Le devenir des enfants élevés par un couple gay ou lesbien diffère t-il de celui des enfants élevés par un couple hétérosexuel?

Si la question de l’adoption par des couples de même sexe est toujours au cœur du débat en France et devrait être résolue prochainement à en croire notre premier ministre Jean-Marc Ayrault, plusieurs études américaines se sont déjà interrogées sur le devenir de ces enfants. Aux Etats-Unis, 17% des 580 000 couples de même sexe, gays ou lesbiens (soit 98 000), élèvent actuellement un enfant. Si l’adoption est une des possibilités d’avoir un enfant pour ces couples, car les couples lesbiens font très rarement un enfant, il s’agit le plus fréquemment de couples se constituant après l’échec d’un mariage et dont un des parents forme un nouveau couple avec une personne du même sexe. Etre élevé par des parents de même sexe, influence t-il certaines caractéristiques sociales de l’enfant, son devenir, ou sa sexualité?

En 2005, l’Association Américain de Psychologie (APA) rendait un bref rapport sur ce sujet, concluant après analyse de 59 études publiées qu’ “Aucune étude n’a retrouvé qu’un enfant élevé par des parents gays ou lesbiens n’était désavantagé en aucune manière en comparaison avec un enfant élevé par des parents hétérosexuels“. Cet opinion admis et souvent répété depuis, vient d’être remis en question par deux articles publiés dans la revue Social Science Research et disponibles gratuitement dans leur intégralité. Le premier est une revue critique de cet opinion de l’APA après relecture consciencieuse des 59 études, le second une étude menée par l’université du Texas qui a comparé, en interrogeant 3000 jeunes adultes, les différences émergentes entre ceux élevés par des couples de même sexe ou par d’autres types de famille, hétérosexuelles en couple, mère isolé, couple remarié, etc.

Au cours des dernières décennies, le premier problème de société qui fut étudié fut tout d’abord le devenir des enfants de couples divorcés en comparaison à celui des enfants de couples hétérosexuels non divorcés. Une importante étude longitudinale menée chez 20 000 d’entre eux concluaient que l’avenir des enfants de couples divorcés était plus sombre, et cela même si les parents se remariaient : les différences notées concernaient la santé en générale, la mortalité, le risque de suicide, le risque d’abus de drogues, la criminalité, l’incarcération, la pauvreté intergénérationnelle, l’éducation, la contribution au travail, la précocité de l’activité sexuelle, la précocité d’une première grossesse et le taux de divorces à l’âge adulte. La photographie n’est donc pas reluisante. En comparaison, de petites études montraient en revanche une égalité de devenir entre les enfants élevés par des couples hétérosexuel et des couples homosexuels stables. Toutefois comme l’analyse le premier article publié dans la revue Social Science Research, ces études manquaient souvent d’une méthodologie permettant de généraliser les résultats, avaient suivi un nombre d’enfants trop faible, souvent moins de 50 et comparaient souvent le devenir des enfants élevés par de souples gays et lesbiens non pas à un couple hétérosexuel mas à un parent isolé hétérosexuel, pour lesquels ont sait que le devenir est moins bon. La conclusion de ce premier article était que l’assertion de l’APA ne peut être certifiée et appelait à de nouvelles études. Le second article est une réponse à cette demande.

L’université du Texas à Austin a donc lancé une étude dénommée “The New Family Structures Study”, NFSS, voulant évaluer des jeunes adultes âgés de 18 à 39 ans, élevés par des parents de même sexe ou par des parents de sexe différents. L’équipe scientifique se composait de chercheurs en sociologie, en démographie, et de spécialistes du développement. 3000 participants ont été interrogés. L’étude a isolé 40 items permettant de photographier le devenir de ces jeunes adultes : être vous marié? En concubinage? Employé? Assisté par l’état? Au chômage? Avez-vous fait une tentative de suicide? Suivez-vous une psychothérapie? Etre-vous hétérosexuel (le)? Avez-vous une relation romantique avec une personne de même sexe? Avez-vous déjà été forcé(e) à avoir un rapport sexuel?  Quel est votre niveau d’éducation? Vous sentez-vous heureux? En bonne santé? Etes-vous proche de votre mère biologique? De votre père biologique? Quelle est votre fréquence d’utilisation de drogues, d’alcool de tabac? Avez-vous déjà été arrêté? Avez-vous déjà plaidé coupable d’offense à mineur? Nombre et diversité de partenaires sexuels? Avez-vous été adopté? Quels étaient les revenus de votre famille? Quel était la structure d’origine de votre famille (hétérosexuelle, mère ayant de relation avec une personne de même sexe, père ayant des relations avec une personne de même sexe, parent isolé, beaux-parents), Etes-vous en bonne santé? Combien de temps par jour regardez-vous la TV? Quel est votre état d’anxiété? ….

Quelques résultats (se référer à l’article pour obtenir les résultats exhaustifs) :
– Si le pourcentage  de mariage chez les enfants élevés par un couple lesbien est comparable à celui des enfant élevés par un couple gay (36% vs 35%), le pourcentage de concubinage chez les enfants élevés par un couple lesbien est trois fois plus important que chez les enfants élevé par une famille hétérosexuelle (24% vs 9%). Le pourcentage de mariage chez un enfant adopté atteint 41%, et 43% chez un enfant issu d’une famille hétérosexuelle,
– 69% des couples lesbiens et 57% des couples gays recevaient une assistance de l’état comme 17% des familles hétérosexuelles, 53% des familles recomposées, et 47% des parents isolés,
–  49% des enfants issu d’une famille hétérosexuelle avaient un emploi au moment de l’étude comme 26% des enfants élevés par un couple lesbien, 34% de ceux élevés par un couple gay, 41% des enfants adoptés, et 53% de ceux issu d’une famille recomposée,
– 24% des enfants  élevés par un couple gay avaient récemment pensé au suicide, comme 12% des enfants élevés par un couple lesbien, 5% des enfants élevés par un famille hétérosexuelle et 10% des enfants élevés par une famille recomposée,
- 7% des enfants élevés par un couple lesbien avaient une relation avec une personne de même sexe, comme 12% des enfants  élevés par un couple gay, 4% des enfants élevés par une famille hétérosexuelle, 23% des enfants adoptés et 13% des enfants élevés dans une famille recomposée,
–  40% des enfants élevés par un couple lesbien avaient une relation hors mariage/concubinage, comme 25% des enfants  élevés par un couple gay, 13% des enfants élevés par une famille hétérosexuelle, 20% des enfants adoptés, 32% des enfants élevés dans une famille recomposée,
–  28% des enfants élevés par un couple lesbien étaient au chômage, comme 20% des enfants  élevés par un couple gay, 8% des enfants élevés par une famille hétérosexuelle, 22% des enfants adoptés, 14% des enfants élevés dans une famille recomposée, et 13% des enfants élevés par un parent isolé,
–  23% des enfants élevés par un couple lesbien ont subi les attouchements d’un adulte, comme 6% des enfants  élevés par un couple gay, 2% des enfants élevés par une famille hétérosexuelle, 3% des enfants adoptés, 12% des enfants élevés dans une famille recomposée,
– 31% des enfants élevés par un couple lesbien ont un jour été contraint à un rapport sexuel, comme 25% des enfants  élevés par un couple gay, 8% des enfants élevés par une famille hétérosexuelle, 23% des enfants adoptés, 16% des enfants élevés dans une famille recomposée,  et 24% des enfants issu d’une famille divorcée,
– La consommation de cannabis et de tabac, était plus élevée chez les enfants élevés par des couples lesbiens et encore plus chez les enfants élevé par un parent isolé,
– Les enfants élevés  par des couples lesbiens ou gays témoignaient plus fréquemment d’avoir été arrêté par la police,
- L’index de dépression était plus élevé chez les enfants élevés par des couples lesbiens ou gays en comparaison à tous les autres types de familles,
– Le nombre de partenaires sexuels était 4 fois plus élevé chez les femmes lesbiennes élevées par un couple lesbien que chez les femmes lesbiennes élevées par une famille hétérosexuelle, et 6 fois plus chez les femmes lesbiennes élevées par un couple gay,….

Savoir si les enfants élevés par un couple de même sexe sont différents dépend bien-sûr à qui vous les comparez note l’auteur de l’étude, Mark Regnerus de l’université de Texas. Si est comparé, le devenir des enfants issu de familles hétérosexuelles et stables à des enfants élevés par une mère ayant une relation avec une personne de même sexe, 25 résultats sur 40 divergent en terme de niveau d’éducation, de dépression, d’emploi ou d’usage de cannabis, etc. Si est comparé, le devenir des enfants élevés par des parents hétérosexuels et stables à des enfants élevés par un père ayant une relation avec une personne de même sexe, 11 résultats sur 40 divergent. Il n’est donc pas juste de dire, écrit l’auteur, que le type de famille élevant l’enfant ne produise pas de différences. Par ailleurs, la force de cette étude, en comparaison à d’autres, dit-il, réside dans le nombre élevé d’enfants interrogés et dans leur diversité. Les résultats ont été contrôlés pour le niveau socioéconomique, l’âge, le sexe, les disparités géographiques, l’ethnicité, etc.

