Une étude de l’INVS divise par 10 les chiffres officiels de la mortalité liée à la grippe

L’objectif de cette étude publiée dans le BEH, le bulletin épidémiologique hebdomadaire, par l’INVS, était de comparer les caractéristiques des patients décédés de la grippe H1N1 en 2009-2010 avec les caractéristiques de ceux décédés de la grippe entre 2000 et 2008. Elle est aussi l’occasion de nous interroger sur une donnée rarement publié, la mortalité liée à la grippe.

Selon l’analyse des certificats de décès, sur la durée de l’étude, soit 10 années, 4281 personnes sont décédées de la grippe, une moyenne de 421 par an, un chiffre bien en deçà des proclamations officielles reprises chaque années pour inciter à la vaccination.

Chaque année, des chiffres de 3000 à 4000 voire 7000 décès par an sont présentés aux français. Citons par exemple :
le site de l’institut Pasteur, pour qui “la grippe touche chaque année entre 2 et 8 millions de personnes selon le Groupe d’étude et d’information sur la grippe et provoque entre 1500 et 2000 morts” .
– Les journaux reprennent des chiffres voisins : “Nous savons que chaque année, avec de grosses variations annuelles, la grippe saisonnière touche 2,5 millions de Français en moyenne. Entre 2.000 et 4.000 personnes en meurent” (Médiapart, 31 Août 2009); “En comparaison, la grippe saisonnière fait selon lui en moyenne 6000 morts par an” (L’Express)
– L’ex ministre de la santé Roselyne Bachelot déclare au JDD le 29 août 2009 : “Même si la mortalité de cette grippe H1N1 est probablement comparable à celle de la grippe saisonnière, je rappelle quand même que cette dernière fait entre 2500 et 5000 morts par an dans notre pays“.

Pourquoi tous ces chiffres sont-ils 6 à 10 fois plus élevés que ceux présentés dans l’étude de l’INVS ? Pour apeurer ? Pour faciliter l’acceptation vaccinale ? Par manque d’informations ? En fait les officiels français, sur recommandation de l’OMS qui pense que les certificats de décès sous-estiment la mortalité liée à la grippe, expriment non pas la mortalité réelle liée à la grippe, mais la surmortalité estimée, une extrapolation statistique dont le calcul n’est pas connu et qui permet d’aboutir à plusieurs milliers de morts. Les médias et les officiels ont vite fait, (de manière inconscience ?) de convertir cette extrapolation en mortalité réelle…Pour que tout le monde comprenne?

L’étude de l’INVS montre qu’en fait le taux moyen de mortalité est de 0,42/100 000 habitants entre 2000 et 2008  (soit 252 décès pour une population de 60 millions d’habitants), avec une variabilité en fonction du sexe, soit 0,37 pour les femmes et 0,47 pour les hommes. Au cours de la fameuse pandémie H1N1 de 2009, ce taux en France était de 0,46/100 000, là aussi,  plus élevé chez les hommes (0,57) que chez les femmes (0,37). On voit donc que le taux de mortalité était plus élevé de 0,04 en 2009 et cela pour un nombre de décès total de 349 personnes!

Avant 2009, le virus de la grippe a contribué au décès essentiellement de personnes âgées en moyenne de 81 ans. En 2009, avec le virus H1N1, la moyenne d’âge des personnes décédées était plus basse, 59 ans, la moitié des décès a touché des français de moins de 65 ans. Le contact antérieur avec un virus H1N1 ayant circulé des années auparavant voir au début du XXème siècle a pu contribuer à maintenir une immunité chez les plus âgés des français.

Les malades qui s’aggravent ou décèdent de la grippe saisonnière présentent habituellement des maladies antérieures qui les rendent à risque, parmi lesquelles on retrouve les maladies cardiaques chroniques, l’hypertension, les maladies respiratoires chroniques, les maladies hépatiques chroniques, les maladies rénales chroniques, les déficits immunitaires, l’obésité, le diabète. Concernant la grippe de 2009, les mêmes groupes restaient globalement à risque. On note cependant une moindre atteintes des patients atteints de cardiopathies chroniques (protégés par leur âge ?), et le plus grand risque des déficients immunitaires, des femmes enceintes des obèses et des porteurs de pathologies congénitales.

Ainsi le virus H1N1 qui n’était pas revenu depuis longtemps, a principalement contribué au décès de personnes de moins de 65 ans, déjà atteints de pathologies chroniques. Il existe globalement une surmortalité des hommes par rapport aux femmes. Si le risque couru par les femmes enceintes a été reconnu au cours de la pandémie 2009, les auteurs ne peuvent ici conclure du fait, disent-ils, « du très faible effectif de femmes enceintes».

En 2010-2011, on constate que la vaccination des français contre la grippe est encore en baisse. Pourtant, alors que le nombre de personnes infectées atteindra son sommet la semaine prochaine et que le nombre de cas décroîtra alors sur une dizaine de semaines, seulement 15 décès liés à la grippe ont été enregistrés en France sur la saison 2010-2011. Une projection de 30 décès pour l’année 2010-2011 est-elle envisageable ? Elle devra être expliquée au regard d’un taux de vaccination  qui n’a jamais été aussi bas depuis des années.

Ainsi, si le nombre de décès liés à la grippe est de 200 à 400 personnes par an, en prenant des extrêmes larges, la vaccination de millions de personnes est-elle toujours recommandable (une invitation à la vaccination a été proposée à 12 millions de personnes pour l’année 2010-2011)? Le rapport bénéfice-risque reste t-il en faveur du vaccin? A t-il été réévalué à la lumière de cette étude? A t-on la preuve de la réduction de la mortalité grâce au vaccin dans ces conditions? Nous tenterons de répondre à ces questions dans de prochains articles.


Le Pr Weil-Olivier, la grippe A/H1N1 et le Sénat
envoyé par dailyglub. – L’info internationale vidéo.

Source

Spécificité des caractéristiques de la mortalité liées à la grippe lors de la pandémie de grippe (H1N1° en 2009-2010 en France
Pavla Vicente, Albertine Aouba, Daniel Lévy-Bruhl, Eric Jougla, Grégoire Rey
BEH 11 janvier 2011/n°1

4 thoughts on “Une étude de l’INVS divise par 10 les chiffres officiels de la mortalité liée à la grippe

  1. Il n’y a pas que la mortalité à prendre en compte, la morbidité est importante également.
    Les recommandations ne se basent pas que sur le fait d’abaisser la mortalité d’une maladie.
    Y a-t-il un intérêt financer à vacciner des gens qui ne mourront pas ? Peut être que ça coûte moins cher de vacciner quelqu’un, pour lui éviter de surinfecter sa grippe ou de décompenser une tare pré-existante, avec les frais de traitement, voire d’hospitalisation que ça engendre, même si tous les grippés n’ont pas de complications.

  2. Certes, mais sur quelles bases scientifiques impliquer la morbidité? Dans quelle population? Pour réduire quoi? Le risque de surinfection bactérienne pulmonaire aisément traitée dans la majorité des cas par un traitement antibiotique qui coute quelques euros? L’idéal ne serait-il pas d’avoir des études solides qui répondent à ces question avant de se lancer dans des vaccinations de masse? Docbuzz recherche ces études…

  3. Bonjour,

    En tant que co-auteur de l’article cité, je tiens à préciser que la mortalité attribuable à la grippe n’est pas égale au nombre de décès pour lesquels la grippe est mentionné sur le certificat. Particulièrement pour la grippe, cette pathologie est le plus souvent ignorée par le médecin certificateur, du fait de symptômes trop peu spécifiques. De ce fait, et comme mentionné à plusieurs reprises dans l’article cité, le nombre de décès pour lesquels la grippe est mentionnée sur le certificat sous-estime très largement la mortalité totale attribuable à la grippe.
    Il est par ailleurs indispensable, pour estimer la mortalité attribuable à la grippe, de faire appel à des modèles complexes, et nécessairement entourés d’une marge d’erreur. De ce fait, il n’existe pas de nombre de décès officiels attribuables à la grippe.
    En d’autres termes, je réfutes catégoriquement les interprétations exposées ci-dessus et tirées de l’article.

    Enfin, je tiens à préciser que le premier auteur (le rédacteur) et le dernier auteur (l’encadrant) de cet article sont à l’INSERM-CépiDc, et non à l’InVS.

  4. Ces commentaires sont éclairants puisque l’article de l’INVS évoquait bien le “taux de mortalité lié à la grippe”, ce que d’aucun pourrait interpréter, comme nous l’avons fait d’ailleurs, comme une communication sur les chiffres officiels de la mortalité liés au virus de la grippe qui étaient allègrement cités par les responsables politiques de l’époque. Et si “il n’existe pas de nombre de décès officiels attribuables à la grippe”, pourquoi continuer à vouloir vacciner des millions de personnes chaque année soit-disant pour réduire la mortalité…Tout cela serait donc faux?

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