En Afrique, Ebola crée le chaos

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C’est la pire épidémie de virus Ebola que l’Afrique ait jamais connue. L’incapacité des gouvernements locaux, le manque de préparation des équipes hospitalières locales voire leur refus de prendre en charge les patients par peur d’être contaminés, et la faible réponse internationale du début, portent une grande part de responsabilité dans l’extension rapide de la maladie dont le premier cas fut détecté en mars 2014 en Guinée et qui à ce jour a contaminé 1323 personne et causée 729 morts dans 4 pays. La mise en place de mesures d’exception pourra seule faire refluer l’épidémie.

En Guinée, des villages isolés comme Kolo Bengou ou Wabengou sont bloqués par des villageois armés qui interdisent l’entrée aux équipes sanitaires de peur qu’ils apportent avec eux le virus Ebola, alors même que plusieurs villageois en sont déjà décédés ; parfois les véhicules officiels sont attaqués. Cette défiance vis-à-vis des équipes de Médecin Sans Frontière ou de la Croix Rouge va encore favoriser la propagation du virus Ebola. Au moins douze villages de Guinée sont considérés « Rouge » par Médecins Sans Frontière, c’est à dire contaminés mais inaccessibles par les équipes médicales.

Le virus Ebola ne se transmet que par contact direct avec les sécrétion ou les fluides corporels d’un malade ; sueur, salive, urine, fèces, sang, vomis, etc. Pour pénétrer un hôte il doit entrer en contact avec les yeux, la bouche ou les narines, un passage peu complexe vu le nombre de fois par jour ou un être humain se frotte les yeux, ou se touche la bouche ou le nez. Ce mode de contamination explique la rapidité de diffusion au sein d’un hôpital ou d’une famille prenant soin d’un malade ou encore pratiquant la toilette mortuaire. Les soignants sur place doivent donc être équipés des pieds à la tête, de combinaisons intégrales, de bottes, de gants et de masques clos, un équipement difficile à supporter en Afrique mais vital. Le retrait de cet équipement suit un protocole très précis. Il doit ensuite être incinéré.

Dix jours après la pénétration du virus, commencent les premiers symptômes, un délai expliquant comment des malades qui s’ignorent peuvent voyager loin et ainsi propager le virus. La maladie débute comme la plupart des infections virales par une fièvre élevée, des maux de tête et des douleurs. Un rash cutané, des diarrhées et vomissement suivent. Plus de 50% des patients vont souffrir ensuite d’hémorragies, de vomissements hémorragiques, de sang dans les urines ou dans les selles ; le sang peut aussi s’écouler des yeux ou de la bouche. Ces pertes sanguines abaissent la pression artérielle et réduisent les débits sanguins dans le cœur, le foie et les reins pouvant conduire à des arrêts cardiaques ou à une insuffisance rénale et hépatique. Plus de 60% des cas sont fatals au cours de cette épidémie.

L’origine du virus est mieux comprise. Comme pour le MERS qui sévit toujours sévèrement en Arabie Saoudite, les chauves-souris seraient le réservoir naturel du virus. Ce virus, mortel pour les hommes, l’est aussi pour les singes ou les gorilles, antérieurement suspectés d’en être le réservoir naturel. L’homme comme le singe, se contamineraient initialement en ingérant de la nourriture souillée par des déjections de chauves-souris, ou en touchant des zones contaminées par ces déjections portant ensuite à leur yeux, bouche ou nez, le virus qui y survit. La zone de départ de l’épidémie actuelle était le village de Guéckédou, une zone communément infestée de chauves-souris.

L’absence de mise en place rapide et efficace de mesure d’isolement a facilité la diffusion du virus dans tous les territoires alentours. Le premier cas d’un malade ayant voyagé par avion jusqu’au Nigeria, un américain travaillant au Liberia et décédé à Lagos quelques jours après, le 25 juillet 2014, confirme la nécessité d’un blocus de l’aviation civile qui n’a toujours pas mis en œuvre ; l’hôpital dans lequel il fut hospitalisé a été précipitamment fermé après son décès pour décontamination. Cette incapacité des gouvernements des pays Africains touchés à réagir promptement a nourrit la défiance des populations vis-à-vis des autorités et rendu les équipes médicales officielles suspectes aux yeux des habitants qui ne souhaitent compter plus que sur eux-mêmes. Les critiques sont virulentes au sein même des pays touchés : Au Sierra Leone, l’ouverture d’une centre de traitement à Kenema, une zone densément peuplée attire la critique, tout comme l’absence des leaders politiques au front de la maladie au Sierra Leone (blog PoliticoSL)

Les médecins, dont de nombreux étrangers arrivés sur place par le biais d’associations comme MSF, tentent de soigner au péril de leur vie : plusieurs ont déjà payé de leur vie leur dévouement à ces populations : entre 20 et 30 d’entre eux seraient décédés du virus contracté au chevet des malades : Le médecin à la tête des équipes de lutte contre Ebola en Sierra Leone est décédé récemment, une disparition annoncée par le ministre de la santé de ce pays, tout comme un des principaux médecin luttant contre le virus au Liberia. Selon Samaritains Purse, une association humanitaire, un médecin américain est également décédé et un soignant a contracté le virus mortel, tous deux ont été rapatriés aux Etats-Unis pour être traités. C’est l’hôpital universitaire Emory d’Atlanta qui accueillera tous les américains contaminés et rapatriés dans une zone d’isolement.

La peur d’une diffusion du virus en dehors des frontières de l’Afrique de l’Ouest a également fait réagir les autorités Britanniques et Françaises : selon le NYT, Lucy Moreton, directrice des services d’immigration britannique s’est ouvertement inquiétée des mesures à mettre en place si une équipe de vol à bord d’un avion suspectait un passager malade d’être porteur du virus, regrettant qu’aucun guideline n’ait été édicté, que personne n’ait été formé et qu’aucun local sanitaire ne soit capable d’accueillir de tels patients aux frontières de l’Angleterre. En France, la seule réponse de la ministre de la santé, Marisol Touraine, a été d’affirmer dans la presse que “notre pays a les moyens de faire face”, sans apporter aucune précision. Gageons que des problématiques identiques à celles soulevées par les Britanniques émergeront en cas d’urgence. L’association internationale du transport aérien (Genève), a elle fait savoir que rien ne changeait pour l’instant pour l’aviation civile, l’OMS n’ayant émis aucune demande particulière.

Face à ce virus devenu incontrôlable, les gouvernements locaux ont cependant enfin commencé à réagir : Au Nigéria, les frontières ont été fermées, l’armée a été déployée et les maisons sont fouillées quartier par quartier à la recherche de malades. Les passagers aériens présentant un syndrome fébrile seront testés. Le Ghana voisin vient de mettre en place la même mesure. En Sierra Leone, le président Ernest Bai Koroma a déclaré l’urgence sanitaire et promis le soutien de l’armée pour épauler les équipes sanitaires : toutes les zones touchées vont enfin être mises en quarantaine. Les réunions publiques sont interdites et tous les voyages officiels annulés. Au Liberia, les écoles vont être fermées, les fonctionnaires sont mis en disponibilités pour les 30 prochains jours et les forces de sécurité sont déployées dans le pays.

L’OMS vient juste de débloquer, jeudi 31 juillet, 100 millions de dollars afin d’envoyer plus de spécialistes et de matériels dans les pays touchés. Le Center for Disease Control d’Atlanta (USA), seule agence gouvernementale au monde réellement capable de gérer une crise épidémique, va envoyer sur place 50 spécialistes. Ce même CDC recommande aux Américains d’éviter tout voyage dans cette zone, Guinée, Sierra Leone et Liberia. Toute personne tombant malade et nécessitant des soins hospitaliers risque en effet d’être en contact de malades infectés par le virus : par manque de moyens et de savoir-faire, les hôpitaux sont vraisemblablement devenus des lieux de diffusion du virus.

Selon les experts du CDC, si toutes les mesures indispensables sont prises et maintenues le temps nécessaire, il faudra pas moins de six mois pour reprendre le contrôle de l’épidémie.

Sources

Emergency Efforts in africa to Contain Ebola as toll rises
Adam Nossiter
NYT, 31 juillet 2014

NYT Fear of ebola breeds terror of physicians
Adam Nossiter
NYT, 27 juillet 2014

What you need to know about the Ebola Outbreak Q&A
NYT, July 31 2014

Crédit Photo Creative Commons by  John Atherton
“1967 or 1968 outside a cave near the top of Kufan Mountain, not far from Balandugu, Sierra Leone. In 2014 it was suspected that bats might be spreading the Ebola virus that has killed numerous people in the neighboring countries of Guinea and Liberia.

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