A Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, on achève mal les hommes.

 

En 2011, l’Institut de Veille Sanitaire avait publié une étude révélant que les populations vivant autour de l’étang de Berre souffraient plus fréquemment de leucémies et de pathologies cardio-vasculaires (Voir article Docbuzz). Une nouvelle étude, menée en 2015 et publiée en janvier 2017, financée par l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (Anses),  accentue encore le trait ; dans deux villes du pourtour de l’étang de Berre prises comme zone de test (Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône), les habitants souffrent deux fois plus de pathologies chronique que la population française en moyenne : plus de cancers, plus d’asthme, plus de diabète. Si l’étude n’était pas destinée à faire le lien directement avec la pollution générée par les industries chimiques de l’état de Berre c’est bien elle qui est directement pointée du doigt, tout comme l’inefficacité des pouvoirs publics nationaux, régionaux et municipaux à protéger les populations.

Exxon Mobil, Arcelor Mital, Ascometal, Kem One (Ex-Arkema), Lyodell Chimie France, Evéré,Colonat Marex, Elengy Tonkin, Lafarge, etc, sont toutes des industries très polluantes installées sur  la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos. La population locale étaient justement inquiète ;  les questions ont émergé  à la faveur de deux controverses environnementales majeures liées à l’installation de deux terminaux méthaniers, et d’un incinérateur de déchets ménagers de la ville de Marseille, dans la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos qui comptait déjà de nombreuses usines polluantes.

Les questions que les habitants se posaient portaient sur l’impact sur leur santé des expositions cumulées dans leur environnement direct, notamment industriel : à leurs portes, une concentration d’industries chimiques, pétrochimiques, sidérurgiques, d’incinération de déchets ménagers et industriels, de plateformes logistiques avec leur trafic maritime et routier induit, de terminaux pétroliers, méthaniers, céréaliers, et autres cimenteries, émettent en effet quantité de polluants, tous les jours.

Les scientifiques ont donc choisi d’analyser une population représentative de la population des deux villes de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, échantillon sélectionnée par échantillonnage aléatoire afin d’assurer la représentativité de la population de l’étude et de donner ainsi toute leur force aux résultats produits. Après clôture de l’enquête, les scientifiques ont comparé les données concernant la population de l’étude avec les données démographiques complètes issues du dernier recensement général de la population dans les deux villes (en 2012 : INSEE, 2015) : la population de l’étude apparaît, dans sa constitution et ses caractéristiques, comme effectivement représentative de la population des deux villes.

Les résultats obtenus dans l’échantillon aléatoire composé de plus de 800 réponses – totalement représentatif de la population de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, documentent la santé de plus de 2000 habitants dont 454 enfants (soit en tout plus de 8% de la population de ces villes).

Les résultats montrent par rapport à une population identique vivant ailleurs en France:

ASTHME, +58%Une élévation de l’asthme cumulatif chez les adultes (15.8% de prévalence standardisée sur la population française dans notre étude, contre 10% en France), débutant le plus souvent à l’âge adulte ;

CANCERS, +100%  mais +154% pour les femmes; Une élévation des cancers (une prévalence brute de 12% et standardisée France de 10.5%, contre 6% en France), avec un fardeau particulièrement lourd porté par les femmes (14.5% des femmes de notre étude ont ou ont eu un cancer, contre 5.4% des femmes en France) ;

DIABETE, +100%, Une élévation des diabètes tous types (prévalence brute de 12.9% et standardisée France de 11.6%, contre environ 6% de diabétiques diagnostiqués traités ou non en France), avec une élévation significative de la part relative de diabète de type 1 (11.5% de tous les diabètes documentés dans notre étude, en comparaison de 5.6% de tous les diabètes en France) ;

Pathologies Chroniques, + 100% Qu’au minimum, 63% de notre population rapporte au moins une maladie chronique (parmi : asthme, maladie respiratoire autre que l’asthme, allergie respiratoire autre qu’au pollen, affection dermatologique, cancer, maladie auto-immune, maladie endocrinienne et/ou diabète), contre 36.6% en France (pour un indicateur qui englobe plus d’affections chroniques que le nôtre) ;

• Que 63% de notre population est affecté par au moins l’un de ces symptômes chroniques (par ordre décroissant de fréquence dans la population) : irritations des yeux (43.4%), symptômes nez/gorge (39%), maux de tête (37.2%), problèmes de peau (26.8%), saignements de nez (7.5%) ;

• Que plus de 40% de notre population rapporte au moins une affection respiratoire chronique (parmi asthme, allergies respiratoires autres qu’au pollen, et/ou maladies respiratoires autres que l’asthme), et près d’un enfant sur quatre (23%).

Les maladies chroniques et symptômes aigus constituent donc une expérience de santé commune et partagée au sein de la population des deux villes, bien que la plupart des répondants jugent leur santé générale comme excellente ou bonne.

Que peuvent faire maintenant les habitants des pourtours de l’étang de Berre, qui demandaient depuis 10 ans le droit de consulter les fichiers de la sécurité sociale, droit qui leur a toujours été refusé dans une triste tentative de continuer à nier l’évidence, mais qui informe sur la complicité de l’Etat dans ce scandale sanitaire? Attendre toujours une première mesure du ministère de la santé? de la région ou des communes environnantes? Il est malheureusement fort probable que seul la justice pourra faire bouger les choses, mais dans trente années…Faire de nouvelles études est inutile. La seule solution est de quitter les lieux et partir habiter loin de ce Tchernobyl français.

Source

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *