Le Sovaldi : Trop cher pour la France, mais pas pour le Québec ; Vive le Québec Libre !

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L’ensemble de la presse française, efficace relais de l’atermoiement de nos économes députés, dénonce le coût présumé du nouveau traitement contre l’hépatite C, le Sovaldi (Sofosbuvir), un médicament produit par le laboratoire américain Gilead.  Mais les chiffres cités ne sont jamais référencés. En fait, le comité économique du médicament négocie actuellement le prix avec le laboratoire. Mais la manipulation commence…

-Le Nouvel Observateur : Sovaldi, le médicament qui coûte 2,50 euros à produire et que le labo veut vendre 650 euros

Le Monde : Hépatite C : le nouveau hold-up des labos – Europe 1 : Hépatite C : le médicament hors de prix qui choque les députés

– La Dépêche.frHépatite C : un médicament vendu 280 fois plus cher que son prix …

Notre pays, baigné de médecine low-cost et d’un esprit politique poststalinien d’encore moindre valeur, ne pouvait que réagir vivement à l’argument puissant développé par les médias sponsorisés : le Sovaldi, ce nouveau traitement de l’hépatite C, serait vendu 280 fois son prix de production! Cette information, cette accroche pourrait-on dire, est évidemment fleurie de toute l’indignation courroucée des journalistes étatiques, trop fiers de résumer leur pensée en quelques mots percutants. Imaginez, 280 fois son prix de production, quelle honte ! Heureusement, 5 vaillants députés, G Bapt, C Lemorton, JL Touraine, B Laclais et O Véran, géniaux inventeurs de  ce message antilabo et Artabans de l’économie nationale, « ont décidé de demander un rendez-vous au président du groupe pharmaceutique (Gilead) pour qu’il revoit à la baisse le tarif de ce médicament extrêmement efficace»! Et comment! Bon, finalement, ils ont fait un courrier postal, tout de même rendu public lundi 7 juillet. La démagogie, ça se bichonne. Ce serait trop bête de partir en guerre contre un méchant laboratoire sans que le bon peuple que l’on sert n’en soit pas informé. Surtout si en fait, le prix négocié est bien plus bas!

Ce chiffre “présumé”, donc, « 280 fois le coût de production », a été utilisé par Catherine Lemorton, la présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale lors d’une interview sur la radio Europe 1 sans qu’elle ne cite sa source. Aucun des articles de presse qui se sont empressés de répéter ce chiffre ne l’identifie ni ne l’explique; S’il est faux, peu importe. Nous avons pu retrouver une source : ce chiffres pourrait en fait être extrait d’un courrier adressé par Michael Weinstein, Président de la AIDS heathcare Fundation aux directeurs américains du Medicaid afin de leur demander de ne pas enregistrer le Solvadi sur les listes de remboursement du fait de son prix (84 000 dollars pour 12 semaines de traitement). Mais personne ne sait si ce chiffre est réel, ce qui n’a pas empêché C. Lemorton de le reprendre à son compte. Notre “club des 5” de la rue de l’Université, dans sa lettre adressée au président de Gilead, appuie toute sa démonstration sur ce chiffre, indiquant encore que traiter 60 000 patients couterait 3 milliards d’euros (environ 50 000 euros par patient), sans répondre à la question suivante, « mais combien cela coutera-t-il de ne pas les traiter ? »

Afin de ne pas se laisser impressionner par ces journalistes grands manipulateurs de chiffres, il est facile d’imaginer qu’un simple coût de production n’a en réalité aucune signification, sinon celle de confirmer que les journalistes prennent leurs lecteurs pour des incultes : en effet, le prix d’un médicament reflète la durée et l’investissement de la recherche menée sur les 10 à 20 années précédentes et sur celle qui lui fera suite. Pour la communauté, il ne peut être évalué qu’en comparaison à ce qu’il évitera de dépenser. En effet tout malade chronique, dans le cas présent, des patients souffrant d’une hépatite C, nécessite des soins, des hospitalisations et cela pendant des années, la prise en charge de ses complications, de ses arrêts de travail, voire de ses handicaps secondaires. La science s’attachant à mener cette comparaison s’appelle la pharmaco-économie, une science certainement trop complexe pour nos députés et nos journalistes. Si le coût du traitement par le Sovaldi, capable de guérir des patients en 12 semaines, revient moins cher que la prise en charge thérapeutique et chronique de nos patients souffrant d’une hépatite C sur des années (ou en mourant), alors le Sovaldi est un médicament non seulement intéressant pour le patient mais aussi pour la communauté, qui en l’utilisant, réduira non seulement la diffusion de ce virus mortel mais fera des économies et permettra à des malades de revivre, de retravailler et de participer à l’effort économique de la nation.

En France, il est supposé (car aucune étude fiable n’a été menée), que le virus de l’hépatite C touche 235.000 personnes dont 20% ont déjà une cirrhose ou un cancer du foie. Le Sovaldi permet de guérir près de 90% des malades.

Il existe actuellement des traitements disponibles sur le marché pour traiter l’hépatite C : plusieurs interférons sont utilisés mais parfois au prix de nombreux effets secondaire. La ribavirine s’est additionnée à l’interféron plus récemment. Déjà, la combinaison de ces deux traitements, interféron pelygé et ribavirine a un coût estimé à 25 000 euros (Wong en Nevens, 2002). Aucune étude coût/efficacité n’a jamais été menée en France pour évaluer l’intérêt de cette dépense. A noter qu’une greffe hépatique a un coût de 70 000 euros en année 1 et presque 20 000 euros par an les années suivantes. Le coût d’une fin de vie ou d’un traitement du cancer du foie est également d’environ 20 000 euros. Il existe par ailleurs de nombreuses alternatives thérapeutiques, comme l’adefonir, le tenofovir, l’entecavir, l’emtricitabine, etc. Leur efficacité est variable en fonction des génotypes, 1, 2,3 ou 4 du virus contaminant. Dans ce traitement de l’hépatite C, chaque patient est unique et les médecins sont les seuls à même de savoir quel traitement pourra être le plus utile. Nos députés, cumulant indistinctement tous les patients souffrant du virus de l’hépatite C, tentent, en faisant appel à l’opinion publique chauffée à blanc par les excès de dépenses de ces mêmes gouvernants, de trouver une échappatoire à la nécessité de mettre à disposition des malades un traitement efficace, qui sauvera des vies, évitera des hospitalisations, laissera des greffes de foie à des malades souffrant d ‘autres pathologies, etc. Rien ne dit aujourd’hui que tous les patients souffrant d’une hépatite C auront besoin du Solvadi. Seule une sérieuse étude pharmaco-économique permettrait au payeur de connaitre le rapport coût/efficacité.

Dépense t-on autant ou plus pour d’autres maladies? Oui, bien sûr! Une trithérapie contre le Sida, un traitement à vie, coûte jusqu’à 18 000 euros par an (04/2013) soit, pour seulement trois ans, le prix demandé par Gilead pour débarrasser un patient de l’hépatite C. Les patients atteints de l’hépatite C ne nécessitent-ils pas le même soutien de la communauté?  De quel droit ce club des 5 décide du sort des malades?

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Sachez que la petite province Canadienne de Québec vient d’enregistrer le Sovaldi : l’agence Quebecquoise de santé a elle réalisée son étude de pharmaco-économie : «L’évaluation prioritaire de l’INESSS débouche sur la recommandation de traiter les patients atteints d’une infection au virus de l’hépatite C de génotypes 1 et 4, peu importe l’ampleur de la fibrose. » et ce à compter du 4 juin 2014 : « l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), qui en est venu à la conclusion que le Sovaldi présente une valeur thérapeutique et clinique, ainsi qu’un bon rapport coût‑efficacité, est bien toléré et offre d’importants avantages sociaux à la population en général. L’INESSS attribue au Sovaldi plusieurs bienfaits par rapport aux traitements antérieurs, notamment une durée de traitement plus courte (12 semaines), un profil positif sur le plan des effets secondaires (anémie et éruptions cutanées) et une administration facile, soit un comprimé par jour (avec le PEG-Interféron et la ribavirine) sans diète particulière. De plus, l’INESSS soutient que le Sovaldi vient répondre à un important besoin en soins de santé pour traiter le VHC de génotype 4, puisque seul un traitement au PEG-Interféron et à la ribavirine était utilisé jusqu’à maintenant.  Au Canada, le prix sera de 84 000 dollars pour traiter un patient : une études pharmaco-économique met en évidence qu’un patient mâle, âgé de 35-39 ans coûtait entre 50 000 et 327 000 dollars pour traiter son hépatite C (Cf image). Utiliser le Sovaldi sera donc rentable selon la province Quebécoise.

Après avoir obligé la population à ne consommer plus que des génériques dans le but de réduire les dépenses de santé sans aucune amélioration du service médical rendu aux malades (bien au contraire !), les députés français voudraient aujourd’hui priver les malades qui en ont tant besoin, d’un traitement éradiquant l’hépatite C dans 9 cas sur 10. La médecine low-cost à la Française s’étend encore. Notez que l’agence du médicament Italienne, plus maligne que l’ANSM, a négocié avec Gilead la mise à disposition  gratuite du Sovilda pour ses patients atteints d’une hépatite C dans un cadre d’un programme d’usage compassionnel, en attente du remboursement.

Tient, une idée…les régimes spéciaux de retraite coutent 8 milliards chaque année; si ces fonctionnaires acceptaient de se sacrifier en ayant la même retraite que les salariés du privé, on pourrait sauver tous les patients atteint d’une hépatite C en France? Mais peut-être que le “club des 5” ne va pas aimer l’idée?

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Sources

AHF supports AHIP’s labeling of solvadi pricing as “unsustainable”, reaffirms call for exclusion from medicaid formularies June 12, 2014 06:10 PM Eastern Daylight Time

Le Québec devient la toute première province à rembourser le Sovaldi® pour traiter l’hépatite C chronique 2 juin 2014 21:23

New Analysis Reveals the Escalating Costs Associated with Untreated Chronic Hepatitis C (Source de l’iconographie) 28 Mai 2014

 

One thought on “Le Sovaldi : Trop cher pour la France, mais pas pour le Québec ; Vive le Québec Libre !

  1. Bonjour,
    je viens régulièrement sur votre blog que je trouve très intéressant et surtout fort généreux.
    je trouve un soutien dans votre blog.
    Merci beaucoup. et peut-être à bientôt.

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