“Toutefois, dire qu’il y a des différences statistiques importantes entre les différents groupes évalués ici serait inadéquat” insiste l’auteur, il faut en effet “porter attention à la grande diversité qui existe aux sein des familles de parents de même sexe” : par exemple, le devenir d’un enfant élevé dans une famille gay “stable” est sensiblement le même que celui d’un enfant élevé par un couple hétérosexuel également “stable”. Et même, un enfant élevé dans cette famille gay “stable” a un devenir meilleur que celui issu d’une famille hétérosexuelle divorcée. Par ailleurs, les différences relevées entre les enfants élevés par une mère ayant une relation avec une personne de même sexe et ceux élevés par un père ayant une relation avec une personne de même sexe montre qu’il n’est pas possible ni de généraliser ni de globaliser de manière monolithique le devenir des enfants élevés par des couples de même sexe. “Même si les résultats rapportés ici peuvent être expliqués en partie par une variété de contraintes problématiques pour le développement de l’enfant au sein de familles gays ou lesbiennes (incluant la carence de soutien social aux parents, l’exposition à un stress lié à la stigmatisation, l’absence de sécurité légale pour les parents et de statut de leur relation), l’assertion empirique qu’il n’existe pas de différence notable doit disparaitre” conclu t-il.

L’auteur se refuse à spéculer sur les causes des différences relevées par l’étude NFSS ni même, écrit t-il, “de suggérer que l’orientation sexuelle où le comportement sexuel des parents puisse être responsable des différences retrouvées chez les jeunes adultes interrogés”.

On peut également raisonnablement se demander si finalement évaluer le devenir d’un enfant par rapport à l’orientation sexuelle de son/ses parents est finalement une question adéquate ou même juste. Lorsque qu’il s’agit d’adoption par exemple, ne vaut-il pas mieux dans tous les cas, être élevé par une famille aimante quelle qu’elle soit plutôt qu’au sein d’un foyer?


Source

How different are the adult children of parents who have the same-sex relationship? Finding from the New Family Structures Study (article complet disponible gratuitement)
Mark Regnerus
Social Science Research Volume 41, Issue 4, July 2012, Pages 752–770

Same sex parenting and children’s outcomes: A closer examination of the american psychological association’s brief on lesbian and gay parenting  (article complet disponible gratuitement)
Loren Marks
Social Science Research Volume 41, Issue 4, July 2012, Pages 735–751

Crédit Photo Creative Commons by  Freedom To Marry

 

18 thoughts on “Le devenir des enfants élevés par un couple gay ou lesbien diffère t-il de celui des enfants élevés par un couple hétérosexuel?

  1. Si après ce genre d’études le gouvernement autorise malgré tout les homosexuels à adopter des enfants l’idéologie aura décidément pris le pas sur la raison.

    Les enfants de couples homo sont énormément plus exposés à la dépression, au suicide (24% chez les gais contre 5% chez les hétéros), aux attouchements sexuels (23% chez les lesbiennes contre 2% chez les hétéros), au chômage, se font plus arrêter par la police, consomment plus de drogue, multiplient les partenaires sexuels, sont moins fidèles, etc…

    Les lobbys homos, qui ne représentent heureusement qu’une minorité d’homos mais qui bénéficient de tribunes médiatiques très importantes, ne pensent qu’à leur petits confort et pas du tout au bien-être de toute la société, ses enfants, son avenir.

  2. l’université du texas et l’association américaine de psychologie ne sont pas non plus des références pour l’objectivité des que l’on touches au valeurs morales

  3. Ramir, encore une fois vous ne gardez que les parties qui vous intéressent. La conclusion de l’étude explique au contraire que le niveau social et l’ambiance familiale priment sur l’orientation sexuelle des parents. Et meme que les enfants d’hétéros divorcés sont en moins bonne situation que les enfants d’homos. Bref, une analyse totalement fausse et partiale.

  4. Est-ce que si une étude démontrait que les enfants nés de parents noirs ou chinois ou mexicains avaient plus de chance d’être dépressif, d’être au chômage, de se droguer, d’avoir des attouchements, de se faire arrêter par la police, alors on devrait leur interdire d’avoir des enfants!? Forcément si l’on fait une étude sur un thème aussi large qu’une vie il y aura des différence et les résultats ne seront jamais égaux!!! Je trouve ça horriblement égoïste et ridicule d’interdire à certaines personnes d’avoir des enfants sous prétexte de leur orientation sexuelle! Les enfants battus ont plus de chance de battre leurs enfants que les autres, doit ont leur interdire de se reproduire?!!! Aujourd’hui des milliers d’enfants sont élevés comme ça et s’en portent très bien, ils ne sont juste pas reconnu par une société arriérée!!! Il y a 50ans les pères ne s’occupaient pas de leurs gosses et tout le monde trouvait ça normal, aujourd’hui 2 pères veulent faire le boulot et on leur tape dessus! C’est n’importe quoi!

  5. Il y a une grave confusion dans cet article, entre « enfants élevés par un couple lesbien » et enfants dont la mère a eu, même une seule fois dans sa vie (et même si ça n’a duré que 10 jours !), une aventure homosexuelle ; c’est ce que Mark Regnerus a classifié comme LM (lesbian mother).
    Et même remarque concernant les GF (gay father).

    Parmi les 163 répondants “LM”, il n’a trouvé que 6 enfants ayant été effectivement élevés par un couple de deux femmes, ce qui est statistiquement non-significatif. Tous les autres LM que ces 6 là ont été élevés dans une variété de situations différentes, par de la famille, dans des foyers ou familles d’accueil, etc.
    Et d’ailleurs, ces 6 enfants obtenaient des résultats équivalents à ceux des enfants élevés dans les IBF (famille biologique intacte).

    C’est l’auteur lui-même qui le signale ici sur son blog :
    http://www.patheos.com/blogs/blackwhiteandgray/2012/06/q-a-with-mark-regnerus-about-the-background-of-his-new-study/

  6. Il est effarant de constater que l’intervenant ⑧ nous balance un énorme & indigeste copié-collé rempli de poucentages, à propos d’« enfants élevés par des couples lesbiens » (ou gays), alors même que le message précédent explique clairement pourquoi l’article de Regnerus *ne parle aucunement* d’enfants élevés par des couples lesbiens…

    Et pour cause !

  7. Ramir, vous n’avez visiblement pas tout lu…

    ““Toutefois, dire qu’il y a des différences statistiques importantes entre les différents groupes évalués ici serait inadéquat” insiste l’auteur, il faut en effet “porter attention à la grande diversité qui existe aux sein des familles de parents de même sexe” : par exemple, le devenir d’un enfant élevé dans une famille gay “stable” est sensiblement le même que celui d’un enfant élevé par un couple hétérosexuel également “stable”. Et même, un enfant élevé dans cette famille gay “stable” a un devenir meilleur que celui issu d’une famille hétérosexuelle divorcée.”

  8. Ramir : Ouai, ‘fin en même temps, dans un pays où l’homosexualité est considérés comme : “Les homosexuels sont une partie de Satan et leur vie n’est qu’aliénation.” (Michele Bachmann : candidate aux primaires républicaines, à titre d’exemple) ça ne m’étonne pas que certains pensent au suicide. Je suis désolée, de telles assertions dans la bouches d’élus ne peut conduire qu’à l’intolérance, le rejet et la dépression nerveuse (et c’est bien normale !)
    Nous évoluerons le jour où l’identité sexuelle ne sera pas source de rejet et de discrimination. Pour ma part je ne fais pas confiance à une étude menée dans un pays où les meurtres d’homosexuels sont fréquents. Heureusement qu’en France ce n’est pas le cas, et c’est ce qui me donne de l’espoir pour cette cause.
    Et je suis désolée, mais dans tous les témoignage que j’ai eut la chance d’entendre, d’écouter ou de lire, il n’était question que de normalité, et d’une enfance heureuse, tout à fait banale. Contre ça, mes pauvres amis, vous ne pouvez rien.
    Quant à penser au confort des enfants, cher Ramir, croyez vous sincèrement qu’un enfant sera plus heureux dans un orphelinat que dans une famille aimante, fusse-t-elle homosexuelle ?

  9. Attention à ne pas confondre le fait qu’un enfant ait été élevé par une famille homoparentale, ou le fait qu’un de ses parents ait eu une relation homosexuelle.

    Voici les questions posées aux répondants:
    “From when you were born until age 18 (or until you left home to be on your own), did either of your parents ever have a romantic relationship with someone of the same sex?” Response choices were “Yes, my mother had a romantic relationship with another woman,” “Yes, my father had a romantic relationship with another man,” or “no.”

    Le titre de votre article est trompeur et ne reflète pas le contenu des articles sur lesquels vous vous basez. Vous poussez le lecteur à un biais de confirmation. C’est malhonnête.

  10. “Lorsque qu’il s’agit d’adoption par exemple, ne vaut-il pas mieux dans tous les cas, être élevé par une famille aimante quelle qu’elle soit plutôt qu’au sein d’un foyer?” Ça n’a strictement rien à voir avec le thème de l’article ! La conclusion de ces études c’est qu’en général un enfant gagne à être élevé par un couple hétérosexuel et qu’il sera plus heureux. C’est là que réside le choix. Pas entre la DAS et un couple homo.

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