Europe, et 201 inspections d’établissements pharmaceutiques dont 15 hors Europe. Donc, hors inspection de bioéquivalence comme celle qui récemment a conduit a l’interdiction de 700 génériques (cf article Docbuzz), pourtant importés de longue date en Europe, 32 inspections ont été menés hors Europe, 32 inspections à rapporter aux 60 à 80% des matières premières fabriquée en Inde et en Asie, 32 inspections sur une période non communiquée et qui n’ont jamais conduit à aucune fermeture d’usine.

A titre de comparaison, la FDA américaine qui a du inspecter d’autres usines, à interdit d’importation des centaines de génériques d’usines indiennes qui n’étaient pas fermées pour autant mais devaient trouver d’autres débouchés que les Etats-Unis.

La FDA, qui elle communique réellement sur le sujet et rend les résultats de toutes ses inspections publiques, a même crée une « Import Alert Risk » qui recense tous les sites de production pharmaceutique interdits d’exportation vers les Etats-Unis : cette liste, mise à jour en février 2016 comporte 41 usines en Chine et 42 usines Indiennes, toutes interdites d’exportation vers les Etats-Unis mais uniquement vers les Etats-Unis. Au total, Il y a 700 sites fabriquant des produits pharmaceutiques pour l’exportation en Chine et 500 en Inde. Pour rappel, la France affirme en avoir inspecté 32 hors Europe, peut-être, ne sont-ils même pas situés en Chine ou en Inde. La FDA américaine a elle inspecté 132 usines en Chine en 2015 et émis 80 plaintes.

On pourrait se rassurer avec la dernière affirmation du ministère estimant que le générique produit 7 milliards d’euros d’économie. Pour qui? Pas pour les français qui cotisent plus pour moins de couverture sociale et de remboursements. Pas pour la « liste en sus » qui avec ses seulement 2.4 milliards semble déstabiliser une Sécurité Sociale qui en dépense 477 par an. Alors peut-être en fait, ne s’agit-il pas réellement de 7 milliards d’économies, puisque pour générer cette «économie» des milliards sont dépensés à convaincre les médecins et pharmaciens récalcitrants (Cf article L’express, Médicaments génériques: des économies qui coûtent cher).

Il s’agissait donc de la nouvelle brochurette convaincante du ministère de la santé, la première, nous liront bientôt les trois autres.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *