Les pilules de 2e génération plus dosées en œstrogène favorisent la survenue d’un cancer du sein (où quand les journalistes augmentent le risque de cancer du sein des femmes qui les écoutent encore)

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La prise d’une pilule plus fortement dosée en œstrogène expose à une augmentation du risque de cancer du sein démontre une étude menée sur des milliers de femmes et publiée dans la revue Cancer Research. Cette nouvelle information est d’importance quand on se rappelle que nombre de françaises, abusées par le matraquage médiatique contre les pilules de 3e et 4e générations, ont abandonné leur pilule souvent moins dosées en œstrogène pour de plus dosées.

L’étude publiée dans la revue Cancer Research est une étude cas-contrôle menée chez des femmes de 20 à 49 ans, incluses entre 1990 et 2009 : 1102 femmes avec un cancer invasif de sein constituaient le groupe cas et 21 952 autres femmes constituaient le groupe contrôle. La prise de contraceptif a été évaluée chez chaque participante. Les contraceptifs oraux étaient classés en fonction de leur dose d’œstrogène en 3 catégories : dose faible (20 mg éthinyl œstradiol (EE)), modérée (30–35 mg EE ou 50 mg mestranol), élevée (50 mg EE ou 80mg mestranol). Le progestatif associé était classé en fonction de sa structure chimique (noréthindrone, noréthindrone acétate, et éthynodiol di acétate; lévonorgestrel, norgestimate, norgestrel, et desogestrel;). Pour chaque femme un total de l’œstrogène et de la progestine absorbés était réalisé, la durée d’exposition était notifiée.

Les résultats démontrent que l’utilisation de certains contraceptifs actuellement disponibles sur le marché s’associent avec une augmentation du risque de cancer du sein parmi les femmes de 20 à 49 ans : tous produits confondus, ce risque de cancer du sein est augmenté de 50% en comparaison à une non utilisatrice de pilule. Mais ce résultat cache des variations importantes en fonction du type de pilule utilisée. Ce risque serait également très fortement lié à la durée de la prise de la pilule.

Le risque varie en fonction du type de pilule : les pilules fortement dosées en œstrogène étant plus à risque. Si le risque est comparable chez des femmes utilisant une pilule faiblement dosée en œstrogène et des femmes ne prenant pas la pilule ; celles-ci seraient donc à privilégier. En revanche, le risque de cancer du sein augmente de 60% chez les femmes prenant une pilule modérément dosée en œstrogène, et de 270% pour les pilules les plus fortement dosées en œstrogène. Le risque peut également augmenter avec le dosage du progestatif, les plus faibles doses étant les moins à risque.

Parmi les différents associations analysées, on retiendra que celles contenant de l’éthynodiol di acétate, ou de hautes doses de noréthindrone (pilules triphasiques), s’associent à une augmentation du risque de cancer du sein respectivement de +260%, +310%, tandis que les pilules faiblement dosées en œstrogène et les autres formulations n’augmentent pas ce risque de cancer du sein. Préférer donc une pilule avec 20 ug ou moins d’éthinyl oestradiol, mais ceci est dans tous les cas, à discuter en fonction de vos antécédents et état de santé actuelle avec votre médecin.

En 2013, une fièvre anti pilule a brutalement submergé les médias français. Il fallait taper dur sur les pilules de 3e et 4e génération, sur les gynécologues qui ne savaient pas les prescrire correctement et sur les labos qui avaient osé les créer et les promouvoir car elles entrainaient une survenue plus fréquente de risques thromboembolique veineux. «Pilule : attention danger», écrivait le magasine LE POINT. La journaliste Sophie Caillat, tentant d’étendre le domaine de la lutte idéologique publiait dans Mediapart un article « Pilule de troisième et quatrième génération : le scandale atteint la France » (alors que seule la France a vécu cette redécouvertes d’effets secondaires connus depuis 40 ans). D’autres journalistes, C. Deffontaines et B. Rocfort-Giovanni dans le Nouvel Observateur, expliquaient «Pourquoi il faut jeter sa pilule de dernière génération», assurant que «A part un surcroît de risque de thrombose veineuse par rapport à leurs aînées, les contraceptifs de 3e et 4e génération n’apportent rien». Toujours promptes à manipuler l’information de manière sélective pour la faire coller à leur pensées dogmatiques, ces journalistes ont volontairement cantonné le rapport/bénéfice risque des pilules à la survenue de thromboses veineuses, expliquant que sans pilule, entre 0,5 et 1 femme sur 10 000 fait dans sa vie une thrombose, 2 avec des pilules de 2e génération et entre 3 et 4 avec les pilules de 3e ou 4e génération.

Or, dans la plupart des cas, ces accidents surviennent justement chez des personnes à risque qui n’auraient peut-être pas du prendre la pilule ou qui n’auraient peut-être pas du fumer en prenant la pilule ; par ailleurs, toutes les pilules de seconde génération sont très différentes les unes des autres, etc. Tous ces détails qui nuisent à la simplicité du discourt sont évidemment mis de côté au profit d’un argumentaire simpliste. Jamais, la libération apportée aux femmes en particulier vis-à-vis des grossesses non désirées n’était évoqué, pas plus évidemment que l’intérêt d’une dose faible d’œstrogène plus fréquemment retrouvée avec les pilules de 3e et 4e générations que de seconde.

Les résultats de ce délire médiatique, cautionné par le ministère de la santé, fut que de nombreuses femmes ont abandonné leur pilule, que de nombreuses autres ont changé de pilule, préférant des pilules de 2e génération à celles de 3e et 4e. La messe était dite.

Les conséquences seront probablement difficiles à évaluer, cependant des centaines de milliers de femmes sont peut-être aujourd’hui traitées par des pilules dont la dose d’œstrogène est trop importante, en tout cas plus importante que celle qu’elles recevaient avant que ne soient publiés les articles partiels et parcellaires par la presse. Peut-être à la rentrée cette formulera t-elle un mea culpea à leurs lectrices dont les risques de développer un cancer du sein s’est peut-être accru après la lecture de leur magazine, mais rien n’est moins sûr.

La presse Française n’a évidemment pas commenté cette étude qui, outre le fait de rappeler qu’une pilule contraceptive est un médicament qui doit être choisi en concertation avec un médecin connaisseur, démontre à nouveau que la confiance à accorder aux médias sur les sujets médicaux est faible, ceux-ci étant incapables de traiter des sujets sérieux autrement que par la démagogie et l’effet de manche, inconscients des dangers que cela peut générer chez ceux qui les écoute encore. L’interdiction de l’exercice de la médecine par des personnes étrangères à l’art a toujours eu pour but de protéger les patients.

 Listes des pilules disponibles en France (non exhaustive)

1ère génération

 TRIELLA (noréthistérone 500 puis 750 puis 1000 μg, éthinylestradiol 35 μg)

2ème génération

Lévonorgestrel

MINIDRIL (lévonorgestrel 150 μg, éthinylestradiol 30 μg) LEELOO, LOVAVULO (lévonorgestrel 100 μg, éthinylestradiol 20 μg) ADEPAL (lévonorgestrel 150 puis 200 μg, éthinylestradiol 30 à 40 μg) TRINORDIOL (lévonorgestrel 50 puis 75 puis 125 μg, éthinylestradiol 30 puis 40 puis 30

Norgestrel

STEDIRIL (norgestrel 500 μg, éthinylestradiol 50 μg).

Pilules de 3ème génération

Désogestrel

CYCLEANE 20 Désogestrel 150 μg/Ethinylestradiol 20 μg CYCLEANE 30 Désogestrel 150 μg/Ethinylestradiol 30 μg

Gestodène

MELODIA Gestodène 60 μg /Ethinylestradiol 15 μg) HARMONET Gestodène 75 μg /Ethinylestradiol 20 μg) MINULET (Gestodène 75 μg/Ethinylestradiol 30 μg PHAEVA Gestodène 50 puis 70 puis 100 μg, Ethinylestradiol 30 puis 40 puis 30 μg

Norgestimate

CILEST Norgestimate 250 μg, Ethinylestradiol 35 μg TRICILEST Norgestimate 180 μg puis 215 μg puis 250 μg, éthinylestradiol 35 μg

Pilules de 4ème génération

BELARA Chlormadinone acétate 2 mg/ Ethinylestradiol 30 μg JASMINE Drospirénone 3 mg/ Ethinylestradiol 30 μg JASMINELLE (Drospirénone 3mg/ Ethinylestradiol 20 μg JASMINELLE CONTINU (Drospirénone 3mg/ Ethinylestradiol 20 μg YAZ Drospirénone 3mg/Ethinylestradiol 20 μg

Sources

Recent Oral Contraceptive Use by Formulation and Breast Cancer Risk among Women 20 to 49 Years of Age. E. F. Beaber, D. S. M. Buist, W. E. Barlow, K. E. Malone, S. D. Reed, C. I. Li. Cancer Research, 2014; 74 (15): 4078 DOI: 10.1158/0008-5472.CAN-13-3400

Contraceptifs oraux estroprogestatifs : préférez les «pilules» de 1re ou 2e génération  HAS Novembre 2012

Estrogen & Breast Cancer Risk: Factors of Exposure Fact Sheet #10, March 1998, updated July 2002

Les méthodes contraceptives : présentation, utilisation, indications, bénéfices et inconvénients Synthèse à partir des recommandations de l’ HAS et de la pratique du médecin généraliste Collège Lyonnais des généralistes enseignants. mars 2007 “Les données de la littérature rapportent une augmentation potentielle du risque de certains cancers, notamment du sein et du col utérin”
Crédit Photo Creative Common by [ HarlowHeslop.com ]

5 thoughts on “Les pilules de 2e génération plus dosées en œstrogène favorisent la survenue d’un cancer du sein (où quand les journalistes augmentent le risque de cancer du sein des femmes qui les écoutent encore)

  1. Je pense que vous n’avez pas compris les problèmes liés aux différents progestatifs associés à l’éthinyloestradiol . Aujourd’hui les oestroprogestatifs de 2 ème génération sont dosés plus souvent à 30 microgrammes d’EE, les 3èmes générations à 20 microgrammes . Or vous faites une confusion entre dosage quantitatif et activité estrogénique . Cette activité se mesure sur la quantité de Sex Hormon Binding Globulin ( SHBG).
    Celle-ci est effectivement plus importante avec les pilules dites de 3 ème génération . C’est en effet l’activité antiestrogénique du progestatif qui contribue à réduire le risque thromboembolique veineux ; celle-ci est plus importante avec le lévonorgestrel qu’avec le désogestrel par exemple , ce qui explique que le risque thromboembolique veineux est moins important avec les pilules contenant le premier que le second, alors que ces progestatifs utilisés seuls , comme c’est le cas avec les microprogestatifs, n’augmentent pas ce risque . En faisant croire de façon MALHONNETE que les pilules dites de 2 ème génération augmentent le cancer du sein de façon plus importante que les générations suivantes, ce qui est démenti par la totalité des études , on ne peut s’empêcher de penser que vous roulez pour l’industrie pharmaceutique, comme votre justification éhontée du prix scandaleux du sofosbuvir semble aussi le montrer .

  2. Cher Lecteur,
    les articles de Docbuzz sont le reflet de publications scientifiques issues des journaux médicaux principalement de langue anglaise : les données qui semblent vous contrariez sont référencées dans l’article.

    Recent Oral Contraceptive Use by Formulation and Breast Cancer Risk among Women 20 to 49 Years of Age.
    E. F. Beaber, D. S. M. Buist, W. E. Barlow, K. E. Malone, S. D. Reed, C. I. Li.
    Cancer Research, 2014; 74 (15): 4078 DOI: 10.1158/0008-5472.CAN-13-3400

    Nos sources sont toujours indiquées en bas d’articles avec un lien direct pour y accéder. Vous y trouverez réponses à vos interrogations. Quand au prix du sofosbuvir, c’est une autre histoire mais globalement nous estimons, comme l’Angleterre et le Canada d’ailleurs, que la vie d’un patient vaux plus que 50 000 euros, surtout quand ce même patient dépenserait plus en 3 ans avec d’autres traitements et sans guérir. Mais il est vrai que la pensée unique est dure à combattre…

    Merci de votre commentaire

  3. Une seule étude ne constitue pas une preuve suffisante pour affirmer que les pilules à 30 Microgrammes d’EE favorisent plus le cancer du sein que celles à 20 microgrammes . D’ailleurs il y a des contraceptifs dits de 3 ème génération à 30 d’EE et de 2ème génération à 20 .
    Il y a de nombreuses études COC- cancer du sein . Ce sont des études cas-témoins le plus souvent rétrospectives . Les résultats sont très variables d’une étude à l’autre allant d’une absence de risque quelque soit la dose d’EE comme la women’s care en 2002 (NEJM2002 346(26)2025-2032 Marchbanks PA) à un risque légèrement élevé ( Métaanalyse d’oxford en 1996 : 1.07) voire plus, mais avec souvent de nombreux facteurs de confusion. La seule donnée à peu près constante concerne les utilisatrices en cours . Faire croire que le passage de 20 à 30 microgrammes d’EE augmente le risque de cancer du sein n’est pas sérieux . Quant au risque TEV il est bien documenté par des dizaines d’études ( surtout les travaux de Lidegaard ) et le mécanisme est bien connu car lié au pouvoir anti-oestrogènique du progestatif . La pensée unique à consisté à faire croire que les nouveaux COC apportaient un progrès , alors que ce n’était que du marketing . Il a fallu des années avant que les données de la littérature soient pris en compte .

  4. Nous sommes en 2017, je viens de lire cet article et je tiens à témoigner de mon expérience personnelle : j’ai testé 5 pilules de deuxième génération avec beaucoup d’effets secondaires et une pilule de troisième génération (diane35) qui me convenait parfaitement bien (je la prenais depuis plusieurs années). Malheureusement depuis sa suppression, ma gynécologue m’a prescris Triella pilule de première génération qui a été catastrophique (douleur atroce au ventre). Je suis sidérée de constater qu’il existe de plus en plus une propagande médiatique sur des sujets importants comme le Médical, ou comme la crise économique etc…..La ministre de la Santé selon mes informations n’a aucune qualification dans le milieu médical (niveau formation école normale). On joue avec la santé des femmes, on angoisse inutilement les femmes (pilule, cancer du sein, col de l’utérus) – A suivre……..

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