Docetaxel générique : l’ANSM va t-elle de nouveau être obligée de changer de nom?

Voila encore un peu de sang qui éclabousse la facade de l’ANSM, un peu de sang qui n’aurait jamais du couler si les fonctionnaires de l’ANSM était à la hauteur de leur mission. Après avoir été obligée de confirmer une information de presse selon laquelle plusieurs patientes étaient décédées suite à l’injection du générique d’un anticancéreux, le docetaxel, l’ANSM se gardait bien de faire quelque recommandation que ce soit, se contentant d’affirmer qu’un rapport serait rendu début mars 2017. Et pourtant….

Pendant plusieurs jours, la presse questionna des cancérologues ; certains furent surpris d’autres dirent avoir prevenu l’ANSM des dangers de ce générique depuis plusieurs années, d’autres qu’ils ne l’utilisaient plus à cause, justement, de ses effets secondaires, d’autres encore qu’ils l’avaient systématiquement remplacé par un produit différent mais d’efficacité similaire. Bref, la cacophonie régnait et l’ ANSM tout comme la ministre de la santé, sont aux abonnés absents. La fin de règne est proche, on ne sauve même plus les apparences.

En fin de semaine dernière, dans un communiqué bref, l’ANSM proposait finalement à «titre de précaution d’éviter temporairement l’utilisation du docetaxel dans les cancers du sein localisés». Le produit reste cependant utilisable dans tous les autres types de cancers ; Si l’ANSM réagit à la pression médiatique, elle ne pense visiblement toujours pas que le générique Accord du docetaxel puisse être réellement tenu pour responsable. Peut-on imaginer qu’un produit ne serait dangereux que pour les femmes traitées pour cancer du sein mais serait sans danger pour les autres types de cancers pour lequel il peut être prescrit? L’ANSM le pense , « Cette recommandation ne concerne pas, à ce stade, l’utilisation du docetaxel dans ses autres indications thérapeutiques » écrit encore l’organisme national.

Il aura donc fallut 3 jours d’interrogation médiatique pour que l’ANSM se rende compte qu’elle était incapable d’affirmer que le générique incriminé était innocent des 7 décès dans lesquels il fait figure de suspect, 7 femmes qui avaient été traitées pour leur cancer et qui n’auraient jamais du mourrir. Et ce ne sont pas les affirmations de Dominique Martin, Directeur de l’ANSM, selon lesquelles «’il n’y aurait pas de problématique liée au fait que le générique serait différent du princeps, dans sa concentration ou autre chose» (notez la précision du directeur de l’ANSM) qui ont rassuré qui que ce soit. Sans offrir la moindre preuve de ses affirmations, Dominique Martin ajoutait, «il n’y a pas de différence, le générique est tout à fait dans les normes».

Les cancérologues qui eux utilisent le générique du docetaxel et n’en ont pas vu que les dossiers, contredisent totalement cette version de l’ANSM. Selon le Dr Suzette Delaloye (interview publié dans Le Point), chef du comité de pathologie mammaire de l’hôpital Gustave Roussy à Villejuif, qui a vu mourir plusieurs patientes traitées par docetaxel, la qualité du générique est bien en cause ; « Toutes ces femmes ont souffert de troubles ressemblant en tout point à ceux d’un surdosage », ajoutant « Il est possible de penser qu’il y a un problème lié à ce générique, le docétaxel de la firme Accord, mais on ne peut l’affirmer. On peut penser, par exemple, qu’est présent un métabolite toxique, c’est-à-dire un sous-composé du générique initial produit par sa transformation lors du conditionnement ou du transport, ou encore une impureté toxique dans le générique (…)»

Le Dr Suzette Delaloge regrette également la lenteur et le manque de transparence de l’ANSM ; Elle confirme que fin août 2016, suite au décès d’une troisième patientes, l’ANSM et les autorités de tutelle avaient été informées. L’ANSM le fût de nouveau suite à plusieurs autres décès en février 2016, sans, encore une fois, que cela ne provoque aucune réaction. C’est la publication d’un article dans le journal Le Figaro qui a forcé les autorités santiaires à sortir du bois et à prendre, là encore avec retard, des mesures de suspension partielle du générique docetaxel Accord.

Comment expliquer cette indiférence de l’ANSM au sort de femmes bien portantes pourtant décédées sous générique, d’un effet secondaire évitable? Le Dr Suzette Delalogue conclut « l’ANSM aurait peut-être pu suspendre le traitement tout de suite. Ce sont des décisions difficiles, mais des morts auraient sans doute pu être évitées en alertant les professionnels et les patientes plus tôt. »

Ce retard peut-il être imputé à la gêne de l’ANSM après avoir martelé à chaque Français cette campagne intitulée « Le générique ça se mérite », destinée à gommer le sentiment de méfiance vis-à-vis des génériques?  Marisol Touraine, la ministre de la Santé disait alors, « Le médicament générique est un médicament tout court, c’est un médicament qui soigne aussi bien, sans effets secondaires et comme les autres médicaments« . Cette campagne est à revoir à la lumière de ces récents évènements…

Sources

Docétaxel : « Sept décès dans l’année, ce n’est pas un hasard »
Jérome Vincent, publié le  | Le Point.fr

Le générique d’un traitement du cancer du sein mis en cause dans 6 décès
Le Figaro Mis à jour Publié 

 

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