Macron : Tabac, Alcool et Durée de vie, le Nord Pas-de-Calais à la traine?

b9710472033z-1_20161209075532_000glf850urj-1-0

Le 08 décembre 2016, la Voix du Nord publiait un article sur les résultats d’une étude, « Jeunes et addictions » de l’Office français des drogues et toxicomanies (OFDT) qui montrait clairement une moindre addiction au tabac, à l’alcool et au cannabis dans le Nord-pas-de Calais que dans d’autres régions de France. Mais cette étude ne portait que sur les jeunes de moins de 25 ans.

Emmanuel Macron, témoignant des problèmes sanitaires et sociaux locaux a déclaré : «Dans ce bassin minier, les soins se sont moins bien faits, il y a beaucoup de tabagisme et d’alcoolisme, l’espérance de vie s’est réduite, elle est de plusieurs années inférieure à la moyenne nationale» (Emmanuel Macron, en déplacement dans le Pas-de-Calaisle vendredi 13 janvier).

Ce que ses adversaires politiques voudraient transformer en attaque directe contre la population locale, n’est peut-être qu’un constat épidémiologique illustrant d’un manque de prise en charge et d’un isolement médical auquel il faudrait remédier?

« Dans ce bassin minier, les soins se sont moins bien faits »

Tout le monde sait que depuis plusieurs dizaines d’années, l’objectif des autorités françaises est de réduire les dépenses de santé et que cet objectif passe par une réduction du nombre de médecins installés.

Dans le Nord Pas-de-Calais le nombre de médecins généralistes est passé de 2007 à 2016 de 4032 a 3694, une baisse de 8% en 8 ans, et ceux qui ont une véritable activité régulière ne sont que 1770. Avec 286 medecins pour 100 000 habitants, la densité régionale médicale et infèrieure à la moyenne nationale (mais ce n’est pas la pire-cf Picardie), et est également inférieure à la moyenne régionale. Il apparait que la région ne sait pas retenir ses médecins : Parmi les 372 nouveaux inscrits au cours de l’année 2007, 71 médecins ont quitté la région Nord-Pas-de-Calais (-26%). Ainsi, si cette densité médicale peut à prirori suffire pour faire face aux besoins d’une population, elle reste insuffisante pour mener une véritable politique de prévention et de réduction des addictions (ce qui n’a finalement jamais été le souhait d’aucune autorité nationale, régionale ou departementale dans le Nord-Pas-de-Calais ou ailleurs), tout en sachant que des populations touchées par le chômage consomment plus de soins médicaux que des populations avec un taux d’activité élevé. Un exemple des problèmes à venir : il n’y a plus que 127 gynécologues médicales, et leur moyenne d’âge est de 58 ans.

Il est donc possible que dans le Nord-pas-de Calais, les soins en général soient moins bien faits qu’ailleurs, non pas à cause d’une moindre efficacité ou d’une moindre qualité des médecins locaux, mais par insuffisance de médecins par rapport aux besoins. Quand les praticiens parisiens font 3100 consultations en moyenne en 2013, contre 4351 pour les généralistes de l’Hexagone dans leur ensemble, ceux du Pas-de-Calais en font 5725! Pourtant dans le Nord Pas-de-Calais comme ailleurs, les journées n’ont que 24 heures.

« Il y a beaucoup de tabagisme et d’alcoolisme »

Une analyse de 2012 presentée par Gilles Poirier, montrait les conséquences locales du tabagisme et de la consommation d’alcool, deux addictions qui entrainent un fort taux de cancers. En 2005, l’incidence des nouveaux cas de cancers était de 10.3% dans le Nord Pas-de-Calais contre 6.5% en France, les décès par cancers étaient de 9.3% dans le Nord Pas-de-Calais contre 6.4% en France. La mortalié dans le Nord Pas-De-Calais, en comparaison avec la mortalité nationale montre (source INSERM):+40% de mortalité par cancer des bronches et des poumons chez les hommes de moins de 65 ans (mais -22% chez les femmes), +99% de mortalité par cancers des voies aeriennes supérieures et de l’oesophage chez les hommes avant 65 ans et +95% chez les femmes (données 2006-2009). Cces différents pourcentage sont la directe conséquence d’une addiction plus élevée au tabac et à l’alcool, Avec des abus d’alcool evalués a +80% par rapport a la moyenne nationale ches les hommes avant 65 ans et +90% chez les femmes avant 65 ans .

Lorsque la région est comparée à l’Europe, elle caracole en tête des contrées Européennes pour les tumeurs malignes de la lèvre (provoquée par le tabac), seulement battue par la Hongrie, mais loin devant la Pologne, la Roumanie, ou la Grèce. La bonne nouvelles est que cette tendance est cependant à la baisse. Même si elle reste en tête des régions françaises pour les cancers des voies aériennes supérieures et de l’oesophage, l’incidence tend à baisser chez les hommes (-23% depuis 1980) même si cette baisse est plus lente qu’ailleurs (-36% sur le reste du territoire-Source FRANCIM). En revanche la croissance de ces tumeurs chez les femmes, en hausse partout, est bien plus élevée dans le Nord Pas-de-Calais qu’ailleurs (+76%), témoignant d’une prévention et d’une attention moindre. Le cancer du poumon explose avec +204% chez les hommes (entre 1980 et 2005), ce qui n’est d’ailleurs pas la pire hausse enregistrée dans les régions Françaises, et confirme l’absence de prévention nationale du tabagisme même si notre ministre de la santé tente de faire croire le contraire.

« l’espérance de vie s’est réduite, elle est de plusieurs années inférieures à la moyenne nationale »

Concernant la durée moyenne de vie, Gilles Poirier évoquait une crise sanitaire locale qui perdure et n’a jamais été corrigée depuis les années 1960, avec plusieurs années de vie en moins pour les habitants de ces départements en comparaison à la France. Si globalement la mortalité a baissée de -51% entre 1990 et 2008, cette baisse reste moindre qu’ailleurs en France.

Emmanuel Macron n’a donc pas tort en évoquant la situation épidémiologique particulière du Nord-Pas-de-Calais et il est temps de ne plus se voiler la face. Les déficits sanitaires de ces départements n’ont jamais été corrigés, et ce n’est pas l’arrivée de Xavier Bertrand, dont l’incapacité à porter des projets de santé publique avait déjà été patent lors de son passage au ministère de la santé, qui a changé quoi que ce soit. Si la France a depuis longtemps été marquée par une insuffisance voire une totale absence de considération des élus pour les problèmes majeurs de santé publique, cette région du Nord-Pas-de-Calais, qui en aurait encore eu plus besoin que les autres, n’a jamais bénéficié d’aucun plan précis visant à l’améliorer.

Espérons que cette sortie d’Emmanuel Macron témoigne d’une volonté réelle de combattre les additions au tabac et à l’alcool, une tentation qui ne cédera pas aux premières revendication des lobbys de ces deux produits qui coutent chacun à la France 120 milliards d’euros par an.

Sources

LA DÉMOGRAPHIE MÉDICALE EN RÉGION NORD-PAS-DE-CALAIS Situation en 2013
Sous la direction de Jeqn-François Rault, Président de la Section Santé Publique et Démographie Médicale, Réalisé par Gwénaëlle LE BRETON-LEROUVILLOIS, Géographe de la Santé,
Ordre National des médecin

Les médecins généralistes du Pas-de-Calais sont ceux qui gagnent le mieux leur vie
Marie Bartnik, Le Figaro, Mis à jour , Publié 

Crédit Photo La Voix du Nord

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *