Des virus oncolitiques mettent en rémission un cancer terminal

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Les virus oncolitiques sont une des approches biologiques du traitement des cancers, dont l’histoire débute il y a déjà 25 ans. Une équipe de la Mayo Clinic publie les cas de deux patientes souffrant d’un myélome  dont le cancer a bien réagit à l’injection de virus modifiés de la rougeole; l’une d’elle est totalement débarrassée pour l’instant de toute trace détectable de tumeur.

Les virus oncolitiques  sont des agents anti-cancers prometteurs parce que, du fait de leur diversité et de leur complexité, ils peuvent incorporer une grande variété de nouvelles cibles tumorales et de mécanismes capables de détruire les cellules tumorales. En 2012, une expérimentation montrait leur capacité à engendrer une réponse immunitaire ciblant les cellules d’un mélanome métastatique.

Leur capacité à détruire un cancer disséminé n’avait jamais été étudié. C’est ce que rapporte cette publication de la Mayo Clinic chez deux patientes souffrant d’un myélome multiple, un cancer ou des cellules plasmatiques infiltrent la moelle osseuse, le squelette, et les tissus mous. C’est un cancer qui devient classiquement résistant aux chimiothérapies et est rarement guérit. Les cellules tumorales sécrètent une immunoglobuline dont le dosage permet d’évaluer l’importance du cancer ou de suivre sa réduction sous traitement. Il y a 45 000 cas par an de ce cancer aux USA et 4000 en France. La durée de vie moyenne est de 5 ans après le diagnostic. C’est la maladie dont décéda Bourvil.

La lignée de virus de la rougeole utilisée est très particulière : c’est un virus recombiné dérivé d’une lignée atténuée  qui a été  adaptée pour pouvoir se développer sur des cellules cancéreuses humaines. en plus ce virus a été modifié pour exprimer une protéine (NIS) permettant de suivre la diffusion du virus par de simarres scanner.Le virus de la rougeole est un allié intéressant puisque non seulement il dispose d’outils génétiques lui permettant de pénétrer et d’infecter une cellule mais aussi de donner l’ordre à cette cellule de fusionner avec les cellules adjacentes afin de les contaminer. en plus le virus de la rougeole modifié cible (à la différence du virus naturel) une protéine CD46 qui est très fortement exprimée par les cellules d’un myélome humain. La sensibilité du myélome est dose dépendantes et des études menées chez l’animal n’avait pas montré de phénomène toxique y compris à des doses très importantes.

Les deux patients ont été sélectionnées car elles étaient séronégatives à une exposition au virus de la rougeole (le traitement ne pourrait pas marcher chez des personnes vaccinées contre la rougeole?) et qu’elles ne répondaient pas à la chimiothérapie conventionnelle : elles avaient donc une durée de vie très faible. Le but de cette étude de phase 1 était donc d’évaluer les effets toxiques potentiels du traitement administré à forte dose (En général ces tests se déroulent chez des volontaires sains sauf pour les traitements anticancéreux qui eux sont évaluer chez des malades car il ne serait pas raisonnable d’exposer des patients sains à des traitements anticancéreux). La première patients était âgée de 49 ans et le diagnostic de myélome avait été posé 9 ans auparavant; au moment de l’étude, le PET-scan révélait une diffusion osseuse multiple. La seconde patiente avait 65 ans et son myélome avait été diagnostiqué 7 années auparavant. Son myélome était à un tel niveau de diffusion que d’innombrables métastases de 2 à 7 centimètres étaient palpables sur ses muscles et ses extrémités. la plus grand tumeur faisait 8 centimètres de diamètres.

Les deux patientes ont reçu une injection de 100 ml de sérum physiologique contenant 10 milliards de virus modifiés de la rougeole. La première patiente a eu de violent maux de tête lors de l’injection et est devenue fébrile (40,5°) deux heures après l’injection, son coeur s’est accéléré jusqu’à 175 battements/min,  et sa tension artérielle s’est abaissée. Elle a eu des nausées et des vomissements. A l’endroit de l’injection, une thrombose veineuse est apparue. Elle n’a reçu aucun traitement anticancéreux autre au cours des 9 mois suivants. La seconde patiente a subi les mêmes effets secondaires.

Le traitement s’est montré efficace chez les deux patientes. Pour la première, l’immunoglobuline sécrétée par les cellules tumorales et qui sert de marqueur s’est rapidement effondré et est normal 7 mois après, avec une augmentation néanmoins minime au 9ème mois. Pour la deuxième patiente, l’immunoglobuline s’est abaissée de 75% mais cette baisse ne s’est pas maintenue. Chez les deux patientes les biopsies de moelles montraient une disparition des plasmocytes tumoraux. La patiente numéro 1 notait 36 heures après l’injection l’affaissement d’une tumeur palpable au bras gauche. La patiente numéro 2 notait également une réduction de ses tumeurs métastatiques mais à 6 semaines leurs tailles ne s’étaient pas réduites. Une imagerie au PET-Scan montrait bien une disparition des tumeurs de la première patiente (cf photo).Mais 9 mois après le traitement, on notait de nouveau une réapparition de la tumeur frontale : une radiothérapie y a été appliquée.

Si le myélome n’a pas été vaincu chez la patiente numéro 2, la patiente numéro 1 est toujours en rémission 9 mois après l’injection de la virothérapie oncologique, une première dans ce type d’études.

Le suivi par imagerie des virus marqué démontrait bien qu’ils avaient ciblé les cellules cancéreuses. Cette constatation apporte en plus un rationnel important à une amélioration du traitement : il sera intéressant de combiner l’attaque virale avec des injection de iodine 131 radioactive, capable de se fixer sur ces virus attaquant la tumeur et permettant alors de délivrer directement dans la tumeur des radiations beta, capables de détruire encore mieux ces cellules cancéreuses (radiovirothérapie). Les médecins de la Mayon Clinic préparent actuellement la phase 2 de cette expérimentation, les virus de la rougeole sont en culture.

Source

Remission of Disseminated Cancer After Systemic Oncolytic Virotherapy
Stephen J. Russell, MD, PhD; Mark J. Federspiel, PhD; Kah-Whye Peng, PhD; Caili Tong, MS; David Dingli, MD, PhD; William G. Morice, MD, PhD; Val Lowe, MD; Michael K. O’Connor, PhD; Robert A. Kyle, MD; Nelson Leung, MD; Francis K. Buadi, MD; S. Vincent Rajkumar, MD; Morie A. Gertz, MD; Martha Q. Lacy, MD; and Angela Dispenzieri, MD
Mayo Clin Proc. 2014

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